mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2400249 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BACHELET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 janvier et 3 mai 2024, Mme A C épouse F, représentée par Me Bachelet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi que le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entaché d'un défaut de compétence de son signataire ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 octobre suivant.
Mme C épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cherrier,
- et les observations de Me Bachelet, représentant Mme C épouse F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse F, ressortissante algérienne née le 11 mars 1981, est entrée en France pour la dernière fois le 15 février 2020 munie d'un visa court séjour. Elle s'est mariée avec M. F, ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence de dix ans valable du 28 septembre 2017 au 27 septembre 2027. Le 24 mai 2022, elle a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale ou au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 14 décembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C épouse F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Mme C épouse F ayant été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024, ses conclusions tendant à être admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, publié le 15 mars suivant au recueil administratif spécial n° 31-2023-099, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation en matière de police des étrangers à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration, notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.
4. En second lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, elle rappelle les conditions d'entrée de Mme C épouse F sur le territoire ainsi que ses attaches familiales en France et en Algérie. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
5. En premier lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse F, qui est entrée pour la dernière fois sur le territoire français le 15 février 2020, à l'âge de trente-neuf ans, munie d'un visa court séjour, n'a cherché à régulariser sa situation que tardivement, par le dépôt d'une première demande de titre de séjour datée du 24 mai 2022. Elle se prévaut de la présence en France de son époux, compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2027, avec lequel elle justifie d'une communauté de vie depuis son arrivée en France, et de la naissance sur le territoire français de leur enfant. Toutefois, elle n'établit pas, en dehors de ce cercle familial et de la présence de deux autres enfants de M. F, issus d'une précédente union, avoir noué en France des relations d'une particulière intensité, et ne justifie pas de son insertion sociale nonobstant la convocation à des épreuves de vérification de connaissances pour exercer comme médecin et le formulaire d'une proposition de bénévolat. En outre, et alors même qu'elle était alors enceinte, elle n'établit pas qu'au jour de la décision contestée, elle était dans l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine, où résident ses parents ainsi qu'un frère, cinq sœurs et sa grand-mère, pour la durée nécessaire à l'obtention d'une mesure de regroupement familial à son profit. Enfin, elle ne peut utilement se prévaloir de la promesse unilatérale de contrat de travail en date du 21 décembre 2023, de la naissance de son deuxième enfant, le 18 février 2024, et du contrat de travail à durée indéterminée de son époux, signé le 28 mars 2024, qui sont postérieures à la décision attaquée. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C épouse F.
8. En second lieu, aux termes de l'article aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
9. Compte tenu de l'âge des enfants du couple, le retour de Mme C épouse F en Algérie, pays où elle a vécu la majeure partie de sa vie, où réside toute sa famille et dont son époux a la nationalité, le temps de l'examen de la demande de regroupement familial formée par ce dernier, n'est pas de nature à porter atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants, qui peuvent, durant cette période, y retourner avec elle ou demeurer en France auprès de leur père. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, les conclusions en annulation dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour ayant été rejetées, Mme C épouse F n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.
11. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 6 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
12. En troisième lieu, Mme C épouse F ne justifie d'aucun obstacle à ce que son époux initie à son profit la procédure légale de regroupement familial. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
13. Les conclusions en annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été rejetées, Mme C épouse F n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C épouse F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse F, à Me Bachelet et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cherrier, présidente,
Mme Sarraute, première conseillère,
Mme Douteaud, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
L'assesseur la plus ancienne
N. SARRAUTE
La présidente-rapporteure,
S. CHERRIERLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2609415
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté comme manifestement irrecevable la requête de Mme A... B..., qui demandait au juge de constater un refus implicite de la préfecture et de lui enjoindre de prendre une décision explicite. Le tribunal a rappelé que, hors procédures spécifiques, il ne peut être saisi que de recours en annulation ou en indemnisation, et qu'il n'a pas compétence pour adresser des injonctions à l'administration ou se substituer à elle. Cette décision a été prise sur le fondement des articles R. 222-1 (4°) et R. 421-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2602574
Le Tribunal administratif de Nîmes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... comme manifestement irrecevable. La demande, qui visait à obtenir la suspension d'une procédure administrative non identifiée et des mesures liées au contradictoire, était dépourvue de toute précision. Le juge a également relevé que, si la requérante entendait contester une procédure judiciaire en cours devant la cour d'appel de Nîmes, ces conclusions relevaient de l'ordre judiciaire et non de la compétence administrative. La décision a été prise sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604347
Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé suspension de M. A..., ressortissant béninois, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Concernant l'obligation de quitter le territoire, le juge a jugé les conclusions irrecevables en raison de l'existence d'une procédure spéciale de recours suspensif prévue à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le refus de séjour, la condition d'urgence n'étant pas contestée, le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut d'examen particulier et la méconnaissance de l'article L. 422-1 du même code, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.
01/06/2026