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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2400332

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2400332

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2400332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 janvier et 26 mars 2024, M. A C, représenté par Me Pinson, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant ", ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 et 28 mars 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 8 mars 2024, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- et les observations de Me Pinson, représentant M. C.

Une note en délibéré a été enregistrée le 3 mai 2024 pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ouzbèke né le 1er juillet 2000, est entré en France le 4 septembre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant ", valable du 2 septembre 2018 au 2 septembre 2020. Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour régulièrement renouvelée jusqu'au 30 novembre 2023. Le 1er décembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 décembre 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 13 mars 2023, publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, notamment de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études. Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant est notamment subordonné à la justification, par son titulaire, de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a échoué en première année de licence (L1) d'économie à l'université Panthéon-Sorbonne en 2018-2019, puis qu'il a validé cette même L1 d'économie en 2019-2020, qu'il a validé la L2 d'économie dans la même université en 2020-2021, qu'il a échoué en L3 d'économie en 2021-2022 ainsi qu'en 2022-2023, et enfin qu'il a également échoué en L1 d'informatique à l'université Toulouse-3 Paul Sabatier cette même année. Si l'arrêté en litige mentionne " six années de présence " en France de l'intéressé, alors que l'intéressé était présent en France depuis 5 ans et 4 mois à cette date, cette mention ne saurait, à elle seule et alors que le parcours universitaire du requérant est bien retracé par le préfet, constituer une erreur de fait. De plus, si M. C a bien validé sa L2 d'économie, toutefois cette validation est intervenue lors de la " session 2 ", après qu'il avait été ajourné lors de la " session 1 ". Dans ces conditions, et alors que le préfet a bien noté ses deux échecs ultérieurs en L3 d'économie, reconnaissant ainsi implicitement mais nécessairement sa validation de la L2 du même cursus, la mention dans l'arrêté litigieux que " l'intéressé () n'a validé que la première année de licence économie à l'université Panthéon-Sorbonne à Paris en 2019/2020 ; qu'il a ainsi échoué en deuxième année du diplôme précité en 2020/2021, et à deux reprises en troisième année du même diplôme 2021/2022 et 2022/2023 () " ne saurait l'entacher d'illégalité. En outre, si M. C justifie sa non-présentation à un oral de russe en L1 d'économie à cause d'un conflit d'emploi du temps, au demeurant non étayé, puis aux examens finaux de sa seconde L3 d'économie en raison d'un " conflit horaire " provoqué par son inscription en L1 d'informatique à Toulouse, toutefois il ne conteste pas la matérialité de ces absences. Enfin, si le requérant soutient qu'il serait cohérent de combiner une licence d'économie et une licence d'informatique, et allègue qu'il ne lui reste que deux examens à passer en mai 2024 pour valider sa L3 d'économie, sans toutefois verser de pièces en ce sens, il ressort des pièces du dossier, ainsi que l'indique la décision attaquée, que M. C n'a validé aucun diplôme après 5 ans et 4 mois de présence en France, et qu'il a échoué lors de trois années universitaires, une première fois en L1 d'économie, puis deux fois en L3 d'économie, ainsi que simultanément une fois en L1 d'informatique. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que le préfet a refusé de lui délivrer le titre de séjour " étudiant " sollicité au motif qu'il ne démontrait pas le sérieux des études poursuivies.

5. Pour les mêmes motifs, et en l'absence de tout élément supplémentaire versé par M. C, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à M. C n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision obligeant M. C à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 21 décembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M.Ci est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. ACi, à Me Pinson et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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