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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306452

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306452

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAMARI-DE-BEAUFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, outre 13 euros de droit de plaidoirie au titre des dépens, le paiement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de Tarn-et-Garonne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 7 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 janvier 2024.

Par un courrier du 8 février 2024, les parties ont été informées, conformément à l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 du même code.

Un mémoire en réponse à ce moyen d'ordre public a été enregistré le 19 février 2024 pour Mme A et communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hecht a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 27 février 2003, déclare être entrée en France le 12 mars 2019, mineure accompagnant ses parents, sans toutefois en apporter la preuve. Le 20 avril 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 17 mai 2023, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. "

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : () ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : () 3° Au plus tard, deux mois après la date de son dix-huitième anniversaire, s'il ne remplit pas les conditions de délivrance de l'un des titres de séjour mentionnés au 2°. () ".

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Et selon le premier alinéa de son article L. 435-2 : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée en France à l'âge de 16 ans, mineure, accompagnant ses parents, à qui le droit au séjour a été refusé, puis qu'elle a sollicité un titre de séjour moins de deux mois après son dix-huitième anniversaire, ainsi qu'il a été exposé au point 1, conformément aux dispositions de l'article R. 431-5 précité. Dans ses conditions, le préfet n'était pas fondé à considérer, dans l'arrêté en litige, que " l'intéressée s'est maintenue en toute illégalité ". D'autre part, il résulte de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné la demande de titre de séjour présenté par Mme A au titre de l'admission exceptionnelle sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais non pas sur l'article L. 435-1 de ce même code, alors même que les dispositions de cet article s'appliquaient à la demande présentée par Mme A. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le préfet a entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et alors qu'aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation des décisions contestées, que l'arrêté en litige doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'administration procède au réexamen de la situation administrative de Mme A dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de la présente décision, et qu'il la munisse, dans l'attente d'une nouvelle décision, d'une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative combinées à celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Amari de Beaufort, avocat de Mme A, renonce à percevoir, le cas échéant, la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Amari de Beaufort de la somme de 1 500 euros.

10. En revanche, les conclusions de Mme A tendant au remboursement des droits de plaidoirie ne peuvent qu'être rejetées, faute pour ces frais de figurer dans la liste limitative des dépens telle qu'elle résulte de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté pris le 17 mai 2023 par le préfet de Tarn-et-Garonne à l'encontre de Mme A est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Tarn-et-Garonne de procéder au réexamen de la demande de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 500 euros à Me Amari de Beaufort, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Amari de Beaufort renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, le cas échéant.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Amari de Beaufort et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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