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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2307778

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2307778

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2307778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMIAILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 24, 27 décembre 2023 et 7 mars 2024, M. A C, représenté par Me Miaille, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé le pays de renvoi, ensemble l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel la même autorité l'a assigné à résidence durant six mois sur la commune de Montauban ;

2°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

- il méconnait les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il peut se prévaloir en sa qualité de parent d'enfant français ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est pris en méconnaissance de sa qualité de parent d'enfant français ;

- il n'existe pas de perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre l'arrêté du 19 décembre 2023 sont tardives ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 mai 2024, la clôture a été fixée au 17 mai 2024.

M. C a produit un mémoire et une pièce complémentaires, enregistrés après clôture les 23 et 24 mai 2024, qui n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 14 janvier 2000, est entré régulièrement en France le 10 octobre 2020 muni d'un passeport revêtu d'un visa D valable du 29 juillet au 27 octobre 2020, puis a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle, valable du 16 novembre 2020 au 15 novembre 2023. M. C, qui n'a pas sollicité le renouvellement de cette carte, a été placé en garde à vue le 15 décembre 2023 par les services de police de Montauban pour des faits de violences volontaires sur sa compagne enceinte de huit mois avec une incapacité n'excédant pas huit jours et conduite sous l'empire d'un état alcoolique. Il a été incarcéré le 16 décembre 2023 en détention provisoire dans l'attente de sa comparution devant le tribunal judiciaire de Montauban prévue le 19 décembre 2023. A l'issue de cette audience, M. C a été remis en liberté. Par un arrêté du 19 décembre 2023, le préfet de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 22 décembre 2023, la même autorité l'a assigné à résidence sur la commune de Montauban pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 19 décembre 2023 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté en litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

3. Si M. C soutient qu'il est le père d'une petite fille née à Montauban le 20 décembre 2023 de sa relation avec une ressortissante française, cette circonstance est postérieure à la date du 19 décembre 2023 d'édiction de l'arrêté en litige à laquelle s'apprécie sa légalité. Dans ces conditions, et alors même que l'arrêté en cause a été notifié au requérant le 22 décembre 2023, soit après la naissance de l'enfant, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui. ".

5. M. C se prévaut de l'importance de ses attaches en France, à raison de la présence d'une grand-mère, de deux oncles, de la mère de sa fille et de celle-ci dont il participerait à l'éducation et à l'entretien malgré des résidences séparées. Toutefois, il ne justifie pas de l'intensité des relations qu'il entretiendrait avec sa famille résidant sur le territoire national. Par ailleurs, et alors que l'enfant que le requérant a reconnue dès avant sa naissance n'était pas encore née à la date de l'arrêté en litige à laquelle s'apprécie sa légalité, il ressort des pièces du dossier, que la compagne de M. C a porté plainte contre lui pour des faits commis le 14 décembre 2023, sous l'empire d'un état alcoolique, de violences aggravées sur elle-même quand elle était enceinte de huit mois et que le tribunal judiciaire l'a reconnu coupable de ces faits par jugement du 2 février 2024 et condamné à six mois d'emprisonnement avec sursis et à une obligation d'accomplissement d'un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes dans un délai de six mois. A ce titre, M. C ne peut pas se prévaloir de la stabilité de sa relation amoureuse, ni davantage du fait qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public et serait bien intégré à la société française quand bien même il dispose d'une promesse d'embauche. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que le requérant dispose toujours d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa sœur, le préfet de Tarn-et-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en édictant l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Si M. C invoque l'intérêt supérieur de l'enfant née le 20 décembre 2023 de sa relation avec une ressortissante française, ce moyen ne peut être utilement invoqué pour contester l'arrêté en litige édicté antérieurement à la naissance de cet enfant. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'arrêté du 22 décembre 2023 :

8. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

9. Pour contester la légalité de l'assignation à résidence prise à son encontre, M. C soutient qu'il est le père d'une enfant français née le 20 décembre 2023 de sa relation avec une ressortissante française. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le requérant soit assigné à résidence, dès lors qu'il fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, ni ne remet en cause le caractère raisonnable de la perspective d'exécution de cette obligation. Par ailleurs, l'arrêté attaqué, qui assigne M. C à résidence dans la commune de Montauban dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, n'a pas pour effet de l'empêcher de voir sa fille. Dès lors, le préfet de Tarn-et-Garonne n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

10. L'assignation à résidence en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de renvoyer M. C au Maroc ou de le séparer de sa famille et en particulier de sa fille mineure. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés préfectoraux des 19 et 22 décembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

La première assesseure,

N. SODDU

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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