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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2306814

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2306814

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2306814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMAZEAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 11 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Mazeas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du préfet de l'Aveyron du 10 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aveyron de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours et de réexaminer sa demande d'asile dans un délai de deux mois, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la date de la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de la l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- cette décision méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il a contesté la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dans les délais et le préfet ne justifie pas de ce que la Cour nationale du droit d'asile a rendu une décision suite à ce recours ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Bru, substituant Me Mazeas, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. C, assisté par Mme B D, interprète en langue turque, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 10 juin 1993 à Tekman (Turquie), déclare être entré sur le territoire français le 17 mai 2019 et a sollicité son admission au bénéfice de l'asile

le 16 juillet 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 30 novembre 2020. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet par une décision du 19 mars 2021. Le requérant a sollicité le réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 février 2023. Par une décision du 27 février 2023, notifiée le 16 mars 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré cette demande irrecevable. Par un arrêté du 10 octobre 2023, le préfet de l'Aveyron a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 24 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs

le 25 octobre 2022, le préfet de l'Aveyron a donné délégation à M. F E, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer les décisions en litige. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique les conditions d'entrée et de séjour de M. C, retrace la procédure de sa demande d'asile et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle et familiale. Par conséquent, l'arrêté comporte les circonstances de droit et fait qui constituent le fondement de la décision d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de l'Aveyron n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de M. C. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ;() ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, si M. C, dont la demande d'asile initiale a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides

du 30 novembre 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile

du 19 mars 2021, a sollicité, le 23 février 2023, une demande de réexamen de sa demande d'asile, cette dernière demande été rejetée par une décision d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 février 2023, en application des dispositions du 3° de l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le droit au maintien de l'intéressé sur le territoire français a, en application du b) du 2° de l'article L. 542-2 du code précité, pris fin à la date de cette dernière décision et que le requérant se trouvait dans le cas où, en application du 4° de l'article L. 611-1 du même code, le préfet de l'Aveyron pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français. Au demeurant il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'extrait de la base de données de l'application Telemofpra produit par le préfet, que cette décision d'irrecevabilité a été notifiée au requérant le 16 mars 2023 et que la Cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision par une décision

du 9 octobre 2023 notifiée le 23 octobre 2023, ces notifications faisant foi, en vertu des dispositions de l'article R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, jusqu'à preuve contraire. Par suite, nonobstant la circonstance qu'un recours ait été enregistré contre la décision d'irrecevabilité de l'Office du 27 février 2023 auprès de la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, le requérant ne peut utilement invoquer les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine au soutien des conclusions aux fins d'annulation de la décision d'éloignement en litige qui n'a pour objet de fixer le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. M. C soutient que la décision fixant la Turquie comme pays de renvoi porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, en se bornant à faire état de ses origines kurdes, M. C n'établit pas qu'il serait effectivement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors qu'au demeurant tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aveyron du 10 octobre 2023.

En ce qui concerne les conclusions aux fins de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'article L. 752-11 de ce code précise : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

13. Ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, la Cour nationale du droit d'asile a, par une ordonnance du 9 octobre 2023, notifiée le 23 octobre 2023, rejeté le recours formé par M. C à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 février 2023 rejetant la demande de réexamen de sa demande d'asile. Par suite, les conclusions du requérant tendant, en application des dispositions précitées, à la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de l'Aveyron et à Me Mazeas.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLECLa greffière,

L. FRANCO

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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