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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306586

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306586

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " parent d'enfant français " ou " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de la saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- le préfet n'a pas examiné ses droits au séjour au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la présence du requérant en France représente une menace pour l'ordre public ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Poupineau,

- et les observations de Me Mercier, représentant M. A

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malgache, déclare être entré en France le 15 avril 2017. A la suite de son mariage avec une ressortissante française, il a bénéficié, à compter du 27 août 2020, d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, régulièrement renouvelé jusqu'au 28 août 2022. Le 19 juillet 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour pour motif familial en invoquant également sa situation de parent d'enfants français. Par un arrêté du 29 septembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande, a assorti sa décision de refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 8 mars 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 432-14 du même code : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

5. Il est constant que M. A est père de deux enfants français, respectivement nés le 27 février 2020 et le 3 mars 2022, issus de son mariage avec une ressortissante française, dont il est divorcé depuis le 15 décembre 2022. Pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfants français, le préfet de la Haute-Garonne a estimé qu'il ne justifiait pas contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de ses deux enfants, qui résidaient chez leur mère, laquelle a déposé plusieurs mains courantes pour dénoncer l'absence de prise en charge par leur père, ni entretenir avec eux des liens intenses et réguliers. Toutefois, par un jugement du 15 décembre 2022, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Toulouse a constaté que l'autorité parentale était exercée en commun par les deux parents, a reconnu au requérant un droit d'accueil un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires et l'a condamné à verser une pension alimentaire de 170 euros par mois pour les deux enfants. M. A établit par la production de virements bancaires effectués au titre de la période allant de décembre 2022 à septembre 2023 et dont les montants correspondent à celui de la pension alimentaire mise à sa charge, de deux paiements de la crèche de son cadet, de factures établies pour différents achats alimentaires, de vêtements et d'accessoires pour enfant pour les mois de juillet à novembre 2022 et juillet 2023 à septembre 2023, qu'il a toujours contribué, même après la séparation d'avec son épouse, à l'entretien de ses enfants. M. A verse également à l'instance un courrier adressé à la préfecture par leur mère dans lequel elle témoigne du respect par l'intéressé des modalités de garde depuis plusieurs mois et de l'attachement des enfants à leur père. Enfin, le requérant a produit des historiques d'appels et des messages téléphoniques échangés de manière régulière entre 2022 et 2023 démontrant qu'il entretient des relations suivies avec ses enfants. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne, en lui refusant le titre de séjour sollicité au motif qu'il ne contribuait pas effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, a fait une inexacte application de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existante à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. Le préfet de la Haute-Garonne, dans son mémoire en défense, fait valoir que la présence de M. A, qui a été condamné, par un jugement du 9 février 2022 du tribunal correctionnel de Toulouse, à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, puis pour des faits de vol commis du 1er au 31 juillet 2021, constitue une menace pour l'ordre public.

8. Toutefois, dès lors qu'un étranger auquel le préfet envisage de refuser le séjour remplit effectivement toutes les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet est tenu de soumettre son cas à la consultation de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 du même code, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Ainsi, il résulte de ce qui précède que la substitution de motif demandée priverait M. A d'une garantie procédurale liée au motif susceptible d'être substitué. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la présence en France de l'intéressé constitue effectivement une menace à l'ordre public, la demande de substitution de motif du préfet de la Haute-Garonne ne peut être accueillie.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision en date du 29 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le motif d'annulation retenu implique, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mercier de la somme de 1 000 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 29 septembre 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Mercier la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, première conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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