jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2401088 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | PIAZZON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n° 2401088 et des mémoires, enregistrés les 23 février, 7 et 27 mai 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Piazzon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre la décision portant obligation de quitter le territoire français et d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du présent jugement, au besoin sous astreinte ;
4°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- le préfet de Tarn-et-Garonne n'a pas examiné sa situation ;
- il a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet de la Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.
II. Par une requête n° 2401089, enregistrée le 23 février 2024, M. A B, représenté par Me Piazzon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 22 février 2024 par laquelle le préfet de Tarn-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le préfet de Tarn-et-Garonne n'a pas examiné sa situation ;
- il a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 3 mai 2024 à midi.
Des mémoires produits par M. B les 3 et 27 mai 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, n'ont pas été communiqués.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Pétri.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 15 janvier 1999, déclare être entré en France au cours de l'année 2022. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " conjoint de française " le 3 juillet 2023, à la suite de son mariage avec Mme C D, ressortissante française. Par un arrêté du 22 février 2024, le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un second arrêté du même jour, le préfet de Tarn-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Par les présentes requêtes, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2401088 et 2401089 sont liées et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre et de statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, dans les instances nos 2401088 et 2401089, par deux décisions du 29 mai 2024. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la requête n° 2401088 :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 février 2024 :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police. ", et de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. La décision attaquée vise notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait également état d'éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, en particulier son mariage avec Mme D, son placement en garde à vue le 21 février 2024 en raison de violences aggravées sur sa conjointe en présence d'enfants, ainsi que ses liens familiaux dans son pays d'origine. Dès lors qu'elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, la décision en litige doit être regardée comme suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Tarn-et-Garonne aurait entaché la décision litigieuse d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a déposé plainte contre M. B le 5 décembre 2023 pour des faits de violence commise à son encontre, devant ses enfants. Dans son audition, Mme D relate notamment que M. B a été violent envers elle dès le début de leur relation, de manière régulière, qu'il lui a craché dessus et asséné des coups de poing dans la tête et le ventre. Elle fait en outre état de ce que M. B a quitté le domicile conjugal depuis le 25 novembre 2023. Il ressort également des pièces du dossier que Mme D a de nouveau porté plainte le 9 février 2024 après avoir reçu des appels de la famille de M. B visant à faire pression sur elle pour qu'elle retire sa plainte, et avoir constaté la présence du requérant devant son immeuble. Elle précise avoir utilisé le téléphone " grave danger " à cette occasion. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. B a été placé en garde à vue le 21 février 2024 et qu'une procédure de divorce est en cours. Par ailleurs, M. B ne démontre pas, au moyen des pièces qu'il produit, avoir fixé le centre de ses intérêts personnels sur le territoire français, étant précisé que son entrée en France, au cours de l'année 2022, est récente, qu'il se trouve en situation irrégulière depuis lors, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et ses frères et sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Tarn-et-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté. Si M. B se prévaut des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'a toutefois pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement et, en tout état de cause, il ne fait état d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel justifiant son admission exceptionnelle au séjour.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé d'admettre M. B au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension :
12. Dès lors qu'il vient d'être statué au fond sur la légalité de l'arrêté en litige, les conclusions à fin de suspension, dépourvues d'objet, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la requête n° 2401089 :
13. En premier lieu, selon l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
14. La décision attaquée vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également les circonstances que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il ne peut être éloigné vers son pays d'origine du fait de son déferrement devant le juge des libertés et de la détention, ou encore qu'il existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation de quitter le territoire français. Elle doit ainsi être regardée comme comportant les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.
15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 14 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation.
16. En troisième lieu, en se bornant à indiquer qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes et qu'il a une vie stable, M. B ne démontre pas en quoi l'autorité préfectorale aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant son assignation à résidence pour une durée de six mois. Ainsi, en l'absence de toute précision permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen, il doit être écarté.
17. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée par le préfet de Tarn-et-Garonne au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, ce moyen peut être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 10.
18. En dernier lieu, la décision attaquée indique que M. B soit se présenter trois fois par semaine (les lundi, mercredi et vendredi) à neuf heures à la gendarmerie de Nègrepelisse afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet. Il n'établit pas, en se bornant à invoquer l'atteinte portée à sa liberté d'aller et venir sans fournir d'éléments permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen, l'existence de circonstances particulières susceptibles de faire regarder la mesure d'assignation à résidence comme portant une atteinte disproportionnée à cette liberté. Par suite, le moyen doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne a assigné M. B à résidence pour une durée de six mois doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2401088 et 2401089 est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Piazzon et au préfet de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
M. PETRI
La présidente,
S. CAROTENUTOLa greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2401088, 2401089
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026