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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2305981

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2305981

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2305981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPOUGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Pougault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assignée à résidence dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de six mois, renouvelable, lui a interdit de quitter le département, a fixé les modalités de pointage et lui a imposé de remettre son passeport à l'autorité administrative ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision portant assignation à résidence méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle indique qu'elle n'a pas présenté de documents de voyage ;

- elle méconnaît sa liberté d'aller et venir, composante de la liberté individuelle consacrée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la décision portant rétention de son passeport est dépourvue de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant assignation à résidence elle-même illégale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 décembre 2023 et le 1er mars 2024, le préfet de la Haute Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2024.

Par une ordonnance du 21 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2024.

Vu :

- l'ordonnance n° 2305998 du 10 octobre 2023 du juge des référés du tribunal ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante albanaise, a fait l'objet le 11 décembre 2020 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi, qu'elle n'a pas exécuté. Par un arrêté du 4 août 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a assignée à résidence dans le département de la Haute-Garonne pour une durée de six mois, renouvelable, lui a interdit de quitter le département, a fixé les modalités de pointage et lui a imposé de remettre son passeport à l'autorité administrative. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 14 février 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

4. Pour assigner à résidence Mme B sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de la Haute-Garonne a considéré que, si l'intéressée avait présenté un document de voyage en cours de validité, elle ne pouvait pas quitter le territoire français sans son père, lequel faisait également l'objet d'une mesure d'assignation à résidence et ne possédait pas de document de voyage en cours de validité. Toutefois, Mme B, qui est majeure et titulaire d'un document de voyage valable jusqu'au 23 février 2025, ne se trouvait pas, à la date de l'arrêté attaqué, dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou de regagner son pays d'origine, alors en outre qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait, comme le prétend le préfet, formulé le souhait de rester avec son père le temps que ce dernier soit en mesure de regagner l'Albanie. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en assignant à résidence Mme B pour une durée de six mois.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 août 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne l'a assignée à résidence et, par voie de conséquence, de la décision portant rétention de son passeport.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement qui annule la décision portant assignation à résidence de Mme B, n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pougault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pougault de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 4 août 2023 est annulé.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Pougault, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Pougault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Pougault et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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