mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2401025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CHMANI AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 février et 29 juillet 2024, Mme A E, représentée par sa tutrice Mme B E, ayant pour avocat Me Chmani, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) avant-dire droit, d'ordonner la communication de son entier dossier médical et de l'avis établi par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dès lors qu'elle lève le secret médical la concernant ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête, déposée pour Mme E par sa tutrice, est recevable ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé, en méconnaissance de la loi du 11 juillet 1979 ;
- le préfet, qui devait l'inviter à présenter des observations orales avant l'édiction des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire, a méconnu la procédure contradictoire garantie par l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;
- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui ne fait pas mention des soins nécessités par son état de santé, n'est pas complet ;
- le préfet doit verser aux débats l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que le rapport médical ;
- elle remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant en particulier de l'impossibilité d'accéder à un traitement adapté à sa pathologie au Maroc ; ainsi, en refusant le titre de séjour sollicité, le préfet a commis une erreur de droit et une erreur " manifeste " d'appréciation de sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale et dans les conséquences d'une exceptionnelle gravité que l'arrêté emporte sur sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie qu'un délai supérieur à trente jours devait lui être accordé ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et le préfet s'est estimé en situation de compétence liée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de l'incapacité à agir de la requérante ; cette dernière a été placée sous tutelle de sa tante, selon jugement du tribunal judiciaire de Toulouse du 14 octobre 2021 et aucun document versé aux débats n'atteste que sa tutrice serait à l'origine de la requête et de la demande d'aide juridictionnelle ;
- pour le surplus, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante marocaine née le 10 septembre 2002, est entrée en France le 13 septembre 2020. Le 12 juin 2023, elle a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour, pour motif humanitaire, en raison de son état de santé, qui a été examinée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 10 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme E, représentée par sa tutrice, sollicite l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, en se prévalant des dispositions de la loi du 11 juillet 1979, abrogées au 1er janvier 2016 par l'ordonnance n°2015-1341 du 23 octobre 2015, Mme E doit être regardée comme invoquant les dispositions pertinentes du code des relations entre le public et l'administration. Aux termes de l'article L. 211-2 de ce même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / -restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. Aux termes de son arrêté, le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme E ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé les conditions d'entrée en France de Mme E et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour sollicité. Il a, enfin, énoncé des éléments suffisants sur sa situation familiale. Ainsi, et dans la mesure où il n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation individuelle de l'intéressée s'agissant en particulier de son placement sous tutelle, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. La requérante, qui n'allègue pas avoir demandé un délai de départ supérieur à trente jours, ne peut utilement soutenir que la décision fixant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée. Enfin, la décision fixant le pays de destination, qui rappelle la nationalité de Mme E, mentionne qu'à l'expiration du délai de départ volontaire elle sera reconduite dans le pays dont elle a la nationalité et qu'elle n'établit pas y être exposée à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour en litige ayant été prise à la suite d'une demande formulée par la requérante, cette dernière ne peut utilement se prévaloir, à supposer qu'elle entende le faire, des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public. Par ailleurs, d'une part, elle ne saurait également, en tout état de cause, utilement invoquer les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, lesquelles ont été abrogées depuis le 1er janvier 2016. D'autre part, dans le cas du rejet d'une demande de titre de séjour, les décisions accessoires à la décision de refus de séjour font suite au constat de ce que la délivrance d'un titre de séjour a été refusée à l'étranger. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur ces décisions accessoires, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande de titre de séjour, à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un tel titre. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'elle ait été empêchée de présenter des observations avant que ne soit prise l'arrêté contesté. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées sont intervenues en méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à une décision administrative défavorable.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet, en fixant le délai de départ volontaire, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme E ni qu'il se serait estimé en situation de compétence liée
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L.425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". De plus, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".
7. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. Si Mme E fait valoir qu'elle n'a pas été destinataire de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 octobre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a produit cet avis au cours de l'instance. Il ressort des termes de cet avis que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ledit avis, qui n'a pas à faire mention des soins nécessités par son état de santé, n'est pas complet. Par suite, et sans qu'il soit besoin de solliciter auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la production aux débats du rapport médical, ce moyen doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
10. Pour refuser à Mme E la délivrance d'un titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 octobre 2023, selon lequel, si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est atteinte d'une maladie neurologique, présente un retard cognitif sévère et psychomoteur, souffre d'épilepsie sévère et a développé une scoliose lombaire avec une déformation rachidienne. En outre, la requérante a été reconnue handicapée avec un taux d'incapacité évalué entre 50 et 80 % par la Maison départementale des personnes handicapées et a été placée sous tutelle par jugement du 14 octobre 2021 du juge des tutelles du tribunal judiciaire de Toulouse pour une durée de cinq ans au motif d'une altération médicalement constatée de ses facultés. La requérante fait valoir que les différentes pathologies dont elle souffre nécessitent une prise en charge multiple dans des structures spécialisées, qui font défaut au Maroc, que son état de santé n'a cessé de se dégrader au Maroc et que le coût de la prise en charge des soins est exorbitant. Elle produit deux " comptes rendus " du docteur F, psychiatre et psychothérapeute à Inezgane, des 2 mars 2023 et 25 juillet 2024 selon lesquels lorsque la requérante vivait à Agadir avec ses parents, elle " n'a jamais été prise en charge par des spécialistes de psychomotricité ou orthophonie ou autre type de prise en charge dans la région. Une prise en charge à l'état psychomoteur et intellectuel adapté à son état est fortement souhaitable. Ce type de prise en charge ne pouvant être réalisé que dans des instituts spécialisés dans ce genre de pathologie (). La prise en charge de A dans un institut spécialisé et performant, notamment en France, est à mon avis fortement recommandée. ". Le docteur F indique également qu'à Agadir " un seul organisme existe mais sans réelle spécialisation et qui n'a pas su apporter une amélioration quant à la situation " de la requérante. Par ailleurs, cette dernière bénéficie, s'agissant de l'épilepsie, d'un suivi et d'un traitement médicamenteux à base de Lacmital et Keppra, dont elle ne conteste pas sérieusement la disponibilité au Maroc en se bornant à alléguer que ces médicaments ne sont pas disponibles dans la bonne posologie et en produisant des comptes rendus d'examens d'électroencéphalogrammes réalisés en 2021 et un certificat médical du 14 avril 2023 selon lequel elle souffre d'une " épilepsie généralisée sévère (). L'assistance au quotidien est indispensable. La poursuite du traitement antiépileptique vitale. Le traitement doit être adapté progressivement " et qui ne se prononce pas sur la disponibilité du traitement au Maroc. La requérante produit également un compte rendu médical du 8 mars 2022 établi par le docteur D indiquant que " l'IRM effectuée le 17/01/2022 ne met en évidence aucune malformation de la jonction crânio-rachidienne, ni atteinte médullaire. () En l'état, je suis réticent à un projet chirurgical compte tenu du contexte. Seul le temps nous aidera à définir s'il est raisonnable de discuter un projet opératoire relativement lourd ". En outre, elle verse à l'instance une attestation d'une psychologue clinicienne établie le 1er février 2023, qui atteste, dans des termes généraux et imprécis, suivre l'intéressée pour " des séances psychologies ". Ces pièces médicales, rédigées pour certaines en des termes généraux et non étayées par des éléments précis relatifs au système de santé marocain, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de la Haute-Garonne, à la suite de l'avis émis par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sur la disponibilité d'une prise en charge médicale appropriée dans le pays d'origine de la requérante, quand bien même celle-ci ne serait pas équivalente à celle disponible en France. Mme E ne fait, par ailleurs, état d'aucun élément, notamment sur les ressources dont elle pourrait disposer dans son pays d'origine, de nature à établir que, compte tenu notamment du coût du traitement qui n'est pas précisé et du régime d'assistance médicale existant au Maroc, elle serait dans l'impossibilité financière de se procurer le traitement que requiert son état de santé. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu l'article L. 425-9 et le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
11. En sixième lieu, pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et sur les conséquences d'une exceptionnelle gravité que l'intéressée rencontrerait en cas de retour dans son pays d'origine.
12. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour uniquement en raison de son état de santé et que le préfet de la Haute-Garonne, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné d'office la possibilité de lui délivrer un certificat de résidence au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision de refus de séjour a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en méconnaissance de ces dispositions et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante, âgée de vingt-et-un ans, est arrivée en France en 2021, a été placée sous la tutelle de sa tante alors que ses parents vivent au Maroc. Dans ces conditions, alors même que sa tante et ses cousins vivent en France et qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
14. En huitième lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour. Elle n'est pas davantage fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant un délai de départ volontaire.
15. En neuvième lieu, la requérante ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à justifier qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle sur ce point.
16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête et de faire droit à la mesure d'instruction sollicitée, que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 10 novembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MmeEi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme AEi, à Me Chmani et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La présidente-rapporteure,
S. CAROTENUTO
La première assesseure,
N. SODDULa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026