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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306115

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306115

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306115
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2023, Mme B C et M. D A, agissant en leurs noms et en celui de leurs trois enfants mineurs, représentés par Me Laspalles, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence dans un délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ils vivent dans la rue depuis plusieurs semaines ; ils ont continué à appeler le " 115 " sans obtenir d'hébergement ; Mme C souffre d'importants problèmes de santé et doit être opérée le 12 octobre 2023 puis suivre une convalescence ; les conditions de vie à la rue sont particulièrement inadaptées à l'état de la famille ; ils se trouvent dans une situation de précarité ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence, à leur dignité humaine et à leur liberté fondamentale de solliciter l'asile en France.

La requête a été communiquée le 9 octobre 2023 au préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Héry, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 11 octobre 2023 à 14 heures en présence de Mme Guérin, greffière d'audience, Mme Héry a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Barbot-Lafitte, substituant Me Laspalles, représentant les requérants, en présence de Mme C, qui a repris les moyens de la requête et a en outre précisé que Mme C et M. A vivent à la rue avec leurs trois enfants mineurs, que Mme C souffre de douleurs pelviennes et va être opérée le 12 octobre 2023 et qu'un hébergement est nécessaire pour avoir une convalescence correcte,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre Mme C et M. A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Mme C et M. A, ressortissants algériens, ont été pris en charge le 22 novembre 2021, au titre du dispositif d'hébergement d'urgence. Par une décision du 19 juillet 2023, le préfet de la Haute-Garonne a mis fin à cette prise en charge à compter du 26 juillet 2023. Par ordonnance du 26 juillet 2023, le juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête des intéressés tendant à leur reprise en charge dans le cadre de l'hébergement d'urgence. Par ordonnance du 2 août 2023, la juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande des requérants tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 19 juillet 2023 mettant fin à leur prise en charge. Il résulte de l'instruction que les requérants ont trois enfants respectivement nés le 16 avril 2013, le 11 février 2015 et le 16 avril 2019, et que la cellule familiale ne dispose pas de solution de relogement. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte-tenu de la situation de grande précarité dans laquelle se trouvent les requérants avec leurs trois enfants, de leur vulnérabilité, et de l'état de santé de Mme C, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte à une liberté fondamentale :

5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Il résulte de l'instruction que Mme C souffre d'importantes douleurs pelviennes, nécessitant une prise en charge médicale. Il résulte du compte-rendu médical du 13 septembre 2023 " qu'une suspicion de rupture hémorragique du kyste connu a nécessité une titration morphinique " et que ses douleurs peuvent s'expliquer par une hémorragie intra-kystique. Il résulte également de l'instruction, notamment d'un certificat médical du 5 octobre 2023, que l'intéressée doit subir une intervention chirurgicale programmée le 12 octobre 2023, pour laquelle elle sera hospitalisée une nuit, et qu'elle doit ensuite suivre une convalescence. Ces éléments ne sont pas contestés par le préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas produit d'observations en défense. Les requérants justifient par ailleurs que leurs multiples appels effectués auprès du service du 115 sont restés vains. Dans ces conditions, eu égard au jeune âge des enfants des requérants et aux difficultés de santé de Mme C, le refus de prise en charge par l'Etat de cette famille, dont la situation particulière la place en situation de grande vulnérabilité, constitue une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et porte, dès lors, une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de prendre en charge Mme C, M. A et leurs trois enfants mineurs dans le cadre de l'hébergement d'urgence dans le délai de 24 heures suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme C et M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Laspalles, de la somme de 1 000 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C et M. A sont admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de prendre en charge Mme C, M. A et leurs trois enfants mineurs dans le cadre de l'hébergement d'urgence, dans le délai de 24 heures suivant la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Laspalles en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à M. D A, à Me Laspalles et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 12 octobre 2023.

La juge des référés,

F. HÉRY

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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