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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2307583

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2307583

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2307583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOUIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 décembre 2023 et 10 juin 2024, M. B A, représenté par Me Bouix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2023 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui remettre dès notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente et dès notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en rejetant sa demande de titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français au motif qu'il ne pouvait justifier de son identité, le préfet a commis une erreur de droit pour défaut d'examen sérieux de sa situation ainsi qu'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 47 du code civil et L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en rejetant sa demande d'admission présentée à ses dix-huit ans sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a interrompu ses projets d'insertion ;

- en rejetant la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée en qualité d'étudiant, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale car fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 4 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juin 2024.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Michel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais né le 5 septembre 2003, a déclaré être entré en France en mars 2020. Il a sollicité le 15 mars 2023 son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et de l'insertion professionnelle ainsi que son admission au séjour en qualité d'étudiant et en qualité de salarié/travailleur temporaire. Par un arrêté du 10 août 2023, le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. L'arrêté contesté, qui vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 435-1, L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les principaux éléments de la situation personnelle de M. A, en particulier sa présence en France depuis mars 2020, l'obtention d'un baccalauréat professionnel et l'existence d'une promesse d'embauche, et expose les raisons pour lesquelles le préfet du Tarn a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un droit au séjour. L'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est suffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité de l'intéressé et précise qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Si M. A a déclaré être entré en France en mars 2020 et soutient être présent sur le territoire français depuis cette date, d'une part, il n'établit pas être entré en France à cette date et, d'autre part, une présence en France d'une durée de trois ans au plus à la date de l'arrêté attaqué ne saurait constituer en soi un motif exceptionnel d'admission au séjour. En outre, l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne démontre pas avoir tissé des liens personnels particuliers sur le territoire français et n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où réside toute sa famille. Dans ces conditions, la situation de M. A ne saurait être regardée comme répondant à des considérations humanitaires ou se justifiant par des motifs exceptionnels permettant la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par ailleurs, s'il produit une promesse d'embauche en date du 17 avril 2023 pour un emploi de technicien de maintenance, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette promesse d'embauche, qui n'était d'ailleurs pas accompagnée d'une demande d'autorisation de travail établie par la société, était toujours valable à la date de l'arrêté attaqué dès lors qu'il était indiqué que l'emploi en cause devait être pourvu d'urgence, avant le 19 mai 2023. La circonstance que l'intéressé aurait eu une expérience professionnelle en tant que monteur soudeur de septembre 2021 à septembre 2022, qu'il ait obtenu son baccalauréat professionnel spécialité " Maintenance des équipements industriels " le 30 septembre 2022 et qu'il suivait, à la date de l'arrêté attaqué, une formation dans le cadre d'un brevet de technicien supérieur (BTS) " Conception et réalisation de systèmes automatiques " ne sauraient suffire à caractériser l'existence de motifs exceptionnels de nature à lui conférer un droit au séjour. Dans ces conditions, pour méritoire que soit le parcours scolaire M. A, les éléments dont il se prévaut ne sauraient constituer des motifs exceptionnels justifiant une admission au séjour au titre du travail. Par suite, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 412-3 : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 412-1 : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

8. Si les dispositions précitées de l'article L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent à l'autorité compétente, sans l'y obliger, de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " sans exiger la production d'un visa de long séjour, l'article L. 422-1 du même code subordonne à une entrée régulière la possibilité d'accorder un tel titre en cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures.

9. Il est constant que M. A ne justifie pas d'un visa de long séjour. Par ailleurs, il ne démontre pas une nécessité liée au déroulement de ses études dès lors qu'il n'est ni établi, ni même allégué qu'il ne serait pas en mesure de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Enfin, il est constant que l'intéressé est entré sur le territoire français sous couvert d'un passeport d'emprunt au nom de M. C né le 13 mai 1998, ne correspondant pas à son identité et il ne peut donc être regardé comme satisfaisant à la condition d'entrée régulière sur le territoire français. Dans ces conditions, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant au motif qu'il n'était pas en possession d'un visa de long séjour et que rien ne justifiait qu'il soit dispensé de cette obligation, le préfet du Tarn n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions précitées de l'article L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande de titre de séjour uniquement au regard des fondements invoqués par le demandeur, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre de séjour à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.

11. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet du Tarn n'a pas examiné d'office si M. A pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le requérant ne peut, par suite, utilement faire valoir que la décision de refus de titre de séjour méconnaîtrait ces dispositions, lesquelles sont sans rapport avec la teneur de la décision contestée.

12. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet ne pouvait rejeter sa demande de titre de séjour et l'obliger à quitter le territoire français au motif qu'il ne pouvait justifier de son identité dès lors qu'il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet lui aurait opposé un tel motif.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait, par voie de conséquence, illégale doit être écarté.

14. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

Sur les autres conclusions :

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 août 2023 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.Bn A, au préfet du Tarn et à Me Bouix.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

M. Gueguein, premier conseiller,

Mme Michel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

L. MICHEL

Le président,

B. COUTIER

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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