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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306569

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306569

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 26 avril 2024, M. A C, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont signées par une autorité incompétente ; la signataire ne bénéficie d'aucune délégation ; l'administration n'établit pas que le préfet était empêché ou absent ; la délégation dont bénéficie Mme B ne pouvait concerner tous les arrêtés relevant de la police des étrangers ;

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- l'administration n'a pas suivi la procédure prévue par les articles L. 425-9 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il aurait été opportun de saisir le médecin conseil près le consulat général de France en Tunisie pour apprécier la disponibilité des soins dont il a besoin ; il n'a jamais eu communication de l'avis du collège de médecins ; il ignore si le médecin instructeur a participé à la séance au cours de laquelle le collège a rendu l'avis le concernant ; il ignore si le collège était régulièrement composé ; il ignore si la spécialité des médecins participants au collège leur permettait d'avoir un avis sûr et éclairé ; il n'est pas établi que le rapport médical visé à l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rédigé par un médecin de l'OFII ; il n'a pas eu accès à la base de données sur la base de laquelle le collège se prononce ; il est privé d'une garantie ;

- le préfet s'est senti lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie contrairement aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que l'administration reconnaît dans l'arrêté qu'il réside en France depuis plus de 10 ans ;

- la décision méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est atteint d'une pathologie grave et chronique ; il ne pourra disposer des soins dont il a besoin dans sa ville d'origine ;

- la décision méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a transféré depuis de nombreuses années le centre de ses intérêts privés et familiaux en France ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est irrégulière en raison de son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2024.

Par une ordonnance du 13 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gueguein a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, déclare être entré en France en 2010. Suite à un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 9 septembre 2019 lui faisant obligation de quitter le territoire, il a bénéficié, entre le 27 janvier 2020 et le 16 mars 2023, de la délivrance de carte de séjour temporaire pour motif humanitaire, en raison de son état de santé. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 30 janvier 2023 et demande l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, tous actes et décisions en matière de police des étrangers, au nombre desquels figurent les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Contrairement à ce que soutient le requérant, une telle délégation n'est ni trop générale, ni trop imprécise. En conséquence, et alors que M. C n'établit pas que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas été absent ou empêché, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué en ce qu'il porte décision de refus de séjour vise les stipulations pertinentes de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et mentionne l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, cette décision fait état des motifs ayant conduit le préfet de la Haute-Garonne à refuser le séjour à l'intéressé, mentionne l'avis du collège de médecins de l'OFII, précise qu'il n'est pas lié par cet avis et retient qu'un refus ne porterait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect à la vie privée et familiale de l'intéressée. Dans ces conditions, la décision attaquée portant refus de séjour comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée. En application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur le 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour, dès lors que celle-ci est suffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi comporte également les éléments de droit et de fait sur laquelle elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-12 de ce même code dispose : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () / () Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Aucun texte législatif ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'impose au préfet de communiquer à l'étranger l'avis du collège de médecins de l'OFII préalablement à la décision de refus de séjour ni n'exige la communication des informations, bases de données et sources sur lesquelles s'est fondé le collège pour rendre son avis. S'agissant du rapport médical, couvert par le secret médical, seul l'étranger concerné peut demander qu'il lui soit transmis, le préfet ne disposant quant à lui d'aucun droit à en obtenir la communication. Enfin, la base de données de la bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine (BISPO), qui recense, conformément à l'annexe II de l'arrêté du 5 janvier 2017, les sites internet comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine et sur les principales pathologies, est accessible à tous et doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 30 mai 2023 a été précédé, conformément aux dispositions précitées, d'un rapport établi le 11 mai 2023 par un autre médecin de cet office n'ayant pas siégé au sein du collège, conformément aux exigences de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet avis comporte par ailleurs la signature des trois médecins composant le collège, dont l'identité est précisée et qui ont été désignés pour siéger dans cette instance par une décision du 3 octobre 2022. Les dispositions précitées n'imposent en outre pas de mentionner, dans cet avis, la spécialité éventuelle du médecin-rapporteur ni celle des médecins composant le collège, lequel n'est par ailleurs pas tenu de procéder à l'examen du demandeur avant de rendre son avis, la faculté de procéder à cet examen étant laissée à son appréciation. Les médecins du collège ne sont pas davantage tenus de préciser si le traitement requis par l'état de santé de l'étranger sur lequel il se prononcent est disponible de manière continue sur la totalité du territoire de son pays d'origine et accessible à l'ensemble de la population, ni de se prononcer sur le coût des soins dans ce pays, ni encore de mentionner les sources d'information sanitaire auxquelles ils se sont référés pour apprécier la disponibilité des soins dans celui-ci. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis des médecins de l'OFII doit être écarté en chacune de ses branches.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée et des pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII. Le moyen doit donc être écarté.

10. En troisième lieu, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'une anémie hémolytique auto-immune à anticorps chauds (AHAI), pathologie au titre de laquelle il a bénéficié de titre de séjour entre janvier 2020 et mars 2023. Pour refuser à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII qui retient que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement du traitement approprié à son état. Pour contester cette appréciation, M. C produit plusieurs certificats médicaux des 14 septembre 2018, 16 avril 2021 et 3 mars 2022 indiquant que si le diagnostic initial, de janvier 2017, relevait une sévérité de la maladie, il est en rémission complète et a arrêté son traitement depuis 2020. Si le requérant est fondé à soutenir qu'il peut subir une rechute, comme cela a été le cas en mars 2019, il demeure que sa pathologie est clairement identifiée et répond au traitement classiquement utilisé, à savoir notamment le Rituximab. La seule circonstance que l'hôpital de la ville de Sidi-Bouzid, dont il est originaire, ne lui permettrait pas de bénéficier d'une prise en charge optimale n'est pas de nature à infirmer l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII et par le préfet de la Haute-Garonne sur la disponibilité effective d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet au regard de son état de santé, doivent être écartés.

12. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code.

13. En l'espèce, selon la demande de titre signée le 18 janvier 2023, M. C a, contrairement à ce qu'il soutient, uniquement demandé le renouvellement du titre de séjour mention " étranger malade " dont il avait bénéficié et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'ayant pas examiné d'office cette possibilité, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision en litige méconnaitrait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que la décision en litige aurait dû être précédée de la consultation de la commission du titre de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 432-13 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. M. C, qui soutient être arrivé en France en 2010, a fait l'objet d'un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire en 2018. Les pièces produites, à savoir trois attestations plutôt vagues dont une établie par son frère et un certificat médical établi par son médecin traitant ne permettent toutefois pas d'établir la continuité de son séjour en France depuis les années 2010 ou 2011. Les documents et certificats médicaux produits justifient en revanche qu'il a bénéficié d'un suivi médical en France depuis janvier 2017 mais mentionnent également qu'il a subi une rechute de sa pathologie en 2019 à la suite d'un retour dans son pays d'origine d'environ un mois et demi. Si sa sœur et son frère, qui l'hébergent, résident de manière régulière en France, il n'y fait valoir l'existence d'aucune autre relation d'une particulière intensité et ne sera pas isolé dans son pays d'origine où sa mère réside toujours. Par suite, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant refus de titre de séjour a été prise. Par suite, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 15, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

17. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 11, le moyen tiré de la méconnaissance du 10° de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles tendant au paiement des entiers dépens et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

M. Gueguein, premier conseiller,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

S. GUEGUEIN

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. Roets

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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