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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306587

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306587

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2023, et un mémoire enregistré le 8 février 2024, M. D A, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an au titre de sa vie privée et familiale ou en qualité d'élève/étudiant, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle lui serait refusée, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet n'a pas examiné ses droits au séjour au regard des stipulations du titre IV de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet aurait dû mettre en œuvre son pouvoir de régularisation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations du titre IV de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Poupineau ;

- et les observations de Me Mercier représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant algérien, est entré en France, le 30 septembre 2018, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 5 décembre 2022, il a sollicité son admission au séjour en France en faisant valoir la durée de son séjour et le déroulement de sa scolarité en France. Par un arrêté du 3 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande, a assorti sa décision de refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 28 février 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-096, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à

Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les décisions de refus d'admission au séjour, les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de son arrêté, le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de l'accord franco-algérien et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de M. A, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que celui-ci ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour sollicité. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation personnelle et familiale. Ainsi, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Enfin, la décision fixant le pays de destination rappelle la nationalité de M. A et précise que ce dernier n'établit pas être exposé dans son pays d'origine à des peines ou traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, l'arrêté attaqué est, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivé.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A avant de prendre son arrêté. Si le requérant reproche au préfet de ne pas avoir examiné ses droits au séjour au regard des stipulations du titre IV de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il ressort du formulaire de demande qu'il a renseigné le 29 novembre 2022, qu'il n'a pas sollicité son admission au séjour sur le fondement de ces stipulations. Par suite, et alors que le préfet n'était pas tenu d'examiner de lui-même si M. A pouvait prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement que celui dont il s'était prévalu à l'appui de sa demande, le moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A, qui est entré en France le 30 septembre 2018, se prévaut de la durée de son séjour, de ses attaches personnelles et familiales et de son parcours scolaire. Toutefois, âgé de 19 ans à la date de la décision attaquée, il a vécu la majeure partie de son existence dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que ses parents, qui sont en France depuis plusieurs années, ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de la Haute-Garonne par un arrêté du 14 septembre 2021, et ont ainsi vocation à retourner en Algérie avec les deux sœurs mineures de M. A. Si ce dernier se prévaut également de la présence sur le territoire national de tantes et de cousins, dont certains sont titulaires de la nationalité française, il n'apparait pas qu'il entretiendrait avec eux des liens d'une particulière intensité. De même, les deux attestations de camarades qu'il a produites ne permettent pas d'établir la réalité et la diversité des liens personnels dont il fait également état. Enfin, il ne justifie pas d'une intégration particulière par la seule circonstance qu'il est impliqué dans des actions de bénévolat. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ne pourrait poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

9. En troisième lieu, en se bornant à reprendre les éléments exposés au point précédent et à se prévaloir d'une promesse d'embauche, postérieure à l'arrêté attaqué, pour un emploi à durée indéterminé et du caractère sérieux de sa scolarité depuis son arrivée en France, le requérant n'établit pas que le préfet aurait, en refusant de l'admettre au séjour, commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation.

10. En quatrième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire". " Et aux termes de l'article 9 de ce même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titre mentionnés à l'alinéa précédent ".

11. Le préfet de la Haute-Garonne a rejeté la demande de titre de séjour dont il était saisi au motif notamment que M. A ne démontrait pas suivre un enseignement, un stage ou faire des études en France au titre de l'année scolaire 2023/2024. Or, le requérant produit un certificat de scolarité attestant qu'il était inscrit en septembre 2023 en classe de terminale de baccalauréat professionnel " Assistance, gestion et organisation des activités ". Par suite, il est fondé à soutenir que le motif ci-dessus rappelé est entaché d'une erreur de fait. Toutefois, le préfet s'est également fondé sur les circonstances que M. A ne détenait pas un visa de long séjour et ne disposait pas de moyens d'existence suffisants. Or, il résulte de la combinaison des stipulations de l'accord franco-algérien citées au point 10, que la délivrance d'un titre de séjour à un ressortissant algérien en qualité d'étudiant est soumise à la justification d'un visa de long séjour dont il est constant que M. A ne justifie pas disposer. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas le motif tiré de l'insuffisance des moyens d'existence également retenu par le préfet de la Haute-Garonne. Et il résulte de l'instruction que ce dernier aurait pris la même décision de refus s'il s'était fondé uniquement sur ces deux derniers motifs, qui fondent légalement l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

12. En cinquième et dernier lieu, aux termes du titre IV de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens résidant en France doivent être titulaires d'un certificat de résidence à partir de l'âge de dix-huit ans. / Les ressortissants algériens âgés de seize à dix-huit ans qui déclarent vouloir exercer une activité professionnelle salariée reçoivent de plein droit un certificat de résidence: / - d'une durée de validité d'un an, lorsqu'ils ont été autorisés à séjourner en France au titre du regroupement familial et que l'un au moins de leurs parents est titulaire d'un certificat de résidence de même durée; / - d'une durée de validité de dix ans lorsqu'ils remplissent les conditions prévues à l'article 7 bis, 4e alinéa. / Ils peuvent, dans les autres cas, solliciter un certificat de résidence valable un an. ".

13. Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, le requérant n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées et le préfet de la Haute-Garonne n'a pas examiné les droits au séjour de l'intéressé au regard de ces stipulations. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de leur méconnaissance pour contester la légalité du refus de titre de séjour attaqué.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision de refus de titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

15. En second lieu, les moyens soulevés par M. A et tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de la Haute-Garonne doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 9 du présent jugement.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

16. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation et d'injonction doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

V. POUPINEAU

L'assesseure la plus ancienne,

M. ROUSSEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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