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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306196

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306196

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 12 octobre et 7 novembre 2023 et le 15 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Ariège a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité avec droit au travail ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui remettant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas suffisamment motivées ;

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'administration ne pouvait lui opposer de n'avoir pas communiqué de demande d'autorisation de travail sans l'avoir mis en demeure de compléter sa demande ; le préfet dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour accorder un titre de séjour pour autoriser un travailleur étranger à exercer un emploi ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il justifie d'une présence ininterrompue en France depuis plus de cinq ans ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne procède pas à l'examen de sa demande selon la séquence en deux temps prévue par la jurisprudence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle est dépourvue de base légale ;

s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée en fait ; la motivation retenue traduit l'absence de prise en compte de sa situation individuelle ;

- elle est privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2024.

Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 janvier 2024. Par une ordonnance du 18 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 26 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguein,

- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. B A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malgache, est entré en France le 29 juin 2018 sous le couvert d'un visa de type C, puis a sollicité son admission à l'asile, demande rejetée par une décision du 17 décembre 2019 du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par décision de la cour national du droit d'asile du 2 septembre 2020. Il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " travailleur temporaire " dans le cadre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 22 avril 2022 et demande l'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Ariège a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur l'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 7 février 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions en litige indiquent les textes dont il est fait application et mentionnent les étapes du parcours de M. A ainsi que les éléments essentiels de sa situation personnelle et familiale. Elles exposent les raisons pour lesquelles le préfet de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ et le pays de renvoi. Ces décisions, qui n'avaient pas à procéder à un rappel exhaustif de l'ensemble des éléments mis en avant par le demandeur, comportent ainsi l'ensemble des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et ne peuvent être regardées, de ce fait, comme ayant été adoptées sans examen particulier de la demande de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de ce qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 26 juin 2018 à l'âge de 52 ans sous couvert d'un visa de type C puis est demeuré régulièrement en France jusqu'au 19 janvier 2019, date à laquelle il ne conteste pas avoir reçu notification de la décision refusant de lui reconnaître la qualité de réfugié. Il s'est ensuite maintenu sur le territoire français puis a sollicité, le 22 avril 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A, qui ne soutient ni n'établit avoir noué des relations d'une particulière intensité sur le territoire français ni ne conteste avoir vécu la plus grande partie de sa vie dans son pays d'origine où demeure la presque totalité de sa famille y compris son fils mineur, se prévaut au titre des considérations humanitaires de sa seule présence ininterrompue, qu'il n'établit au demeurant pas, sur le territoire français depuis plus de cinq ans, de divers engagements associatifs et, au titre des motifs exceptionnels, d'une promesse d'embauche. Le préfet de l'Ariège, qui n'a retenu que l'intéressé n'avait pas sollicité d'autorisation de demande de travail qu'à titre contextuel et a bien respecté les deux temps du raisonnement énoncé au point 4, n'a commis aucune erreur de fait et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en retenant que M. A ne justifiait ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels propres à justifier son admission exceptionnelle au séjour.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Dans les circonstances décrites au point 5, le préfet de l'Ariège n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant refus de titre de séjour a été prise. Par suite, il n'a méconnu, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi, qui est fondée sur cette décision, serait illégale par voie de conséquence.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 5 et 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant au paiement des entiers dépens et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Kosseva-Venzal et au préfet de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

M. Gueguein, premier conseiller,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

S. GUEGUEIN

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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