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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306723

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306723

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulouse a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un permis de construire modificatif tacite. Le tribunal a jugé la requête irrecevable, considérant que les requérants n'avaient pas démontré un intérêt à agir suffisant pour contester ce permis modificatif, qui ne portait pas atteinte à leurs conditions de vie. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 novembre 2023, 13 novembre 2024, 24 décembre 2024 et 26 juin 2025, Mme C... I... épouse B..., M. J... F..., M. E... B..., M. G... H..., M. K... A..., Mme D... N... L... et M. J... L..., représentés par Me Thalamas, demandent au tribunal :

1°) d’annuler le permis de construire modificatif tacite intervenu le 13 mai 2023 au bénéfice de la société par actions simplifiée Sogeprom Sud Réalisations ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse et de la société Sogeprom Sud Réalisations une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- le permis modificatif tacite attaqué est entaché d’un vice de procédure faute de consultation préalable de l’architecte des bâtiments de France ;
- il est entaché d’un vice de procédure dès lors que l’avis de l’architecte des bâtiments de France du 30 janvier 2023 a été rendu sur la base d’un dossier incomplet ;
- il est entaché d’une erreur de droit dès lors que le permis de construire initial était devenu caduc.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 mars 2024 et 14 mai 2025, la société Sogeprom Sud Réalisations, représentée par Me Courrech, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, la commune de Toulouse conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 1 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.

Par lettre du 6 février 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office et tiré du défaut d’intérêt à agir des requérants à l'encontre du permis modificatif contesté.

Un mémoire produit pour Mme I... et autres a été enregistré le 13 février 2026, en réponse au moyen d’ordre public et a donné lieu à communication.

Un mémoire produit par la commune de Toulouse a été enregistré le 23 février 2026, en réponse au moyen d’ordre public et a donné lieu à communication.

Par une ordonnance du 6 février 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 23 février 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Michel,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- les observations de Me Thalamas, représentant les requérants, de Mme M..., représentant la commune de Toulouse, et de Me Marti, représentant la société Sogeprom Sud Réalisations.


Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 juillet 2016, le maire de la commune de Toulouse a accordé à la société Sogeprom Sud Réalisations un permis de construire pour la réalisation d’un ensemble immobilier constitué de vingt logements répartis au sein de deux bâtiments sur la parcelle cadastrée section AC n°231 située 25 rue des Martyrs de la Libération à Toulouse. Le 13 janvier 2023, cette même société a sollicité la délivrance d’un permis de construire modificatif pour la réduction de l’emprise du parking souterrain avec la création d’un niveau de sous-sol supplémentaire, la suppression de la rampe d’accès au sous-sol remplacée par un ascenseur véhicules intégré dans le bâtiment sur rue et le maintien sur site de deux arbres remarquables. Ce permis de construire modificatif a été tacitement accordé le 13 mai 2023, à la suite du silence gardé par le maire au terme du délai d’instruction de quatre mois. Le recours gracieux formé par Mme C... I... épouse B..., M. J... F..., M. E... B..., M. G... H..., M. K... A..., Mme D... N... L... et M. J... L... le 7 juillet 2023 a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme I... épouse B... et autres demandent l’annulation du permis de construire modificatif tacite intervenu le 13 mai 2023 et de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur le décès de M. B... :

2. Aux termes de l’article R. 634-1 du code de justice administrative : « Dans les affaires qui ne sont pas en état d’être jugées, la procédure est suspendue par la notification du décès de l’une des parties ou par le seul fait du décès, de la démission, de l’interdiction ou de la destitution de son avocat. Cette suspension dure jusqu’à la mise en demeure pour reprendre l’instance ou constituer un avocat. ». Une affaire est en état d’être jugée à la date de la notification du décès de l’un des requérants aux juges du fond lorsque cette notification intervient postérieurement au dépôt du mémoire en défense.

3. Le tribunal a été informé du décès de M. B..., survenu le 13 avril 2025, par un courrier de son avocat reçu le 16 mai 2025, postérieurement au dépôt par la société Sogeprom Sud Réalisations de son premier mémoire en défense le 14 mars 2024. A la date de notification du décès de M. B... au tribunal, l’affaire était en état d’être jugée. Rien ne s’oppose donc à ce que le tribunal statue sur les conclusions que M. B... a présentées avec les autres requérants, alors même qu’aucun ayant-droit n’a déclaré reprendre l’instance en cette qualité.

Sur la recevabilité de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : « Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ».

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.

6. Il résulte de ce qui précède que l’intérêt à agir de Mme I... épouse B... et autres contre le permis modificatif tacite délivré à la société Sogeprom Sud Réalisations doit être apprécié au regard des seules modifications apportées au permis de construire initial délivré le 27 juillet 2016, celui-ci étant devenu définitif après le rejet du pourvoi en cassation le 18 juillet 2019 contre le jugement du 30 octobre 2018 ayant rejeté le recours formé contre ce permis initial par les mêmes requérants. Si Mme I... épouse B... et autres font valoir qu’ils sont propriétaires ou occupants de parcelles riveraines du terrain d’assiette du projet et que le projet de la société Sogeprom Sud Réalisations emporte la démolition d’une ancienne maison toulousaine et la mise en œuvre de constructions dont les élévations sont beaucoup plus importantes que l’existant, créant un effet visuel, des vues intrusives et l’occultation du reste du jardin, ces éléments concernent uniquement le projet de construction tel qu’il a été autorisé par le permis de construire initial. Dans ces conditions, et dès lors qu’ils ne justifient pas de leur intérêt à agir au regard des modifications apportées par le permis modificatif tacite intervenu le 13 mai 2023, la requête présentée par Mme I... épouse B... et autres doit être rejetée comme irrecevable pour ce motif.

Sur les frais liés au litige :



7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse et de la société Sogeprom Sud Réalisations, qui n’ont pas la qualité de parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge des requérants solidairement une somme de 1 500 euros à verser à la société Sogeprom Sud Réalisations sur le fondement de ces dispositions. Enfin, si une personne publique qui n’a pas eu recours au ministère d’avocat peut néanmoins demander au juge le bénéfice de l’article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais spécifiques exposés par elle à l’occasion de l’instance, elle ne saurait se borner à faire état d’un surcroît de travail de ses services et doit faire état précisément des frais qu’elle aurait exposés pour défendre à l’instance. En l’espèce, les conclusions de la commune de Toulouse au titre de l’article L. 761-1, laquelle n’est pas représentée par un avocat, qui se fondent sur des frais de reprographie dont, d’ailleurs, elle ne fait pas état avec précision, ne peuvent qu’être rejetées.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme I... épouse B... et autres est rejetée.

Article 2 : Mme I... épouse B... et autres verseront solidairement à la société Sogeprom Sud Réalisations une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Toulouse présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme I... épouse B..., représentante désignée, pour l’ensemble des requérants, à la commune de Toulouse et à la société Sogeprom Sud Réalisations.


Délibéré après l’audience du 11 mars 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Meunier-Garner, présidente,
Mme Michel, première conseillère,
Mme Camorali, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.


La rapporteure,
L. MICHEL
La présidente,
M.-O. MEUNIER-GARNER



La greffière,



B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef,

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