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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2307741

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2307741

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2307741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAMARI-DE-BEAUFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, et un mémoire complémentaire et des pièces complémentaires enregistrés le 31 janvier 2024 et le 1er février 2024,

M. A C, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Bachelet, substituant Me Amari de Beaufort, représentant

M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève un nouveau moyen à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français tiré de ce qu'elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 4°de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 542-1 du même code, compte tenu de ce qu'il n'est pas démontré par le préfet, qui ne produit aucune pièce à l'instance, que le requérant n'a plus droit au maintien sur le territoire français. Me Bachelet fait en outre valoir que l'épouse du requérant, Mme D, bénéficie également d'un droit au maintien sur le territoire français. Me Bachelet produit de nouvelles pièces à l'audience, et notamment l'attestation de la demande d'asile délivrée à l'épouse du requérant le

20 septembre 2023 dans le cadre de la demande de réexamen de sa demande d'asile et un formulaire de demande d'autorisation de travail établi le 7 février 2024 par une entreprise en vue de conclure un contrat de travail avec le requérant en tant que régisseur de bâtiment,

- les observations de M. C, assisté de Mme B, interprète en azéri, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant azerbaïdjanais, déclare être entré sur le territoire français le 7 juin 2019. Par un arrêté du 7 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an. Par sa présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : [] 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 541-1 de ce code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " Aux termes l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Aux termes L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

4. Par ailleurs, les dispositions des articles L. 542-2 et L. 542-3 du même code énumèrent les cas dans lesquels le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin et l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé.

5. En l'espèce, il résulte de l'arrêté en litige que l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français a été prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, s'il a été soutenu lors de l'audience publique que le préfet, en ne versant aucune pièce aux débats, ne démontrait pas que l'intéressé ne bénéficiait plus d'un droit au maintien sur le territoire français en application des dispositions citées au point précédent, il ressort des écritures produites par le requérant qu'il a tenu pour établi que la demande de réexamen de sa demande d'asile avait été définitivement rejetée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du

12 octobre 2023, et qu'il ne peut ainsi se prévaloir d'un quelconque droit au maintien. Toutefois, alors qu'il est constant que M. C réside en France avec sa conjointe,

Mme D, et leurs deux enfants mineurs, et compte tenu de ce qu'il a produit à l'audience l'attestation de demande d'asile délivrée à cette dernière le 20 septembre 2023 par la préfecture de la Haute-Garonne dans le cadre de la demande de réexamen de sa demande d'asile et valable jusqu'au 19 mars 2024, le préfet, qui mentionne seulement dans l'arrêté querellé que la conjointe du requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, n'établit pas que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait statué sur la demande de réexamen de Mme D et qu'elle ne bénéficierait plus d'un droit au maintien sur le territoire français. En outre, M. C fait valoir que son épouse ne s'est vu notifier aucune mesure d'éloignement. Dès lors, en s'abstenant d'examiner ce point qui est contesté par l'intéressé, et qui est susceptible d'avoir une incidence sur sa situation administrative en France, le préfet a entaché la mesure d'éloignement en litige d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. C. Par suite, le moyen d'erreur de droit soulevé à cet égard doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. L'illégalité de cette décision prive de base légale les autres décisions contenues dans le même arrêté octroyant un délai de départ volontaire à l'intéressé, fixant le pays de renvoi et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il s'ensuit que l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du

7 décembre 2023 doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. L'annulation prononcée par le présent jugement implique que le préfet de

la Haute-Garonne procède au réexamen de la situation administrative de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il le munisse, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que

Me Amari de Beaufort renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Amari de Beaufort de la somme de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme

de 1 250 euros lui sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 décembre 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement en le munissant, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Amari de Beaufort à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera la somme de 1 250 euros à Me Amari de Beaufort au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros lui sera directement versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Amari de Beaufort et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

L. FRANCO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2307741

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