mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2307258 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | POUGAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 27 novembre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Toulouse, le dossier de la requête de Mme C D.
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, Mme C D, représentée par Me Pougault, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- il est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en fait ;
- elle est privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en fait ;
- elle est privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une décision du 3 avril 2024, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante malgache née le 13 mars 1983, est entrée régulièrement en France le 9 avril 2023. Le 2 septembre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français auprès des services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle. Par un arrêté du 17 octobre 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
2. M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture de Meurthe-et-Moselle et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation du préfet, par un arrêté du 21 août 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 077, pour signer tous les arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de Meurthe-et-Moselle. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet acte doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige mentionne des circonstances de fait à raison desquelles le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé ne pas devoir faire droit à la demande de Mme D tendant à la délivrance d'un titre de séjour, en indiquant notamment que son époux français réside à la Réunion, qu'elle a été hébergée à son arrivée en France, d'abord à Amiens, puis à Nancy, qu'il n'existe donc aucune communauté de vie entre les époux et que les raisons de la venue en France de la requérante, qui soutient vouloir initier des démarches administratives et faciliter ses relations avec deux de ses enfants, demeurent obscures. Cette décision, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait qui en constitue le fondement, est suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait entachée d'une insuffisance de motivation en fait.
4. En deuxième lieu, Mme D soutient que deux de ses filles, B née le 17 avril 2004 et A née le 13 mars 2015, sont présentes en France, l'ainée résidant à Toulouse où elle est inscrite au titre de l'année universitaire 2023/2024 en 2ème année de licence de langues étrangères appliquées (LEA), la seconde vivant avec son père sur l'île de la Réunion. Si la requérante indique, d'une part, que sa fille ainée aurait été enfermée chez la personne qui la logeait à Toulouse pendant plusieurs mois sans pouvoir sortir et que depuis son arrivée en France, celle-ci poursuivrait plus sereinement ses études, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de la requérante serait nécessaire aux côtés de sa fille, alors que les faits en cause ne sont corroborées par aucune pièce du dossier et que l'intéressée, à son arrivée en France, ne s'est en tout état de cause pas rendue à Toulouse pour venir en aide à sa fille, mais d'abord à Amiens, puis à Nancy et ne résidait à Toulouse que depuis une quinzaine de jours à la date de la décision en litige. Si la requérante indique, d'autre part, que son époux serait venu chercher leur fille A à Madagascar et serait parti vivre avec celle-ci sur l'île de la Réunion et qu'elle accomplirait des démarches auprès du juge aux affaires familiales afin qu'il soit statué sur l'autorité parentale et la résidence de l'enfant, elle n'apporte aucune justification à l'appui de ces affirmations et conserve au demeurant la possibilité d'être représentée par son avocat pendant la durée de l'instance et de solliciter la délivrance d'un visa d'entrée pour assister à l'audience. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
5. En troisième lieu, la décision portant refus de séjour en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme D de ses enfants. Par suite, et en tout état de cause, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant à l'encontre de cette décision.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur le 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour, dès lors que celle-ci est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de cette décision doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.
8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Si Mme D soutient que le préfet de Meurthe-et-Moselle a méconnu les stipulations précitées du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 en raison de la présence de ses filles sur le territoire français, d'une part, il ressort des pièces du dossier que sa fille B est majeure, d'autre part, il n'est pas établi que sa fille A résiderait effectivement sur le territoire national et non pas à Madagascar. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne que Mme D, dont les demandes d'asile et de réexamen ont systématiquement été rejetées par les autorités compétentes, ne fait état d'aucun élément permettant d'établir qu'elle encourrait des risques de tortures, de peines ou de traitements inhumains ou dégradants contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, cette décision est suffisamment motivée en fait.
12. En second lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le pays de renvoi. Par suite, le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 17 octobre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Pougault et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La présidente-rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉO
La première assesseure,
N. SODDU
La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026