mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2307072 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat ainsi que le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il a été édicté en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et garanti par le droit de l'Union européenne ;
- il est entaché d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen sérieux ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente plus une menace pour l'ordre public et que le préfet n'a pas tenu compte de l'ensemble des circonstances qui lui revient d'examiner ;
- il viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Douteaud,
- les conclusions de M. Luc, rapporteur public,
- et les observations de Me Laspalles, représentant M. A.
Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 16 octobre 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant kosovare, déclare être entré en France le 4 janvier 2013, à l'âge de quinze ans. Le 23 août 2023, la commission d'expulsion a rendu un avis défavorable à son expulsion. Par un arrêté du 11 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français. Par sa requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2024. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a mentionné les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A, exposé les raisons pour lesquelles il a prononcé à son encontre une mesure d'expulsion et énoncé des éléments suffisants sur sa situation personnelle et familiale. Dans ces conditions, la décision mentionne de façon suffisamment précise les motifs de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, d'une part, selon les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes des dispositions de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. "
6. D'autre part, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : /- le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne.
7. Les dispositions des articles L. 631-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissent de manière complète les règles de procédure administrative auxquelles est soumise l'intervention des arrêtés d'expulsion, dans des conditions qui garantissent aux intéressés le respect des droits de la défense. Elles excluent, par suite, l'application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration relatives à la procédure contradictoire préalable à l'intervention des décisions qui doivent être motivées. Dès lors, M. A ne peut utilement soutenir que l'arrêté d'expulsion du 11 octobre 2023 a été édicté en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été mis en mesure, préalablement à l'édiction de la mesure en litige, de présenter ses observations, ce qu'il a fait lors de la séance de la commission départementale d'expulsion du 12 septembre 2023, à laquelle il a été régulièrement convoqué le 23 août 2023 et au cours de laquelle il a été assisté, accompagné de son avocat. Pour le même motif, à supposer même que l'arrêté d'expulsion ait été pris en application du droit de l'Union, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu que l'intéressé tient du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu doit, en tout état de cause, être écarté.
8. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation du requérant qui a, au contraire, été explicitement décrite dans l'arrêté attaqué. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du 11 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire français serait entachée d'une erreur de droit en raison d'un défaut d'examen individuel de sa situation.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. "
10. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à sept ans de réclusion criminelle assortie d'une mesure de suivi-socio judiciaire comprenant une injonction de soins de cinq années par un arrêt de la Cour criminelle départementale de la Haute-Garonne du 31 mars 2022 pour s'être rendu coupable des faits de viol sur mineur. Le requérant soutient que l'actualité de la menace à l'ordre public n'est pas établie et fait valoir que les faits ont été commis en janvier 2020, soit plus de trois ans avant l'adoption de la décision attaquée. Il souligne en outre que son casier judiciaire était vierge de toute mention avant cette condamnation, qu'il n'a fait l'objet d'aucune sanction durant sa détention, qu'il se conforme à son obligation de soins, qu'il indemnise la partie civile. Il se prévaut enfin de la présence de toute sa famille sur le territoire nationale et d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée déterminée à temps partiel établie le 22 mai 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a nié les faits d'une particulière gravité dont il s'est rendu coupable jusqu'à l'audience du 30 mars 2022. Il ressort également des pièces du dossier que les investigations judiciaires menées ont révélé que le téléphone portable de M. A comprenait une vidéo pédocriminelle montrant le viol d'une fillette par un homme et que, selon les déclarations de deux experts psychiatres intervenus dans le cadre de son procès, il n'intégrait pas les interdits et la loi et n'associait pas la fellation aux actes sexuels. Il ressort en outre du procès-verbal de la séance de la commission d'expulsion du 12 septembre 2023 qu'interrogé sur ses actes, M. A n'a exprimé ni regret ni culpabilité. Enfin, si le requérant produit une attestation établie par un psychiatre du 8 juin 2023 indiquant qu'il " est régulièrement suivi ", conformément à l'injonction de soins ordonnée par la Cour criminelle départementale de la Haute-Garonne, cette seule mention n'est pas de nature à remettre en cause les constatations des précédents médecins. Ainsi, les éléments invoqués par M. A ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de la Haute-Garonne selon laquelle sa présence en France caractérise une menace grave et actuelle à l'ordre public. Le moyen, tiré de l'erreur d'appréciation de la gravité de cette menace, doit en conséquence être écarté.
12. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
13. Si M. A soutient résider sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, ses années d'incarcération ne peuvent être prises en compte dans le calcul de son temps de présence sur le territoire national, sa présence sur le territoire, à la supposer établie, n'excédant dès lors pas sept ans à la date de la décision attaquée. Il n'établit par ailleurs pas qu'il entretiendrait des liens avec ses parents, son frère et sa sœur, qui résidaient régulièrement en France à la date de la décision attaquée, ni qu'il serait dépourvu d'attaches au Kosovo, où il a vécu la majeure partie de sa vie, alors qu'il est célibataire et sans charge de famille. Enfin, les pièces qu'il produit, constituées de justificatifs et bulletins de salaires correspondant aux travaux qu'il effectue en détention, équivalent à une centaine d'heures mensuelles, et d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée déterminée à temps partiel du 22 mai 2023 pour un emploi d'agent de nettoyage, ne suffisent pas à établir l'existence d'un projet précis de réinsertion au terme de sa période de détention. Par suite, compte tenu de la dangerosité du comportement de l'intéressé, la mesure d'expulsion prise à son encontre n'a pas porté, à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnue les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En sixième et dernier lieu, pour les raisons exposées au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 11 octobre 2023 l'expulsant du territoire français doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.
La rapporteure,
S. DOUTEAUD
La présidente,
S. CHERRIER
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026