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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306529

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306529

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDEMOURANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 octobre 2023 et 24 mai 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M D A, représenté par Me Demourant, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien à compter de la notification du jugement à intervenir et, à tout le moins, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat, ainsi que la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle totale, de mettre cette somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été entendu avant son édiction ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par une décision du 8 mars 2024, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Biscarel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien né le 25 juillet 1974, déclare être entré en France le 2 novembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 25 juin au 24 décembre 2018. Le 29 octobre 2018, il a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et a bénéficié d'un certificat de résidence valable un an du 21 janvier 2021 au 20 janvier 2022. Le 8 décembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrête pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté en date du 13 mars 2023, publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné une délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions défavorables au séjour à quelque titre que ce soit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables, notamment le 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il retrace le parcours administratif de M. A en France, mentionne que ce dernier n'a pas transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les informations médicales nécessaires à l'examen de sa demande et l'absence d'avis du collège des médecins. Dans ces conditions, la décision attaquée portant refus de séjour, qui comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. En application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur le 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour, dès lors que celle-ci est suffisamment motivée. Enfin, il résulte des dispositions de l'article L. 612-1 du même code que l'autorité administrative, lorsqu'elle accorde un délai de départ volontaire de trente jours, n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point dès lors que l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande tendant à la prolongation dudit délai de départ volontaire en faisant état de circonstances propres à son cas.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 7). Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens en l'absence de stipulations particulières de l'accord franco-algérien relatives à l'instruction d'une demande de titre de séjour pour raisons de santé : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ()/ Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. ()/ Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. (). ".

5. Il est constant que M. A n'a pas transmis, en suite de sa demande de titre de séjour, le certificat médical confidentiel dans le délai d'un mois à compter de la date de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour tel que prescrit par les dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, le collège médical de l'OFII n'a pu émettre d'avis le concernant.

6. En premier lieu, le préfet de la Haute-Garonne dispose du pouvoir d'apprécier si les éléments présentés par M. A sont de nature à justifier son admission au séjour. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A, en qualité d'étranger malade, le préfet de la Haute-Garonne a estimé que M. A ne justifie pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine et que rien dans sa situation ne justifie de répondre favorablement à sa demande. Pour contester la décision du préfet de la Haute-Garonne, M. A produit trois certificats médicaux datés d'octobre 2023 desquels il ressort qu'il souffre d'un diabète de type 1 insulino-dépendant non équilibré et d'une rétinopathie non proliférante modérée bilatérale avec un œdème maculaire mixte à gauche n'ayant pas de répercussion fonctionnelle. Toutefois, ces certificats médicaux, qui au demeurant ne se prononcent pas sur la disponibilité des soins en Algérie, ne sauraient à eux seuls établir que M. A ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'une prise en charge médicale équivalente. Par suite, M. A n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

7. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et le préfet ne s'est pas prononcé d'office sur une éventuelle admission à ce titre. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale visée ci-dessus, qui est inopérant à l'encontre du refus de séjour, doit donc être écarté, en toute hypothèse.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales.

9. En l'espèce, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. A ce titre, il ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Dès lors, il lui appartenait pendant l'accomplissement de cette démarche et, notamment, lors du dépôt de son dossier, de fournir à l'administration toute information relative à sa situation pouvant venir au soutien de sa demande. Il avait également la possibilité de faire parvenir des éléments nouveaux durant l'instruction de cette demande. Il ne ressort des pièces du dossier, ni que M. A se soit prévalu de cette faculté, ni d'ailleurs qu'il disposait d'éléments nouveaux qui auraient été susceptibles d'exercer une influence sur le sens de l'arrêté pris par le préfet de la Haute-Garonne. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire aurait méconnu le droit d'être entendu doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

11. Ainsi, qu'il a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'origine d'une prise en charge médicale équivalente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 précité manque en fait.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

13. M. A se prévaut de la présence sur le territoire français de son enfant âgé de 9 ans à la date de la décision attaquée dont il indique s'occuper tous les week-ends et de son intégration dans la société française. Toutefois, il n'apporte aucune précision à l'appui de ces affirmations et en particulier n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son fils, ni même qu'il entretiendrait des relations régulières avec ce dernier. En outre, M. A, qui est entré en France en 2018 à l'âge de 44 ans, a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie où il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales. Dans ces circonstances, le préfet de la Haute-Garonne, en rejetant la demande de titre de séjour de M. A n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. A ne peut exciper de son illégalité pour contester la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi qu'en tout état de cause celles relatives aux dépens de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Demourant et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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