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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306533

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306533

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 24 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Ariège l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de procéder sans délai à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de réexaminer sa situation dans le délai de

trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle méconnaît son droit d'être entendue ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet s'est cru en état de compétence liée et a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, car elle est entrée régulièrement en France ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet s'est placé à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle méconnaît son droit d'être entendue ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il n'a pas été précédé de la procédure contradictoire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'existe aucune nécessité de prononcer son assignation ;

- cet arrêté porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2023, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Laspalles, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et produit notamment à l'audience une attestation d'élection de domicile de l'intéressée sur l'unité toulousaine de la Croix-Rouge française valable du 6 juillet 2023 au

6 juillet 2024, ainsi que trois certificats de scolarités établis le 24 mars 2023 attestant de la scolarisation de trois de ses enfants dans une école élémentaire de Colomiers pour l'année

2022-2023,

- les observations de Mme A, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de l'Ariège n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née le 23 janvier 1991 à Telepen (Albanie), déclare être entrée en France il y a un an. Par deux arrêtés du 24 octobre 2023, le préfet de l'Ariège l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'a assignée à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa présente requête,

Mme A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour de Mme A en France et mentionne que l'intéressée déclare s'être rendue dans son pays d'origine en vue d'exécuter une première mesure d'éloignement édictée le 26 septembre 2022 par le préfet de la Haute-Garonne, avant de revenir sur le territoire français. Il mentionne enfin les éléments essentiels de la situation personnelle et familiale de la requérante, et notamment qu'elle a indiqué être accompagnée par ses quatre enfants mineurs et que son mari était en Albanie. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit le retour sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article

L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par Mme A à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. D'autre part, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, la requérante a été entendue par les services de gendarmerie à l'occasion d'une audition, le 24 octobre 2023, au cours de laquelle elle a été interrogée sur les conditions de son séjour en France, sur sa situation familiale et sur ses démarches administratives. Mme A a été informée, à la fin de cette audition, qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a pu présenter ses observations. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait intervenue en méconnaissance du droit d'être entendue qu'elle tient des principes généraux du droit de l'Union européenne.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante avant d'édicter la décision en litige.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet se serait estimé à tort en situation de compétence liée et ou qu'il aurait méconnu l'étendue de sa compétence. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. En l'espèce, si Mme A se prévaut de sa présence et de celle de ses quatre enfants mineurs sur le territoire français depuis un an en produisant à l'audience, à l'appui de ses allégations, une attestation d'élection de domicile à son nom sur l'unité de la Croix-Rouge française, établie le 6 juillet 2023 et d'une durée de validité d'un an, et des certificats de scolarité établis le 24 mars 2023 attestant que trois de ses enfants sont scolarisés pour l'année scolaire 2022-2023 dans une école élémentaire de Colomiers, en Haute-Garonne, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer qu'elle aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale qu'elle constitue avec ses enfants se reconstitue en dehors de France, et notamment dans son pays d'origine, où rien n'indique que ces derniers ne pourraient pas poursuivre une scolarité dans des conditions équivalentes à celles qu'ils connaissent sur le territoire national. Enfin, l'intéressée, qui ne justifie d'aucune intégration particulière, ni d'aucune insertion professionnelle sur le territoire français, ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a déclaré que vivait son mari lors de son audition devant les services de gendarmerie le 24 octobre 2023. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle méconnaîtrait ainsi les stipulations citées au point précédent. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de la requérante et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

11. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que la requérante n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision susvisée est suffisamment motivée.

12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de Mme A avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. En troisième et dernier lieu, en vertu de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Et aux termes de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

14. Si la requérante soutient qu'elle encourt des risques de persécution en cas de retour dans son pays d'origine, elle n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations, et par suite, ne justifie pas de la réalité des risques auxquels elle serait exposée, alors qu'au demeurant, il ressort des pièces produites en défense que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée, qui fixe le pays de renvoi, méconnait les stipulations précitées.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

16. Il résulte de l'arrêté attaqué, que pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à Mme A, le préfet de l'Ariège s'est fondé sur les dispositions précitées des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, s'il est vrai que la requérante ne justifie pas, depuis sa dernière entrée déclarée en France en octobre 2022, être entrée régulièrement et avoir sollicité un titre de séjour, et si elle ne présente pas de garanties de représentation suffisantes au sens des dispositions du 8° de l'article L. 612-3 précité, il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement qu'elle doit être regardée comme démontrant la scolarisation de trois de ses enfants mineurs dans une école élémentaire de Colomiers, en Haute-Garonne, à la date de la décision attaquée. Par suite, et dans les circonstances de l'espèce, ces éléments sont de nature à constituer une circonstance particulière au sens de l'article L. 612-3 précité qui aurait dû conduire l'autorité préfectorale à accorder un délai de départ volontaire à Mme A. Dans ces conditions, le préfet a fait une inexacte application des dispositions citées aux points précédents. Par suite, Mme A est fondée à obtenir l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre.

17. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, qu'il y a lieu d'annuler la décision portant refus de délai de départ volontaire et, par voie de conséquence, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

18. L'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

19. Dès lors que la mesure portant assignation à résidence est expressément fondée sur la décision portant refus de délai de départ volontaire et que cette dernière décision est elle-même entachée d'illégalité, il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler cette mesure.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

20. D'une part, aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification. ".

21. Il résulte de ces dispositions que lorsque le magistrat désigné prononce l'annulation d'une décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à un étranger obligé de quitter le territoire français, il lui appartient uniquement de rappeler à l'étranger l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative, sans qu'il appartienne au juge administratif d'enjoindre au préfet de fixer un délai de départ. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction de la requête de Mme A, qui tendaient à ce qu'il soit enjoint au préfet de l'Ariège de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Mme A a été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Laspalles, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Laspalles de la somme de 1 250 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Ariège du 24 octobre 2023 est annulé en tant qu'il porte refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

Article 3 : L'arrêté du préfet de l'Ariège du 24 octobre 2023 portant assignation à résidence est annulé.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Laspalles une somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Conformément aux dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à Mme A qu'elle est obligée de quitter le territoire français en application de la décision du préfet de l'Ariège du 24 octobre 2023, dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Laspalles et au préfet de l'Ariège.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC La greffière,

L.FRANCO

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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