mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2306979 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCP SAIDJI & MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, M. E D, représenté par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 novembre par lequel le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer a rejeté sa demande d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile ;
2°) d'admettre son entrée sur le territoire français afin qu'il puisse solliciter l'asile ;
3°) d'enjoindre au ministre de faire droit à sa demande d'entrée en France au titre de l'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus d'entrée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 351-1 et L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 1 de la convention de Genève sur le droit des réfugiés et de l'article 10 de la directive n°2011/95 ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est éligible à la protection internationale.
La requête a été régulièrement communiquée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, qui n'a pas communiquée d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention de Genève relative aux droits des réfugiés,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zabka,
- les observations de M. D, assisté de M. C, interprète en Wolof, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant sénégalais, s'est présenté aux postes transfrontières de l'aéroport de Toulouse-Blagnac le 12 novembre 2023 et a sollicité son admission au titre de l'asile. Par une décision du 14 novembre 2023, le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer a refusé son entrée sur le territoire français au titre de l'asile et a fixé le pays vers lequel il sera réacheminé. Par sa présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée pour le ministre et par délégation par Mme B A, adjointe à la cheffe du département de la coopération et de la dimension extérieure de l'asile. Par une décision du 30 mai 2023, régulièrement publiée, modifiant la décision du 24 août 2020 portant délégation de signature, Mme A a reçu délégation pour signer au nom du ministre " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions du département de l'accès à la procédure d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte l'énoncé de l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lequel il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente () pour vérifier : () / 3° () si sa demande n'est pas manifestement infondée ". Selon l'article L. 352-1 du même code : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". Enfin, aux termes de l'article 10 de la directive 2011/95 : " 1. Lorsqu'ils évaluent les motifs de la persécution, les États membres tiennent compte des éléments suivants : ()b) la notion de religion recouvre, en particulier, le fait d'avoir des convictions théistes, non théistes ou athées, la participation à des cérémonies de culte privées ou publiques, seul ou en communauté, ou le fait de ne pas y participer, les autres actes religieux ou expressions d'opinions religieuses, et les formes de comportement personnel ou communautaire fondées sur des croyances religieuses ou imposées par ces croyances ; d) un groupe est considéré comme un certain groupe social lorsque, en particulier : ses membres partagent une caractéristique innée ou une histoire commune qui ne peut être modifiée, ou encore une caractéristique ou une croyance à ce point essentielle pour l'identité ou la conscience qu'il ne devrait pas être exigé d'une personne qu'elle y renonce, et ce groupe a son identité propre dans le pays en question parce qu'il est perçu comme étant différent par la société environnante "
5. Il résulte de ces dispositions que le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer peut refuser à un étranger l'entrée sur le territoire national en raison du caractère manifestement infondé de sa demande d'asile présentée aux frontières lorsque les déclarations de celui-ci, et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les craintes de persécutions ou d'atteintes graves alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er A (2) de la convention de Genève relative au statut des réfugiés, de l'article 10 de la directive 2011/95, ou des articles L. 511-1 et L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la protection subsidiaire.
6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu de l'entretien avec l'officier de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides que le requérant soutient avoir quitté son pays le 12 novembre 2023 dans lequel il est menacé depuis que son père a appris qu'il entretenait une relation amoureuse avec sa seconde épouse. Il fait valoir que celle-ci est tombée enceinte de lui du fait de cette relation, et que son père l'a alors menacé de mort en représailles de cette grossesse adultère. Toutefois, le récit de M. D, qui ne verse au dossier aucun élément circonstancié sur les menaces dont il se prévaut, demeure imprécis et lacunaire sur le déroulement de la grossesse et la date et les circonstances de sa fuite. Dans ces conditions, le ministre de l'Intérieur et des Outre-mer a pu, sans méconnaître les dispositions des articles
L. 351-1 et L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérer que la demande d'asile de l'intéressé devait être regardée comme manifestement infondée et, par conséquent, refuser l'entrée en France de M. D au titre de l'asile. Les moyens soulevés à cet égard doivent donc être écartés.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. En l'espèce, M. D se prévaut d'être menacé de mort par son père dans son pays d'origine en raison de sa relation adultère avec la deuxième épouse de celui-ci et de la grossesse ayant découlé de cette relation. Toutefois, comme indiqué au point 6 du présent jugement, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à étayer cette allégation. Dans ces conditions, le risque d'être personnellement soumis à des traitements contraires aux stipulations précitées n'est pas établi, et le moyen tiré d'une méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à la SAS Itra consulting et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Lu en audience publique le 21 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
N. ZABKA Le greffier,
A. ROUZET
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2306979
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026