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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306187

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306187

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 10 août 2023 par lequel le préfet du Tarn l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de l'admettre au séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et sur le seul fondement de ces dernières dispositions, si elle ne devait ne pas être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination porte atteinte à son droit de ne pas être soumise à des traitements inhumains et dégradants protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2023, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2023.

Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Poupineau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne, déclare être entrée en France le 17 octobre 2017. A la suite du rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 11 août 2020, elle a fait l'objet d'un arrêté du 3 novembre 2020 du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français. Le 24 mars 2022, une seconde mesure d'éloignement a été édictée à son encontre. Par un arrêté du 10 août 2023, le préfet du Tarn l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission de Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 28 novembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, le préfet du Tarn a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également fait état des conditions d'entrée et de séjour de Mme B sur le territoire national et rappelé le parcours de sa demande d'asile, qui a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 11 août 2020. Il a enfin mentionné des éléments suffisants sur sa situation personnelle en relevant qu'elle était célibataire, mère de deux enfants et qu'elle n'était pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. En outre, le délai de trente jours accordé à Mme B pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français étant le délai de départ de droit commun fixé par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était pas tenu de motiver spécifiquement cette décision. Enfin, la décision fixant le pays de destination rappelle la nationalité de Mme B et indique que celle-ci n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contestées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet du Tarn n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante avant de prendre son arrêté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Mme B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France et de la présence de ses enfants scolarisés sur le territoire national. D'une part, Mme B, qui déclare être entrée en France le 17 octobre 2017, s'y est maintenue irrégulièrement après le rejet définitif de sa demande d'asile et l'édiction de deux mesures d'éloignement à son encontre les 3 novembre 2020 et 24 mars 2022. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que ses deux enfants sont nés en France, où ils sont scolarisés depuis moins de deux ans, et que la famille a fait l'objet d'un suivi dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert à partir du mois de février 2020, ces circonstances, à elles seules, ne permettent pas de considérer qu'il aurait été porté une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B, dès lors qu'elles ne font pas obstacles à ce que la requérante quitte le territoire avec ses enfants, qui pourront poursuivre leur scolarité en Algérie. Ainsi, et alors que la requérante n'établit pas, par ailleurs, la réalité des violences auxquelles elle allègue être exposées en cas de retour dans ce pays, il n'existe pas d'obstacle avéré à la reconstitution de la cellule familiale de Mme B en Algérie où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 21 ans et où résident ses parents ainsi que ses frères et soeurs. Enfin, elle ne justifie pas d'une intégration particulière. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant un délai de départ volontaire n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

9. En l'espèce, si Mme B, soutient qu'elle encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Algérie en raison de la naissance hors mariage de ses deux enfants, en méconnaissance de la législation algérienne et de la présence du père de ses enfants, auteur de violences conjugales à son encontre, elle n'apporte au soutien de son moyen aucun élément de nature à en établir le bien-fondé alors que, par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Tarn en date du 10 août 2023. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle de Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Barbot-Lafitte et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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