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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2307267

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2307267

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2307267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, Mme E, représentée par Me Gaillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou si elle n'était pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est privée de base légale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet s'est placé à tort dans un cas de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante dominicaine née le 3 novembre 1991, déclare être entrée en France le 22 juillet 2022 sous couvert d'un visa long séjour valable jusqu'au 20 juillet 2023, obtenu suite à son mariage avec un ressortissant français en République dominicaine. Le 29 avril 2023, Mme B a sollicité le renouvellement de son droit au séjour en invoquant la rupture de la communauté de vie avec son époux en raison de violences conjugales. Par un arrêté du 27 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée vise notamment les dispositions du 2ème alinéa de l'article L. 423-3 et celles de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité, et précise que si, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la rupture de la communauté de vie n'est pas opposable lorsqu'elle résulte de violences conjugales, au regard des éléments apportés par la requérante, de telles violences ne peuvent, en l'espèce, être considérées comme établies. Dans ces conditions, et alors que le préfet n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de la requérante, la décision en litige, qui comporte un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; /2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. () ".

5. Si les dispositions précitées ne créent aucun droit au renouvellement du titre de séjour d'un étranger dont la communauté de vie avec son conjoint de nationalité française a été rompue en raison des violences conjugales qu'il a subies de la part de ce dernier, de telles violences, subies pendant la vie commune, ouvrent la faculté d'obtenir, sur le fondement de cet article, un titre de séjour, sans que cette possibilité soit limitée au premier renouvellement d'un tel titre. Il incombe à l'autorité préfectorale, saisie d'une telle demande, d'apprécier, sous l'entier contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'intéressé justifie le renouvellement du titre à la date où il se prononce, en tenant compte, notamment, du délai qui s'est écoulé depuis la cessation de la vie commune et des conséquences qui peuvent encore résulter, à cette date, des violences subies.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, mariée avec un ressortissant français depuis le 11 juin 2021, est entrée sur le territoire français le 22 juillet 2022 sous couvert d'un visa long séjour valable jusqu'au 20 juillet 2023. Pour refuser de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne a considéré que la communauté de vie entre les époux a cessé et que si la requérante fait état de ce que des violences conjugales seraient à l'origine de cette rupture, les éléments dont elle se prévaut, en l'absence de caractère probant et concordants, ne permettent pas de les regarder comme établies. Alors que la requérante soutient avoir été expulsée le 26 janvier 2023 du logement conjugal par son époux, il ressort des pièces produites au dossier que l'intéressée, qui a dans un premier temps été hébergée par des proches, puis par l'association Olympe de Gouges à partir du 17 février 2023, a déposé une main courante le 30 janvier 2023, puis une plainte auprès du procureur de la République le 3 avril 2023. La requérante produit également des attestations rédigées par des amis et par l'association Olympe de Gouges, qui relatent les propos de l'intéressée sur le comportement de son époux et indiquent l'avoir aidée depuis la rupture de communauté de vie entre les époux intervenue le 26 janvier 2023. Elle produit en outre une attestation d'un psychologue clinicien faisant état de ce que l'intéressée bénéficie d'un " accompagnement psychologique " depuis le mois de février 2023. Toutefois, et alors qu'il ressort d'un échange de courriels entre le conseil de Mme B et le commissariat de police de Toulouse du 9 novembre 2023 que la plainte de celle-ci " est en cours ", les éléments produits, qui ne reposent que sur les seules allégations de la requérante et ne sont corroborés par aucun élément médical, ne suffisent pas à établir que la rupture de la vie commune serait imputable à des violences conjugales. Dans ces conditions, et alors que le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas uniquement fondé sur la circonstance que Mme B ne bénéficie pas d'une ordonnance de protection, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

8. Mme B, qui est entrée en France le 22 juillet 2022 et est mariée avec un ressortissant français, se prévaut de ses efforts d'intégration sur le territoire national en faisant état de ce qu'elle est accompagnée par l'association Olympe de Gouges, qu'elle a été aidée par des amis à la suite de sa séparation avec son conjoint et qu'elle a suivi une formation en langue française ainsi qu'une formation " aide cuisine ". Toutefois, compte tenu du caractère récent de son entrée en France et de la rupture de la communauté de vie avec son conjoint, avec lequel elle n'a pas d'enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait établi le centre de ses intérêts privés en France et y aurait noué des liens d'une particulière intensité. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la requérante soit dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en édictant la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour, dès lors que celle-ci est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de cette décision doit être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de motiver spécifiquement la décision fixant le délai de départ volontaire quand celui-ci correspond à la durée légale fixée à trente jours. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige serait entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de la requérante, dès lors qu'elle n'a pas fait état, lors du dépôt de sa demande, de circonstances particulières de nature à justifier qu'un délai supérieur à trente jours, qui constitue le délai de droit commun, lui soit accordé.

14. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne se serait cru en situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire à trente jours.

15. En quatrième lieu, la requérante ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle sur ce point.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. La décision attaquée vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que la requérante n'établit pas être exposée à des traitements contraires à la convention en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 27 octobre 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

18. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Gaillot et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

M. BÉNAZET

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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