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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2401171

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2401171

jeudi 7 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2401171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 février et 5 mars 2024,

M. D A, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2024 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence sur la commune de Toulouse pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est privé de base légale en ce que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 9 mars 2022 ne lui a pas été notifié ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il ne dispose pas d'un lieu de résidence fixe.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka,

- les observations Me Touboul, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et soulève un nouveau moyen tiré du défaut de motivation,

- les observations de M. A, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de Mme B, représentant le préfet de la Haute-Garonne.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, déclare être entré sur le territoire français en 2018. Par un arrêté du 27 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence sur la commune de Toulouse pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

4. D'autre part, dans le cas où le pli contenant une décision administrative, envoyé en recommandé à l'adresse de son destinataire, a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé non réclamé ", cette décision est réputée régulièrement notifiée à compter de la date à laquelle l'administré doit être regardé comme ayant été régulièrement avisé que ce pli était à sa disposition au bureau de poste dont il relève. Cette date résulte des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe et l'avis de réception retournés à l'expéditeur ou, à défaut, des attestations de l'administration postale ou de tout autre élément de preuve.

5. M. A fait valoir que l'arrêté contesté, portant assignation à résidence, est dépourvu de base légale dans la mesure où l'arrêté édicté par la préfète de l'Ain le 9 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français d'un an ne lui a pas été notifié. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté a été notifié par voie postale à l'intéressé le

10 mars 2022 à l'adresse indiquée par ce dernier et est revenu distribué portant la mention

" pli avisé non réclamé ". En outre, si M. A soutient que ce courrier lui a été adressé près d'un an après sa demande d'asile, de sorte que sa domiciliation avait changé, il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir informé les services préfectoraux de sa nouvelle adresse. Dans ces conditions, l'arrêté de la préfète de l'Ain est réputé lui avoir été régulièrement notifié à la date de vaine présentation du pli, le 10 mars 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté portant assignation à résidence du requérant ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et est, par suite, suffisamment motivé.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation de l'intéressé.

8. En quatrième et dernier lieu, il ressort des dispositions citées au point 3 du présent jugement qu'une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consiste, pour l'autorité administrative qui la prononce, à déterminer un périmètre que l'étranger ne peut quitter et au sein duquel il est autorisé à circuler et, afin de s'assurer du respect de cette obligation, à lui imposer de se présenter, selon une périodicité déterminée, aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Une telle mesure n'a pas, en dehors des hypothèses où elle inclut une astreinte à domicile pour une durée limitée, pour effet d'obliger celui qui en fait l'objet à demeurer à son domicile. Les décisions par lesquelles le préfet assigne à résidence, sur le fondement de l'article L. 731-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les étrangers faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé peuvent être prononcées à l'égard des étrangers qui ne disposent que d'une simple domiciliation postale. L'indication dans de telles décisions d'une adresse qui correspond uniquement à une domiciliation postale ne saurait imposer à l'intéressé de demeurer à cette adresse.

9. Si M. A soutient qu'il ne dispose d'aucune résidence fixe, il a indiqué lors de son audition du 23 février 2024 avoir une domiciliation au 10 avenue du Grand Ramier à Toulouse. En outre, il produit une attestation d'hébergement, établie le 26 février 2024 et indiquant une adresse située à Toulouse. Dans ces conditions, il justifie vivre habituellement sur la commune de Toulouse, où il est assigné. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 27 février 2024.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Touboul la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Touboul et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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