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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2307022

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2307022

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2307022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLAFAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 novembre 2023 et 25 juin 2024, Mme A C demande au tribunal d'annuler la délibération 2-7 du 19 septembre 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune de Pamiers a approuvé la cession de deux emprises municipales au profit de la société Eiffage immobilier Occitanie.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence négative ;

- la décision attaquée a été prise en l'absence d'une information suffisante des conseillers municipaux en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

- elle méconnaît l'obligation d'organiser une procédure de publicité et de mise en concurrence alors que le contrat en litige porte cession d'un immeuble à un opérateur économique en vue de la construction d'un ouvrage répondant à des spécifications précises imposées par la personne publique ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 avril et 27 juin 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Pamiers, représentée par Me Lafay, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

L'ensemble de la procédure a été communiqué à la société Eiffage immobilier Occitanie qui n'a pas produit d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Douteaud,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 22 juin 2022, le maire de la commune de Pamiers a procédé à la désaffectation et au déclassement anticipés d'une partie de l'ancien hôpital de la commune, sis place Saint-Vincent, en vue de sa vente, sur une portion des parcelles cadastrées section K nos 2876, 2914, 2916 et 3117, alors occupée par la " Maison de Service au Public et de l'Action Sociale ". Par une délibération du 28 juin 2022, le conseil municipal a approuvé la cession de ce bien au profit de la société Eiffage immobilier Occitanie en habilitant le maire à signer tout document nécessaire à la réalisation de cette vente. Le 8 septembre 2022, le maire de la commune de Pamiers a abrogé la décision du 22 juin 2022 avant que, le 20 septembre 2022, le conseil municipal décide de désaffecter et de déclasser le bien par anticipation. Le 25 octobre 2023, le conseil municipal de la commune de Pamiers a adopté une délibération approuvant la cession d'une partie de l'ancien hôpital de la ville au profit de la société Eiffage immobilier Occitanie. Par une délibération du 19 septembre 2023, le conseil municipal de Pamiers a approuvé le principe de la cession de deux emprises foncières à cette même société en habilitant le maire à signer les actes nécessaires à cette transaction. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cette dernière délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. " Il ressort des dispositions précitées que lorsqu'une commune envisage d'aliéner un immeuble lui appartenant, il lui revient d'inviter le conseil municipal à délibérer sur les conditions et les caractéristiques essentielles de la vente.

3. Mme C soutient tout d'abord que la commune de Pamiers a méconnu l'obligation d'information découlant des dispositions précitées dès lors que les conseillers municipaux n'ont été informés ni de l'identité du contractant chargé de procéder à la démolition des édicules édifiés sur les parcelles concernées par la vente puis à l'aménagement de la nouvelle voie de circulation publique ni du moment où se dérouleront ces travaux. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de la séance du conseil municipal du 19 septembre 2023, la requérante a interrogé l'adjoint en charge de l'urbanisme à ce propos. Ce dernier lui a répondu que la société Eiffage immobilier Occitanie réaliserait les travaux prévus sur les emprises cédées. Au surplus, le projet de délibération annexé au courrier de convocation du 13 septembre 2023 adressé aux conseillers municipaux comportait la mention suivante : " la meilleure option retenue par les parties est : - la démolition des édicules bâtis entre l'ancien hôpital et la crèche afin de créer une voie nouvelle relevant du domaine public de la ville de Pamiers, /- la végétalisation du pignon de la crèche, à la charge de la société Eiffage immobilier Occitanie ". Dès lors, cette branche du moyen manque en fait.

4. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'avis du service des domaines du 10 février 2023 à l'aune duquel le conseil municipal a fixé le prix de vente des bandes de terrain était joint au courrier de convocation du 13 septembre 2023. Mme C soutient que le conseil municipal aurait dû être informé que les coûts afférents aux travaux de démolition et d'aménagement seront supportés par la société Eiffage immobilier Occitanie. Toutefois, comme il vient d'être dit, cette circonstance ressortait tant du projet de délibération joint à la convocation à la séance du 19 septembre 2023 que des échanges qui se sont déroulés lors de la réunion du conseil. Enfin, compte tenu de l'objet de la délibération en litige, limité à l'approbation de la cession des emprises foncières destinées à accueillir les futurs équipements de la résidence séniors, la commune de Pamiers n'était pas tenue d'y indiquer les coûts de la démolition des édicules édifiés sur ces parcelles, de l'étaiement éventuel du bâtiment de la crèche et de la perte de jouissance de son mur pignon. Par suite, cette branche du moyen doit être écarté. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la commune de Pamiers a méconnu les dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2241-1 du même code dispose : " Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles () ".

6. Tout d'abord, il ressort des termes mêmes de la délibération attaquée que " l'emprise au sol nécessaire à la végétalisation du pignon de la crèche est comprise dans deux bandes d'environ 6m2 (2 x 0,5 x 6), dont : / - la bande Est se situe sur une emprise du trottoir, la bande Ouest se situe dans les édicules bâtis. / Ces bandes sont issues des parcelles cadastrées section K numéros 2875 (en partie) et 3403 (en partie), sises 5 rue de la Maternité à Pamiers, appartenant à la ville de Pamiers ". Elle identifie ainsi les parcelles cédées, leur localisation, mentionne avec une précision suffisante la surface foncière concernée, nonobstant le renvoi à un document d'arpentage réalisé par un géomètre pour déterminer leur contenance exacte, et indique l'identité de leur propriétaire. Par ailleurs, la délibération du conseil municipal de Pamiers du 19 septembre 2023 précise que cette vente est consentie en vue d'améliorer la qualité des logements construits au sein de la nouvelle résidence séniors, l'acquéreur, à savoir la société Eiffage immobilier Occitanie, s'engageant à créer une nouvelle voie de circulation desservant l'immeuble et à en végétaliser les abords. Dès lors, Mme C ne peut sérieusement soutenir que la délibération du 19 septembre 2023 ne comporte pas les précisions suffisantes sur les caractéristiques essentielles de la vente. Il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisance de motivation.

7. En troisième lieu, Mme C soutient que la délibération attaquée est entachée d'incompétence négative en raison de son insuffisance de motivation. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit, la commune de Pamiers a suffisamment motivé sa délibération. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence négative doit être écarté.

8. En quatrième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 1111-1 du code de la commande publique : " Un marché est un contrat conclu par un ou plusieurs acheteurs soumis au présent code avec un ou plusieurs opérateurs économiques, pour répondre à leurs besoins en matière de travaux, de fournitures ou de services, en contrepartie d'un prix ou de tout équivalent. " Aux termes de l'article L. 1111-2 du même code : " Un marché de travaux a pour objet :/1° Soit l'exécution, soit la conception et l'exécution de travaux dont la liste figure dans un avis annexé au présent code ;/2° Soit la réalisation, soit la conception et la réalisation, par quelque moyen que ce soit, d'un ouvrage répondant aux exigences fixées par l'acheteur qui exerce une influence déterminante sur sa nature ou sa conception./Un ouvrage est le résultat d'un ensemble de travaux de bâtiment ou de génie civil destiné à remplir par lui-même une fonction économique ou technique. " L'annexe au code de la commande publique énonce : " I.-La liste des travaux mentionnés au 1° de l'article L. 1111-2 et au 1° de l'article L. 1121-2 du code de la commande publique est fixée comme suit : / 45,11/Démolition et terrassements/ Cette classe comprend : -la démolition d'immeubles et d'autres constructions ; () ". Enfin, l'article R. 2122-9-1 du même code dispose : " L'acheteur peut passer un marché public sans publicité ni mise en concurrence préalables portant sur des travaux, () et répondant à un besoin dont la valeur estimée est inférieure à 100 000 euros hors taxes ".

9. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à une commune de faire précéder une vente immobilière de mesures de publicité et d'organiser une mise en concurrence des acquéreurs éventuels.

10. A supposer que Mme C ait entendu soutenir que le contrat approuvé dans son principe par la délibération attaquée revêt la nature d'un marché de travaux soumis à l'obligation d'organiser une procédure de publicité et de mise en concurrence, elle ne l'établit pas, alors qu'il ressort de ses termes que le contrat en vue duquel cette délibération a été prise a pour objet exclusif de céder deux bandes de terrain à un acquéreur projetant d'y aménager une voie de circulation desservant la résidence pour séniors qu'il s'est engagé à bâtir et d'en végétaliser les abords sans que la ville ne lui impose aucune spécification quelconque. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la délibération attaquée a méconnu l'obligation d'attribuer le contrat aux termes d'une procédure de publicité et de mise en concurrence.

11. En cinquième lieu, si Mme C soutient que la délibération attaquée a été prise à des fins étrangères à l'intérêt général, dans l'intérêt particulier du promoteur immobilier, il ressort des pièces du dossier que la cession en litige entend compléter le projet de réhabilitation de l'ancien hôpital de la ville en résidence services pour séniors et qu'elle s'inscrit dans la volonté d'améliorer le cadre de vie des futurs résidents en végétalisant les environs des logements. Dès lors, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, si la requérante soutient que la délibération en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit, elle n'assortit pas ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. A supposer qu'elle ait entendu soutenir que la commune de Pamiers a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales, elle ne l'établit pas en se bornant à reprendre les imprécisions dont l'acte serait entaché. Dès lors, la commune de Pamiers a pu adopter la délibération attaquée sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de droit.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 19 septembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Pamiers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Pamiers tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la commune de Pamiers et à la société Eiffage immobilier Occitanie.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUDLa présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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