jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2306441 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 24 octobre et 29 décembre 2023 et le 18 janvier 2024, M. C D, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2023 par lequel la préfète du Lot a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Lot, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 200 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que d'une somme de 800 euros à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, la préfète du Lot conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 27 septembre 2023, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pétri.
Une note en délibéré présentée pour M. D a été enregistrée le 14 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né le 15 juin 1984, est entré sur le territoire français le 30 mars 2016 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, à la suite de son mariage avec Mme A B le 27 février 2015. Leur divorce a été prononcé le 10 janvier 2019. M. D a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir sa situation professionnelle le 28 mars 2022 et, par un arrêté du 5 avril 2023, la préfète du Lot a refusé cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Lot (n° 46-2022-081) le 29 août suivant, la préfète de ce département a donné délégation à M. Nicolas Regny, secrétaire général de la préfecture du Lot, à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, requêtes juridictionnelles, correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de : / la réquisition du comptable, / les réquisitions de la force armée ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. ". Aux termes de l'article R. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle vise également le parcours de M. D depuis son entrée sur le territoire français ainsi que les nombreux éléments que l'intéressé a présenté à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Dès lors qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 dispose que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".
6. L'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
7. Si M. D soutient que le motif tiré de ce qu'il ne dispose pas d'un visa de long séjour ne peut lui être opposé par l'autorité préfectorale, dès lors qu'il est entré sur le territoire français muni d'un tel visa, il est constant que ce visa, délivré à la suite de son mariage avec une ressortissante française, était valable du 24 février 2016 au 24 février 2017, et que l'intéressé s'est maintenu de manière irrégulière sur le territoire français depuis cette date, étant précisé qu'il a sollicité son admission au séjour le 28 mars 2022, cinq ans après le terme de la validité du visa de long séjour précité. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Lot a commis une erreur de droit en lui opposant la condition de détention d'un visa de long séjour pour se voir délivrer un titre de séjour au titre de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.
8. En quatrième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
9. Les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoient la délivrance de titres de séjour dans le cadre d'une activité salariée et traitent ainsi de ce point au sens de l'article 9 du même accord. Elles font donc obstacle à l'application des dispositions prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet compétent, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, d'apprécier, au vu de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle du demandeur, l'opportunité de procéder à une mesure de régularisation.
10. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne peut justifier de sa présence sur le territoire français que de manière ponctuelle depuis l'année 2016. Également, s'il se prévaut de ce qu'il exerce une activité professionnelle de bûcheron dans le cadre d'un contrat de travail à durée déterminée ayant pris effet le 4 avril 2022, pour laquelle il bénéficie d'une autorisation de travail, ainsi que de fiches de paie pour les mois d'avril 2022 à août 2023, ces éléments ne suffisent pas, à eux seuls, à caractériser une situation professionnelle stable et durable et, plus largement, une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens et pour l'application des dispositions citées au point 8. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
11. En dernier lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. Ainsi que cela a été dit au point 10, M. D ne justifie ni d'une présence continue en France depuis 2016, ni d'une situation professionnelle stable et durable. S'il soutient que son père et sa sœur sont titulaires de titres de séjour valables sur le territoire français, cette circonstance ne suffit pas à caractériser une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, étant précisé que l'intéressé qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 32 ans, n'établit ni qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles dans ce pays, ni qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonctions sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Ruffel et à la préfète du Lot.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
S. SORABELLA
La République mande et ordonne à la préfète du Lot, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026