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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305904

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305904

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305904
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOURQUENEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, M. F A C et Mme G E, agissant en leurs noms et au nom de leur enfant mineur D B, représentés par Me Bourqueney, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'admettre M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de poursuivre leur prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence dans un lieu adapté à leur situation, dans le délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où M. A C ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite eu égard à la précarité de leur situation ; aucune situation de prise en charge ne leur a été proposée ;

- la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a décidé de mettre fin à leur prise en charge hôtelière n'est pas suffisamment motivée ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à la dignité humaine et à leur droit à l'hébergement d'urgence garanti par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;

- leur situation n'a pas évolué favorablement depuis leur prise en charge au titre du dispositif d'urgence le 19 décembre 2022 ; le refus de poursuivre leur prise en charge emporterait des conséquences graves ; les conditions de vie à la rue sont particulièrement inadaptées en raison de la présence de leur fils, mineur âgé de treize ans, scolarisé, et de l'état de santé de M. A C, qui souffre d'asthme sévère chronique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Carotenuto, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative subordonnent la possibilité pour le juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'elles lui confèrent, à la double condition, d'une part, qu'une autorité administrative ait porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, d'autre part, qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention du juge des référés dans de très brefs délais.

2. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée, permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. M. A C et Mme E, ressortissants algériens, sont hébergés en hôtel social avec leur fils, né le 11 avril 2010, depuis le 19 décembre 2022. Le 19 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de mettre fin à leur prise en charge hôtelière dans un délai de

15 jours à compter de la notification de cette décision.

5. Pour justifier de l'atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale, les requérants soutiennent que leur situation sociale est préoccupante, nécessite une prise en charge adaptée et qu'ils n'ont pas été réorientés vers une autre structure d'hébergement adaptée à leur situation malgré les appels qu'ils ont adressés aux services du 115. Ils invoquent leur situation de vulnérabilité particulière liée à la présence de leur enfant mineur, scolarisé, et à l'état de santé de M. A C et produisent à ce titre deux certificats médicaux des 7 août 2023 et

26 septembre 2023 ainsi qu'un compte-rendu du service d'accueil des urgences de l'hôpital Joseph Ducuing du 1er octobre 2023. Toutefois, d'une part, les requérants ne donnent aucune précision sur leur situation administrative et sur les conditions de leur entrée et de leur séjour en France. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que l'âge de l'enfant des requérants et l'état de santé de M. A C seraient constitutifs d'une situation de détresse médicale, psychologique ou sociale, telle qu'elle révélerait une carence caractérisée de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence. A cet égard, le certificat médical du 7 août 2023, établi par un médecin pneumologue, mentionne que M. A C souffre d'asthme " depuis la petite enfance " et qu'" en Algérie, il a été traité à de multiples reprises par des injections de solumedrol par voie intraveineuse, il n'y a pas eu d'hospitalisation en réanimation et a priori des épisodes sévères " et celui du 26 septembre 2023, établi par un médecin généraliste, indique, de manière peu circonstanciée, que " son asthme semble être chronique nécessitant des soins médicaux en continu. Il est nécessaire qu'il habite dans un logement salubre ". En outre, le compte-rendu du service d'accueil des urgences précise que M. A C a été admis pour une " crise d'asthme depuis 2 jours " et ne souffre pas de " dyspnée () mais sibilants bilatéraux ". Par ailleurs, les requérants ne justifient pas avoir présenté en vain des demandes auprès du service social intégré d'accueil et d'orientation ou du centre 115 depuis qu'ils ont été informés de la fin prochaine de leur prise en charge, le relevé d'appels au 115 qu'ils produisent indiquant que leur dernier appel est daté du 19 décembre 2022, soit le jour où il a été fait droit à la demande d'hébergement d'urgence à laquelle il a été mis fin par la décision susmentionnée du 19 septembre 2023. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. A C et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que l'Etat, en mettant fin à l'hébergement d'urgence de leur famille, aurait fait preuve d'une carence caractérisée à leur endroit et porterait une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. Par ailleurs, les requérants ne peuvent utilement invoquer, à l'appui de la présente demande fondée sur les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, l'insuffisante motivation de la décision du 19 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a mis fin à leur prise en charge au titre du dispositif d'hébergement d'urgence, qui, à la supposer établie, est sans incidence sur la gravité de l'atteinte qui a pu être portée aux libertés fondamentales dont ils se prévalent.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. A C et Mme E doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A C et Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F A C et Mme G E et à Me Bourqueney.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 2 octobre 2023.

La juge des référés,

S. CAROTENUTO

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation la greffière,

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