vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2306430 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 24 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation de séjour dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement, sous la même astreinte et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination n'est pas suffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne pourra être présent à son procès et se défendre ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire enregistré le 24 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la Selarl Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Par une ordonnance du 21 novembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Poupineau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité algérienne, a déclaré être entré irrégulièrement en France au cours de l'année 2022. Par un arrêté du 22 octobre 2023, le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose également les considérations de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prononcer la mesure d'éloignement en litige et, en particulier, les circonstances que M. A est entré irrégulièrement en France en 2022 et s'y est maintenu sans jamais solliciter de titre de séjour, et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, elle mentionne des éléments suffisants sur sa situation personnelle en relevant notamment que M. A est célibataire et sans enfant à charge. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. A avant de prendre sa décision portant obligation de quitter le territoire français.
4. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'est entré en France qu'en 2022. S'il fait valoir qu'il vit avec une ressortissante française, il ne justifie pas de la réalité et la durée de cette relation par la seule production d'une attestation rédigée par sa supposée compagne, alors qu'il a déclaré lors de son audition le 22 octobre 2023 par les services de police être célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, il ne conteste pas que ses frères et sœurs résident en Algérie, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. A la date de la décision attaquée, il n'exerçait aucune activité, ni ne suivait de formation ou d'enseignement en vue de son insertion professionnelle. Par ailleurs, il a été condamné, le 16 août 2023, par le tribunal correctionnel de Nice à une peine d'emprisonnement de 8 mois avec sursis pour des faits de violence sans incapacité sur sa compagne, de rébellion et d'usage illicite de stupéfiants, faits pour lesquels le préfet a estimé, à bon droit, que sa présence sur le territoire français constituait une menace à l'ordre public. Enfin, et alors qu'il pourra se faire représenter par son conseil, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige l'empêchera de comparaître devant le Tribunal judiciaire de Nice à l'audience du 13 février 2023 de reconnaissance préalable de culpabilité. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
5. En premier lieu, la décision portant refus de délai de départ volontaire vise l'article L. 612-2 et cite les dispositions des 1° 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise également les éléments de fait retenus par le préfet des Alpes-Maritimes pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A. Elle contient ainsi l'exposé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. A avant de prendre sa décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire.
7. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.
8. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen soulevé par le requérant et tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination, qui rappelle la nationalité de M. A et mentionne qu'il n'établit pas être exposé en Algérie à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et est, dès lors, suffisamment motivée.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen soulevé par le requérant et tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
12. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
13. En premier lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que celui-ci ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français et expose les motifs pour lesquels il a fixé la durée de cette interdiction à trois ans en reprenant les quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du même code. Dans ces conditions, la décision litigieuse, qui comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle repose, est suffisamment motivée.
14. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.
15. En troisième lieu, la situation personnelle du requérant, qui est célibataire, sans charge de famille et ne se prévaut d'aucune vulnérabilité particulière, ne fait pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'il ne justifie pas de circonstances humanitaires. De plus, la durée de l'interdiction de retour en litige n'apparaît pas excessive eu égard à la durée limitée du séjour de M. A en France, à son absence d'attaches personnelles sur le territoire, à la menace qu'il représente pour l'ordre public et alors qu'il s'est soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre par le préfet des Alpes-Maritimes le 9 juillet 2023. A cet égard, si le requérant se prévaut de la présomption d'innocence, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 16 août 2023 par le tribunal correctionnel de Nice à une peine d'emprisonnement de 8 mois avec sursis pour des faits de violence sans incapacité sur sa compagne, de rébellion et d'usage illicite de stupéfiants. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. A constituait une menace pour l'ordre public, n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, les moyens soulevés par le requérant et tirés de l'atteinte disproportionnée portée à sa vie privée et familiale et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
V. POUPINEAU
L'assesseure la plus ancienne,
M. ROUSSEAU La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026