Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé suspension de M. A..., ressortissant béninois, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Concernant l'obligation de quitter le territoire, le juge a jugé les conclusions irrecevables en raison de l'existence d'une procédure spéciale de recours suspensif prévue à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le refus de séjour, la condition d'urgence n'étant pas contestée, le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut d'examen particulier et la méconnaissance de l'article L. 422-1 du même code, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mai 2026, M. Prince B... A..., représenté par Me Ghettas, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre en toutes ses dispositions l’arrêté du préfet de la Gironde en date du 24 avril 2026 portant refus de renouvellement de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention « étudiant » dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) d’enjoindre, à défaut, à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors qu’il existe une résomption en ce sens en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ;iln’est plus en mesure de travailler ni même de poursuivre ses études ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision :
- le préfet n’a pas procédé à l’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile relatif à la carte de séjour temporaire « étudiant » ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la décision dont la suspension de l’exécution est demandée ;
- la requête n° 2404348 enregistrée le 26 mai 2026 par laquelle le requérant demande l’annulation de la décision contestée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. Prince B... A..., ressortissant béninois, né le 11 avril 2003, est entré en France le 21 août 2022 muni d’un visa long séjour « étudiant ». Son titre de séjour en qualité d’étudiant a été renouvelé par deux fois et valable en dernier lieu jusqu’au 18 décembre 2025. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 17 décembre 2025. Par un arrêté du 24 avril 2026, le préfet de la Gironde lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sous délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) » et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. (...) ». Enfin aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 du même code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la mesure d’éloignement :
3. Eu égard au caractère suspensif du recours prévu à l’article L. 722-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’obligation de quitter le territoire français dont fait l’objet M. A..., n’est pas susceptible de recevoir exécution avant que le tribunal administratif n’ait statué au fond sur la légalité de l’arrêté préfectoral du 24 avril 2026. Cette procédure spéciale, prévue par le code précité, présente des garanties au moins équivalentes à celles prévues par le livre V du code de justice administrative dont, par suite, elle exclut que le requérant demande utilement l’application en formant un recours en référé prévu à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là que les conclusions par lesquelles M. A... demande au juge des référés de prononcer la suspension de l’exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français sont irrecevables et ne peuvent, par suite, qu’être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre le refus de séjour :
4. En premier lieu, il ressort des termes de l’arrêté contesté, lequel est suffisamment motivé en fait comme en droit, que le préfet a procédé à un examen complet de la situation de M. A..., notamment en ce qui concerne son parcours d’études et son insertion en France, sans qu’il ait été nécessaire de faire référence à l’ensemble des explications apportées par l’intéressé sur ses difficultés rencontrées depuis son arrivée sur Bordeaux.
5. En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que M. A... n’a validé aucune année ni aucun titre universitaire depuis 2022, malgré deux changements d’orientation, en 2024 et en 2025, ses difficultés personnelles ne permettant pas d’expliquer à elles seules ces réorientations et ces échecs successifs.
6. En troisième lieu, M. A..., dont le titre de séjour « étudiant » ne donne pas vocation à s’installer durablement en France, est entré récemment sur le territoire national, sans pouvoir par ailleurs justifier d’une insertion professionnelle, personnelle ou familiale durable et significative.
7. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui précède, il ne résulte pas de l’instruction que le préfet de la Gironde aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’urgence, aucun des moyens soulevés dans la requête et analysés dans les visas ci-dessus, n’est manifestement de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A.... Par suite, les conclusions présentées aux fins de suspension, ainsi que celles à fin d’injonction et d’astreinte ne peuvent qu’être rejetées par application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
Sur les conclusions relatives aux frais de l’instance :
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A... demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens
O R D O N N E :
Article 1er : La requête n° 2604347 de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. Prince B... A....
Copie sera transmise pour information à la préfète de la Gironde et à Me Ghettas.
Fait à Bordeaux, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
M. Vaquero
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,