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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2400631

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2400631

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2400631
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2024, Mme D C épouse B et M. A B, agissant en leur nom propre et au nom de leurs deux enfants mineurs, représentés par Me Lasapalles, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge, avec leurs enfants, dans un lieu d'hébergement adapté à leur situation dans un délai de 24h00 suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou subsidiairement, dans l'hypothèse où ils ne seraient pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'ils sont sans ressource, isolés et vivent dans la rue avec leurs deux enfants âgés de dix et quatre ans depuis de nombreux jours ; ces conditions de vie ne sont pas compatibles avec l'état de santé de Mme B, qui présente une maladie chronique grave, et avec l'âge de leurs enfants, dont l'équilibre et la santé sont ainsi compromis ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence, à leur dignité humaine, et à leur droit de solliciter l'asile en France, dès lors qu'en dépit des nombreux appels qu'ils ont adressés au 115 et des signalements effectués par leur conseil auprès des services du préfet de la Haute-Garonne, aucune solution d'hébergement ne leur a été proposée alors que leurs conditions de vie ont des conséquences graves pour eux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Cherrier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. et Mme B, ressortissants algériens, demandent à la juge des référés, saisie sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge avec leurs deux enfants mineurs dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " L'article L. 522-3 de ce code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, () qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation () ". L'article L. 345-2-2 de ce code dispose : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. M. et Mme B, qui déclarent être en France depuis plusieurs mois, indiquent qu'ils résident dans la rue, avec leurs deux enfants mineurs, " depuis de nombreux jours ", sans plus de précisions. S'ils font état de ce que Mme B souffre d'une maladie grave, le seul certificat médical en date du 31 janvier 2024, rédigé en des termes très généraux par un médecin généraliste, ne suffit pas à l'établir. Ils soutiennent également qu'en dépit des nombreux appels adressés au 115 et des signalements effectués par leur conseil auprès des services du préfet de la Haute-Garonne, aucune proposition de prise en charge ne leur a été faite. Toutefois, le relevé d'appels au 115 qu'ils produisent, qui montre que leurs premiers appels datent du 22 janvier 2024, soit moins de quinze jours avant la date de la présente ordonnance, et l'unique courriel adressé au préfet de la Haute-Garonne par l'intermédiaire de leur conseil, le 31 janvier 2024, très peu circonstancié et qui n'est accompagné d'aucune pièce, ne permettent pas davantage d'établir que leur situation, ainsi que celle de leurs enfants, les placeraient parmi les familles les plus vulnérables. Dans ces conditions, les requérants, qui ne produisent au demeurant aucun élément relatif à leurs conditions de vie et d'hébergement depuis la date de leur entrée en France jusqu'au 22 janvier 2024, date à laquelle ils ont pour la première fois téléphoné au 115, ne sont pas fondés à soutenir que l'absence de prise en charge dont ils se plaignent révélerait une carence caractérisée de la part des services de l'Etat qui serait constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à l'une des libertés fondamentales dont ils se prévalent.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il y ait lieu d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. et Mme B ne sont pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C épouse B et à M. A B.

Fait à Toulouse, le 6 février 2024.

La juge des référés,

S. CHERRIER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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