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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2307468

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2307468

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2307468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDERBALI ASSIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Derbali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas suffisamment pris en considération sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 14 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 février 2024.

Le préfet de la Haute-Garonne a présenté un mémoire, enregistré le 12 mars 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, est entré en France selon ses déclarations le 20 mars 2022. Le 2 décembre 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 19 juin 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Le 3° de l'article L. 611-1 de ce code vise le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour.

3. L'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables à la situation de M. A et précise suffisamment les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de l'intéressé, sur lesquels le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour rejeter sa demande de titre de séjour, l'obliger à quitter le territoire français et fixer le pays de destination. Il énonce notamment que M. A, qui n'apporte pas la preuve de son entrée en France le 20 mars 2022 selon ses déclarations, est célibataire et ne démontre pas contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son enfant français, né le 4 novembre 2018, ni même entretenir des liens intenses et réguliers avec lui, et que ce dernier réside chez sa mère dans un autre département. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, le préfet a pris en compte la situation personnelle et familiale de M. A pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par celui-ci. Dès lors, il n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. A soutient qu'il est père d'un enfant français, né à Rodez le 4 novembre 2018, dont il s'est toujours occupé depuis sa naissance, toutefois, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans en Tunisie, pays dans lequel résident ses parents et ses sept frères et sœurs. Le requérant ne démontre pas contribuer de manière effective à l'entretien et l'éducation de son enfant, ni même entretenir des liens avec lui. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté. Pour les mêmes motifs, à supposer qu'il soit soulevé, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Derbali et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHTLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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