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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2307771

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2307771

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2307771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLANNE PIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023, M. D, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", ou un " passeport talent ", ou à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois en le mettant en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 421-16 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 18 octobre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hecht a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant indien né le 7 mai 1990, est entré en France le 11 septembre 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable jusqu'au 3 septembre 2020. A compter du 5 janvier 2021, il a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " recherche d'emploi ", sur le fondement de l'article 3.2 de l'accord franco-indien de partenariat pour les migrations et la mobilité, régulièrement renouvelée jusqu'au 21 janvier 2023. Le 19 janvier 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de micro-entrepreneur. Par un arrêté du 5 juin 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, notamment de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/ profession libérale" d'une durée maximale d'un an. "

4. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une carte de séjour temporaire autorisant l'exercice d'une activité professionnelle à l'étranger qui souhaite exercer en France une profession commerciale, industrielle ou artisanale est subordonnée, notamment, à la viabilité économique de l'activité envisagée. Dès lors que l'étranger est lui-même le créateur de l'activité, il lui appartient de présenter à l'appui de sa demande les justificatifs permettant d'évaluer la viabilité économique de son activité ou entreprise, que celle-ci soit encore au stade de projet ou déjà créée.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a créé une société, intitulée " Lelocally ", liée à un site internet du même nom, qui propose de rechercher des commerces de proximité, en particulier des restaurants, puis dans un second temps de livrer des repas à domicile. Il résulte des pièces du dossier, en particulier du récépissé transmis par la chambre de commerce et de l'industrie de la Haute-Garonne et par l'extrait Kbis, que cette société a été créée le 8 juin 2021. En revanche, en ce qui concerne les années 2021 et 2022, ni le devis non signé par l'entreprise indienne " Maple Nova Solutions ", ni les documents présentés comme des factures émises à cette dernière ne permettent à eux seuls d'établir que la société du requérant présenterait un caractère viable, étant observé qu'il indique lui-même dans sa requête que le début de son activité a été retardé au mois d'octobre 2022. De plus, s'il se prévaut de huit contrats signés avec différentes sociétés, entre le 1er janvier et le 1er avril 2023, pour des durées allant de 6 à 12 mois et des rémunérations comprises entre 300 et 2 400 euros, toutefois il résulte des termes mêmes de ces contrats que ces sommes doivent être versées en contrepartie de la réalisation effective des prestations définies, tandis que M. B ne justifie pas, ni même n'allègue, que sa société a effectué ces prestations, ni à plus forte raison qu'elle a touché les sommes mentionnées. Enfin, si le requérant verse au dossier ses déclarations mensuelles de chiffre d'affaires à l'Urssaf, qui augmentent de 1 400 euros en janvier 2023 jusqu'à 1 950 euros en octobre 2023, toutefois ces déclarations ne sauraient à elles seules démontrer la réalité des chiffres d'affaires indiqués, ni à plus forte raison la viabilité de l'entreprise, étant observé que M. B ne justifie aucunement des ressources qu'il perçoit à titre personnel à raison de son activité. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a considéré que le requérant ne justifiait pas la viabilité économique de son activité.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "talent-porteur de projet" d'une durée maximale de quatre ans, l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes: / 1° Ayant obtenu un diplôme équivalent au grade de master ou pouvant attester d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable, il justifie d'un projet économique réel et sérieux et crée une entreprise en France ; () ".

7. Pour les motifs exposés au point 5, le requérant ne justifie pas d'un projet économique réel et sérieux, étant observé que sa société a été créée le 8 juin 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-16 précité doit être écarté, en toutes hypothèses.

8. En troisième lieu, si M. B est présent en France depuis 2019, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans enfant, tandis qu'il ne se prévaut d'aucun lien amical. En outre, s'il allègue avoir investi beaucoup de temps et d'argent dans son entreprise, sans d'ailleurs l'établir, il ne justifie pas d'une activité économique pérenne ni de ressources stables, ainsi qu'il a été dit au point 5. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, à supposer que ce moyen soit soulevé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire, sans charge de famille en France. En outre, il ne conteste pas conserver des attaches familiales dans son pays d'origine, l'Inde, où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dans ces conditions, et pour les motifs exposés au point 8, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 5 juin 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M.Dh et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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