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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306309

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306309

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306309
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBELAID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, Mme A B et M. D C, représentés par Me Belaid, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge avec leurs trois enfants dans le cadre de l'hébergement d'urgence dès la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis à l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ils risquent de se retrouver à la rue à tout moment à compter du 18 octobre 2023 alors qu'ils ont trois enfants dont l'un est seulement âgé de neuf mois et que les prévisions météorologiques annoncent une baisse des températures nocturnes ; ils ont contacté le 115 qui n'était pas en mesure de leur proposer une structure d'hébergement ;

- la décision du préfet de la Haute-Garonne de mettre fin à leur prise en charge porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence garanti par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, à leur droit à la dignité humaine, à l'intérêt supérieur de leurs enfants protégé par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York sur les droits de l'enfant, à leur droit au respect de leur vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à la prohibition des traitements inhumains et dégradants édictée par l'article 3 de cette même convention ;

- elle emporte des conséquences graves pour les requérants qui se trouvent dans une situation de grande détresse matérielle, sociale et sanitaire ; les services de l'Etat ne leur ont proposé aucune orientation vers une structure d'hébergement alors qu'ils ne disposent d'aucune ressource financière pour se loger dans le parc locatif privé ; leurs filles aînées, âgées de 14 et 16 ans, sont scolarisées et ont besoin d'un hébergement stable pour suivre leurs études dans de bonnes conditions ; M. C, qui a souffert d'un lymphome B diffus à grandes cellules, fait l'objet d'un suivi médical et suit un traitement quotidien ; en dépit de nombreux appels au 115 et d'un courriel adressé par leur conseil le 13 octobre 2023 au préfet de la Haute-Garonne, ils sont sans solution d'hébergement.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de New-York sur les droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique du 19 octobre 2023 à 14 heures en présence de Mme Tur, greffière d'audience, Mme Poupineau a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Belaid, qui a repris, en les développant, les moyens de la requête et a, en outre, précisé que les requérants ne sont plus à l'hôtel, que M. B a subi une ablation de la rate l'année dernière et est susceptible, du fait de la suppression de cet organe, de développer des infections et même un cancer, encore dix années après l'opération, qu'un traitement à vie lui a été prescrit et qu'il va déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour,

- et celles de M. B, qui a précisé, à la demande de la juge des référés, qu'il avait de la famille en France, dont ses parents, de nationalité française, et trois frères, dont l'un est titulaire d'un titre de séjour de dix ans,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme B, ressortissants algériens, ont bénéficié, à compter du 2 avril 2022, d'une prise en charge hôtelière dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence de droit commun. Par une décision du 4 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne leur a notifié la fin de leur prise en charge au motif qu'ils avaient bénéficié de 546 nuitées hôtelières à caractère social dont l'accès présente un caractère dérogatoire et limité dans le temps. Par la présente requête, M. C et Mme B demandent à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence.

Sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département, prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 de ce code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Et selon l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

6. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée, permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions des articles L. 542-1 à L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne saurait être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, qu'en cas de circonstances exceptionnelles. Constitue une telle circonstance, l'existence d'un risque grave pour la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que M. C a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français en date respectivement des 23 avril 2018 et 25 septembre 2020. Par un arrêt du 1er juin 2023, la Cour administrative d'appel de Toulouse a confirmé le jugement du tribunal administratif du 9 mars 2022 rejetant la requête de M. C dirigée contre l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 25 septembre 2020. Ainsi, M. C ne bénéficie plus du droit au maintien sur le territoire français et n'a donc plus vocation, en principe, à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence.

8. D'autre part, les requérants font valoir qu'ils sont parents de trois enfants nés respectivement en 2007, 2008 et le 6 janvier 2023, le dernier étant ainsi âgé de seulement 9 mois à la date de la présente ordonnance, et que M. C, qui a été traité pour un lymphome B diffus à grandes cellules et a subi, l'année dernière, une opération d'ablation de la rate est susceptible, du fait de la suppression de cet organe, de développer des infections, voire un cancer, plusieurs années après l'opération. Toutefois, il résulte de l'instruction, que M. C, bien que sous l'empire de deux mesures d'éloignement, qu'il n'a pas exécutées, a fait venir son épouse et ses deux premières filles en France. Il a bénéficié d'une prise en charge à compter du 2 avril 2022, et pendant plus d'un an, alors que, par ailleurs, résident en France plusieurs membres de sa famille, dont ses parents, et plusieurs frères, titulaires soit de la nationalité française, soit d'un titre de séjour, et dont il n'est pas allégué qu'ils ne seraient pas en capacité d'accueillir, même temporairement, le requérant et ses trois enfants. Dans ces conditions, en dépit du très jeune âge du dernier enfant des requérants, et alors, enfin, que les documents médicaux versés à l'instance ne suffisent pas à établir l'existence à court terme d'un risque grave pour la santé de M. C, ceux-ci ne sont pas fondés à soutenir que l'État, en mettant fin à l'hébergement d'urgence de leur famille, a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales dont ils se prévalent.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, que la requête de Mme B et M. C doit être rejetée en ce compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B et M. C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à M.Dh C, à Me Belaïd et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 20 octobre 2023.

La juge des référés,

V. PoupineauLa greffière,

P. TurLa juge des référés,

V. POUPINEAU

La greffière,

S. GUÉRIN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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