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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305889

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305889

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2023, Mme C A, représentée par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- elle justifie de huit années de présence continue en France et peut, dès lors, prétendre à la régularisation de sa situation administrative en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet lui a opposé, à tort, qu'elle aurait détourné la procédure de délivrance des visas d'entrée en France ;

- elle a transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ont été méconnues ;

- elle a produit à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour une promesse d'embauche assortie d'une autorisation de travail pour un emploi en contrat à durée indéterminée ;

- le préfet s'est estimé lié par l'avis émis, le 16 novembre 2022, par les services de la main d'œuvre étrangère ; le préfet n'a pas usé de son pouvoir de régularisation ;

- le préfet aurait dû lui communiquer, ainsi qu'à l'employeur, la réponse relative à la demande d'autorisation de travail ; il a méconnu le principe du contradictoire et les dispositions du code du travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 12 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 décembre 2023 à 12h00.

Un mémoire présenté pour Mme A a été enregistré le 12 décembre 2023 à 13h11, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Par une décision du 28 novembre 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, de nationalité algérienne, née le 19 février 1997, est entrée en France le 26 août 2015 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Elle a sollicité, le 15 mars 2022, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et du travail. Par l'arrêté contesté du 24 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

2. En premier lieu, Mme E B, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, signataire de l'acte contesté, bénéficie d'une délégation du préfet de la Haute-Garonne, par un arrêté du 13 mars 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial du 15 mars 2023, n° 31-2023-099, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, les décisions défavorables au séjour à quelque titre que ce soit. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée le jour de la signature de l'acte contesté. En outre, contrairement à ce que soutient Mme A, cette délégation est suffisamment précise. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision de refus de séjour contestée comporte les mentions des textes applicables et vise notamment, les articles utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 5) de l'article, le b) de l'article 7 et l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cette décision fait état des motifs de fait à raison desquelles le préfet a estimé ne pas devoir faire droit à la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme A tant au titre de sa vie privée et familiale que de son insertion professionnelle. A cet égard, elle indique notamment que, si l'intéressée est entrée en France à l'âge de dix-huit ans munie d'un visa touristique, elle a sciemment omis de signaler aux autorités en poste dans son pays d'origine son projet d'installation durable en France, que la circonstance qu'elle réside depuis huit ans en France ne saurait, à elle seule, constituer un motif pour bénéficier d'une mesure de régularisation dans le cadre de l'exercice du pouvoir discrétionnaire et qu'elle ne démontre pas avoir créé sur le territoire national des liens personnels et familiaux qui, au regard de leur ancienneté, de leur intensité et de leur stabilité pourraient justifier sa régularisation. Par ailleurs, le préfet mentionne que, si Mme A se prévaut d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée à temps partiel en qualité de caissière dans un " tabac presse ", la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de Tulle a rendu un avis défavorable à la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur et qu'au terme de l'examen de sa situation, ainsi que des caractéristiques de l'emploi envisagé, l'intéressée ne démontre pas une qualification ou une expérience particulière et significative de nature à répondre favorablement à sa demande de régularisation dans le cadre de l'exercice du pouvoir discrétionnaire. La décision relève que Mme A ne peut davantage obtenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien à défaut de détention d'un visa de long séjour. Elle ajoute qu'il n'est pas établi que Mme A serait dépourvue d'attaches familiales en Algérie. Cette décision, qui n'avait pas à indiquer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme A, énonce ainsi, de manière suffisante et non stéréotypée, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui vient d'être dit, que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, en vertu de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle, familiale et professionnelle de la requérante.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al.4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

8. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent séjourner en France et les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Si un ressortissant algérien ne peut dès lors utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant des étrangers dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est prévalue d'une promesse d'embauche comme caissière dans un " tabac presse " et que son employeur a présenté une demande d'autorisation de travail pour un contrat de travail à durée indéterminée qui a donné lieu, le 16 novembre 2022, à un avis défavorable de la plateforme main d'œuvre étrangère de Corrèze aux motifs que la classification de l'emploi n'était pas conforme à la convention collective et que le salaire proposé était inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance. La promesse d'embauche, dès lors qu'elle ne constitue qu'une offre de contrat de travail, ne vaut pas contrat de travail. La requérante ne démontre pas que cette seule circonstance justifierait, compte tenu des particularités de cet emploi et de sa formation, de déroger à l'obligation de visa long séjour rappelée par le préfet. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne, qui a procédé à l'examen de la situation de la requérante sans estimer être lié par l'avis défavorable du service de la main d'œuvre étrangère lequel, au demeurant, n'avait pas à être communiqué, a pu estimer que la situation de Mme A ne relevait pas de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation doit être écarté.

10. Par ailleurs, en l'absence d'un visa de long séjour, le préfet de Haute-Garonne n'était pas tenu de faire instruire sa demande par les services compétents du ministère du travail. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté. Le préfet, qui a examiné d'office si la requérante pouvait prétendre à un certificat de résidence sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968, n'a pas méconnu ces stipulations en estimant qu'elle n'en remplissait pas les conditions.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / (). ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Mme A, qui est entrée en France en août 2015, sous couvert d'un visa de court séjour, se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France ainsi que de son intégration tant professionnelle que républicaine. Toutefois, d'une part, les pièces versées au dossier sont constituées notamment d'une ouverture d'un livret A à la Banque Postale et de deux relevés bancaires pour les seuls mois de novembre et décembre 2016, de trois avis d'impôt sur le revenu établis au titre des années 2020, 2021 et 2022 d'un montant nul et principalement, de pièces médicales, essentiellement des ordonnances. D'autre part, la seule promesse d'embauche du 20 janvier 2022 dont elle se prévaut ne saurait suffire à caractériser une insertion professionnelle. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme A, célibataire, n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident notamment ses parents. En outre, elle n'établit pas avoir tissé des liens d'une intensité, d'une ancienneté et d'une stabilité particulières en France. Dans ces conditions, alors même que ses deux sœurs résident en France, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs opposés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de la faire bénéficier d'une mesure de régularisation. Enfin, la requérante ne peut utilement invoquer la circulaire dite " Valls " du 28 novembre 2012, dénuée de portée réglementaire et qui ne définit aucune ligne directrice, ni aucune interprétation opposable au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 juillet 2023 du préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHTLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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