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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2401164

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2401164

vendredi 1 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2401164
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 février 2024, Mme C A B, représentée par Me Francos, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de l'orienter, dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, vers une structure dédiée aux demandeurs d'asile, sous astreinte de 500 euros par jours de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de la reprendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence, sans délai et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et ce jusqu'à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'oriente vers une structure dédiée aux demandeurs d'asile ;

4°) de mettre à la charge solidaire de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de l'Etat le paiement des entiers dépens et de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est contrainte de vivre à la rue depuis le 22 février 2024 en dépit de ses appels répétés au 115 et de sa demande adressée au préfet de la Haute-Garonne ;

- outre les températures hivernales, elle est isolée, fragile au plan psychologique et partant, en situation de grande vulnérabilité ; la rupture de la prise en charge d'hébergement met en danger son intégrité physique ;

- sa demande d'asile est en cours d'instruction et les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui ont proposé aucune solution de logement correspondant à sa qualité de demandeur d'asile ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à des conditions matérielles d'accueil décentes, à son droit de ne pas subir de carence caractérisée dans le cadre de l'hébergement d'urgence, à sa dignité humaine et à son droit de ne pas subir des traitements inhumains ou dégradants.

Par un mémoire en défense et une pièce complémentaire, enregistrés les 29 février et 1er mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante va être orientée vers un centre d'hébergement situé à Albi ;

- à titre subsidiaire, la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la requérante n'établit pas présenter un état de santé fragile ni une vulnérabilité psychique ;

- l'évaluation de la requérante n'a permis d'identifier aucun besoin particulier de prise en charge au titre d'une vulnérabilité particulière et elle a pu bénéficier de solutions d'hébergement pendant plusieurs périodes, quand bien même elles étaient précaires et non pérennes ;

- le dispositif national d'accueil est saturé ;

- l'existence d'une carence de la part des services de l'Etat n'est pas caractérisée ;

- il n'a pas été porté une atteinte grave à une liberté fondamentale ; en outre, l'absence de proposition d'hébergement ne saurait être regardée, par elle-même, comme un traitement inhumain et dégradant.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Garonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Carotenuto, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 1er mars 2024 à 10h00, en présence de Mme Tur greffière d'audience, Mme Carotenuto a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Francos, représentant la requérante, qui prend acte du non-lieu à statuer opposé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration mais maintient ses conclusions à fin d'injonction dirigées contre le préfet de la Haute-Garonne et celles tendant à la condamnation solidaire de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de l'Etat au paiement des frais d'instance. Il reprend les moyens de sa requête relatifs à l'hébergement d'urgence et fait, en outre, valoir que Mme A B va accepter la proposition d'hébergement mais qu'elle ne sera pas immédiatement hébergée et que les ruptures permanentes dans la prise en charge de son hébergement depuis le mois de septembre 2023 constituent une atteinte à sa dignité.

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration et le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre Mme A B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. La requérante demande au juge des référés d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de l'orienter vers une structure dédiée aux demandeurs d'asile, dans un délai d'un mois, et au préfet de la Haute-Garonne, de la reprendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence, sans délai.

5. Il résulte de l'instruction que le 29 février 2024, soit postérieurement à l'introduction de la requête, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont émis une " notification à se présenter à un hébergement pour demandeur d'asile " et justifient, ainsi, proposer à la requérante une orientation vers le lieu d'hébergement " CAES IMANIS (K8101) ", situé à Albi. Le conseil de la requérante a indiqué, lors de l'audience, que Mme A B allait accepter la proposition d'hébergement. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction dirigées contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

6. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, Mme A B va bénéficier d'un hébergement dans une structure d'hébergement pour demandeurs d'asile. Par suite, et quand bien même l'hébergement n'interviendrait pas immédiatement, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de la reprendre en charge au titre de l'hébergement d'urgence, sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991et au titre de dépens, au demeurant, inexistants.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A B est admise à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A B à l'encontre de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et du préfet de la Haute-Garonne.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B, à Me Francos et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 1er mars 2024.

La juge des référés,

S. CAROTENUTO

La greffière,

P. TUR

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation la greffière,

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