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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306658

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306658

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023, Mme C A, représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étranger malade ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code précité.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit à être entendue ;

- l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et l'intégration (OFII) est irrégulier en ce qu'il n'est pas établi qu'il a été pris à l'issue d'une délibération collégiale ;

- le préfet s'est cru à tort lié par l'avis de l'OFII ;

- cette décision méconnaît l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien, dès lors qu'elle ne pourra bénéficier d'un traitement approprié en Algérie ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; le préfet n'a pas pris en considération les circonstances humanitaires exceptionnelles dont elle peut se prévaloir ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable ;

- elle méconnaît son droit à être entendue ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 14 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 mars 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2024.

Un mémoire enregistré le 18 mars 2024, après la clôture de l'instruction, a été présenté par Mme A et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, est entrée sur le territoire français le 13 juin 2017, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de trente jours. Elle a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé, sur le fondement de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié. Par un arrêté du 6 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2024. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

5. L'arrêté contesté vise l'accord franco-algérien, notamment le 7° de son article 6 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il retrace la procédure suivie par Mme A devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ainsi que les principaux éléments de sa situation familiale en indiquant les raisons pour lesquelles le préfet a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade ou de manière discrétionnaire. Le refus de titre de séjour comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est par suite suffisamment motivé. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Par ailleurs, l'arrêté vise l'article L. 612-1 et mentionne que la requérante n'a fait état d'aucune circonstance justifiant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité de la requérante et précise qu'elle n'établit pas être exposée à des risques en cas de retour en Algérie, est également suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

7. La décision contestée a été prise à la suite de la demande formulée par la requérante. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir des dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable pour la mise en œuvre des stipulations de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-13 de ce même code précise : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. (). ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

9. Les dispositions citées au point précédent instituent une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. Dans ces conditions, et alors que le préfet a produit à l'instance l'avis rendu le 25 septembre 2023 par les trois médecins composant le collège de médecins de l'OFII sur la situation de Mme A, le moyen tiré de ce qu'il n'est pas établi que les médecins composant ce collège aient collégialement délibéré ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse, ni des pièces du dossier, qu'elle n'aurait pas été précédée d'un examen réel et sérieux de la situation personnelle de la requérante.

11. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre le requérant lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

12. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Le moyen tiré de ce que le droit de Mme A à être entendue avant l'édiction de la décision contestée aurait été méconnu doit ainsi être écarté.

13. En cinquième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté qu'après avoir pris en compte l'avis du collège de médecins, l'autorité préfectorale a apprécié si la requérante remplissait les conditions d'octroi d'un titre de séjour. Le préfet ne s'est donc pas estimé lié par cet avis. Le moyen invoqué à cet égard doit donc être écarté.

14. En sixième lieu, il ressort de l'avis des médecins du collège de l'OFII que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

15. Il ressort des pièces du dossier, que Mme A souffre d'une maladie de Crohn sévère, qui est stabilisée et traitée par un traitement de fond par immunomodulateur avec une surveillance clinique biologique et endoscopique. Elle bénéficie à ce titre, depuis le 6 décembre 2022, d'une prescription d'Ustekinumab (Stelana). Si Mme A justifie que l'Ustekinumab n'est pas disponible en Algérie, en produisant des attestations dont celle du Dr B, gastroentérologue algérien, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que d'autres molécules ne pourraient pas y être substituées, alors que le préfet précise que d'autres immunomodulateurs peuvent être prescrits dans le cadre du traitement de la maladie de Crohn tels que l'Adalimumab, l'Infliximab, dont elle a au demeurant déjà bénéficié, et le Vedolizumab. Par ailleurs, la requérante ne démontre pas être dans l'impossibilité de bénéficier d'un suivi endoscopique sur le long terme dans son pays d'origine. Si elle fait valoir que les soins sont coûteux en Algérie et qu'elle ne bénéficie pas actuellement de la protection sociale algérienne, elle n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de travailler lors de son retour dans son pays. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas avoir un accès effectif à un traitement et à un suivi médical dans la ville de Mostaganem où elle indique avoir vocation à résider, et elle n'établit ni même n'allègue qu'elle ne pourrait s'installer dans une agglomération plus proche des grands centres médicaux algérois. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle ne pourra accéder effectivement au traitement et au suivi que son état de santé nécessite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 8 doit être écarté.

16. En septième lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

17. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

18. Mme A, entrée en France en 2017, soutient avoir transféré en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux eu égard notamment à la durée de son séjour, à la présence de sa tante, qui s'occuperait d'elle depuis ses quinze ans, et à celle de son père et deux de ses sœurs, de nationalité française. Toutefois, elle n'établit pas le caractère indispensable de la présence de sa tante à ses côtés ni l'intensité des liens qu'elle entretiendrait avec les autres membres de sa famille, alors que le préfet fait valoir, sans être contredit, qu'elle a vécu séparés d'eux pendant de nombreuses années. En outre, à la date de la décision attaquée, la requérante était célibataire et sans charge de famille et n'était pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résidait sa mère et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Enfin, elle ne justifie pas d'une intégration particulière. Dans ces circonstances, le préfet de la Haute-Garonne, en rejetant la demande de titre de séjour de Mme A, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

20. En deuxième lieu, d'une part, Mme A ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, lesquelles ont été abrogées depuis le 1er janvier 2016 et étaient, au demeurant, inopérantes à l'encontre de la décision contestée, dès lors que les dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déterminent l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français ainsi que des décisions les assortissant. D'autre part, et ainsi qu'il a été dit aux points 12 et 13 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe général du droit de l'Union d'être entendu ne peut qu'être écarté.

21. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 18 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement contestée est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

23. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs qu'exposés au point 20 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 doit être écarté.

24. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A. Il ne ressort pas davantage des termes de la décision attaquée, qui précise que la requérante n'a pas fait état de circonstances particulières justifiant l'octroi d'un délai supplémentaire, que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour fixer ce délai à trente jours.

25. En quatrième et dernier lieu, compte tenu des conditions de séjour en France de la requérante et de sa situation personnelle, telles que rappelées aux points 15 et 18 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2023 doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

Le rapporteur,

T. FRINDEL

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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