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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306541

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306541

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNACIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires et pièces complémentaires enregistrés les 26 octobre et 11 décembre 2023 et les 5 février et 15 mars 2024, M. A B, représenté par Me Naciri, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure ; le préfet a pris sa décision en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; aucun élément ne permet de retenir que le collège de médecin de l'OFII a été effectivement et régulièrement saisi ou aurait rendu un avis ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est suivi sur le territoire français en raison d'une grave pathologie dont le défaut de prise en charge entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et s'est vu délivrer des titres de séjour depuis plus de cinq ans ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle retient que sa famille réside dans son pays d'origine ; le préfet ne pouvait ignorer lui avoir accordé le bénéfice du regroupement familial par une décision du 9 mai 2023 ; son épouse et leurs trois enfants sont régulièrement entrés sur le territoire français le 27 septembre 2023 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle d'autant qu'il remplissait les critères prévus par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer une carte de résident ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ; le préfet a pris sa décision en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; aucun élément ne permet de retenir que le collège de médecin de l'OFII a été effectivement et régulièrement saisi ou aurait rendu un avis ;

- elle méconnait le point 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, elle est dépourvue de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2024.

Par une ordonnance du 6 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 février 2024. Par une ultime ordonnance du 17 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguein,

- et les observations de Me Naciri, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ghanéen déclare être entré sur le territoire français le 15 février 2016 et a sollicité le 17 février suivant son admission au bénéfice de l'asile. Suite au rejet définitif de cette demande par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 mars 2017, notifiée le 9 mars 2017, il a obtenu la délivrance d'un titre de séjour " étranger malade " et de carte de séjour entre le 2 janvier 2018 et le 15 mars 2023. Par un arrêté du 15 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour demandé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire et le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 28 février 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

4. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

5. Il ressort de l'avis susmentionné que le collège de médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen tiré du vice de procédure manque donc en fait.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été diagnostiqué comme étant infecté par le virus de l'hépatite B en 2016, maladie pour laquelle il a été traité en 2017 et au titre de laquelle il bénéficie depuis d'un suivi régulier en France. Les certificats médicaux produits n'apportent aucun élément supplémentaire quant à la pathologie dont il est atteint. Au surplus, la circonstance que le traitement médicamenteux suivi France ne serait pas disponible dans son pays d'origine ne permet pas de retenir qu'il ne pourra y bénéficier d'un traitement approprié. Les autres éléments produits, et notamment le rapport de la CEDEAO et l'article issu de la presse scientifique, permettent de retenir que des antirétroviraux nécessaires au traitement de l'hépatite B sont disponibles au Ghana et ne sont pas de nature à remettre en cause la teneur de l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, et alors que la circonstance que le requérant ait bénéficié depuis le 2 janvier 2018 de titres de séjour en qualité d'étranger malade au titre de la même pathologie n'est pas de nature à lui donner droit au renouvellement de son titre, le préfet de la Haute-Garonne n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation sur ce fondement.

7. En deuxième lieu, il est constant que par décision du préfet de la Haute-Garonne du 9 mai 2023, M. B a bénéficié d'une autorisation de regroupement familiale pour sa femme et ses deux enfants et que ces derniers sont arrivés sur le territoire français le 28 septembre 2023. Compte tenu de la date à laquelle la décision critiquée a été adoptée, soit le 15 septembre 2023, le moyen de l'erreur de fait quant au lieu de résidence de la famille du requérant doit être rejeté.

8. Eu égard à la circonstance que par la décision en litige, le préfet s'est contenté d'opposer un refus à la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressé, fondée exclusivement sur les seules dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la circonstance qu'il n'ait pas fait mention de la décision du 9 mai 2023 susmentionnée ni des visas délivrés le 14 juillet 2023 à la femme et aux enfants de M. B n'est pas révélatrice d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande de titre de séjour.

9. Compte tenu de ce qui précède, et notamment de ce que M. B ne pouvait pas prétendre au renouvellement de son titre de séjour, de ce que la famille de l'intéressé n'était pas sur le territoire français à la date de la décision et que rien ne fait obstacle à ce que l'ensemble des membres de la famille rejoigne le Ghana, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation de l'intéressé.

10. En troisième lieu, la circonstance, au demeurant non démontrée, que M. B remplirait les conditions pour se voir délivrer une carte de résident longue durée au titre de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérante dès lors qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur ce fondement et que le préfet ne s'est pas prononcé sur ce point.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

12. En deuxième lieu, le moyen tiré du vice de procédure reposant sur la méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

14. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. En quatrième lieu, si M. B résidait depuis plus de six ans sur le territoire français et pour la plus grande partie sous le couvert d'un titre de séjour, il demeure qu'à la date de la décision contestée, la famille de l'intéressé résidait toujours dans son pays d'origine. En l'absence d'éléments permettant d'établir que l'intéressé avait noué des relations d'une particulière intensité sur le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porterait atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale et aurait donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi, qui est fondée sur cette décision, serait illégale par voie de conséquence.

17. En second lieu, cette décision comporte les éléments de droit et de fait qui en constitue le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation manque en fait.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant au paiement des entiers dépens et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Naciri et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

M. Gueguein, premier conseiller,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

S. GUEGUEIN

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. Roets

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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