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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306201

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306201

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 12 octobre et 7 novembre 2023 et le 8 février 2024, Mme B A, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Ariège a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité avec droit au travail ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui remettant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas suffisamment motivées ; ce défaut de motivation traduit l'absence d'examen particulier de sa demande ;

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnait les articles L. 425-6 et L. 425-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les violences conjugales dont elle a été victime constituent en elles-mêmes des considérations humanitaires suffisantes ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle est dépourvue de base légale ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- la motivation retenue traduit l'absence de prise en compte de sa situation individuelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2024.

Par une ordonnance du 31 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguein,

- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant Mme B A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissant gabonaise entrée en France le 8 septembre 2019 sous le couvert d'un visa de type C, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 3 avril 2023 et demande l'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Ariège a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur l'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 7 février 2024, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions en litige indiquent les textes dont il est fait application et mentionnent les étapes du parcours de Mme A ainsi que les éléments essentiels de sa situation personnelle et familiale. Elles exposent les raisons pour lesquelles le préfet de l'Ariège a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ et le pays de renvoi. Ces décisions, qui n'avaient pas à procéder à un rappel exhaustif de l'ensemble des éléments mis en avant par le demandeur, comportent ainsi l'ensemble des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. La seule circonstance que cette décision, qui mentionne que Mme A a été victime de violences conjugales, ne fasse pas mention de la condamnation du conjoint de l'intéressée pour des faits de violence aggravée commis à son encontre par un jugement du tribunal correctionnel de Foix du 8 décembre 2022 n'est pas à elle-seule, de nature à établir que ces décisions seraient insuffisamment motivées ou adoptées sans examen particulier de la demande. Par suite, les moyens tirés de ce qu'elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France le 8 septembre 2019 à l'âge de 31 ans sous couvert d'un visa de type C puis est demeurée en situation irrégulière en France sans déposer de demande de titre de séjour avant le 3 avril 2023. S'il ressort du jugement du tribunal correctionnel de Foix du 8 décembre 2022 qu'elle a été victime, à au moins deux occasions, d'actes de violence grave de la part du père de sa fille, lequel n'a jamais souhaité rencontrer cette dernière, cette seule circonstance ne suffit pas pour retenir l'existence de considérations humanitaires justifiant la délivrance du titre sollicité. La requérante, qui jouit désormais de l'exercice exclusif de l'autorité parentale sur sa fille, fait valoir des activités associatives et ne justifie pas de liens personnels et familiaux d'une intensité particulière établis sur le territoire français, ni être dépourvue d'attaches personnelles et familiales au Gabon, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans. Si Mme A soutient avoir été victime de violences et de sévices pendant son enfance dans son pays d'origine puis avoir été mariée de force à un homme plus âgé exerçant également des violences à son égard, elle n'apporte aucun élément établissant la réalité de cette union forcée et n'établit pas de risques pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour dans son pays. Dans ces conditions, Mme A ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels lui donnant droit à la délivrance d'un titre sur le fondement des dispositions précitées.

6. En deuxième lieu, l'intéressée n'ayant pas demandé de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 425-6 et L. 425-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les moyens tirés de la méconnaissance de ces articles sont inopérants.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Dans les circonstances décrites au point 4, le préfet de l'Ariège n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant refus de titre de séjour a été prise. Par suite, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Ainsi qu'il a été mentionné ci-dessus, le père de la fille de Mme A n'a jamais souhaité rencontrer son enfant et ne jouit plus d'aucune autorité parentale. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette enfant, âgée de moins d'un an à la date de l'arrêté, ne pourra suivre sa mère dans son pays d'origine. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

12. Pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 4, 7 et 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 4, 7 et 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation personnelle de la requérante et de sa fille doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant au paiement des entiers dépens et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.Ba A, à Me Kosseva-Venzal et au préfet de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

M. Gueguein, premier conseiller,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

S. GUEGUEIN

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. Roets

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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