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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2401316

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2401316

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2401316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête et des pièces enregistrées les 6 et 8 mars 2024, sous le n° 2401316,

M. B A, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet du Tarn a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens ainsi que le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi de 1991 et de l'article L761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire et son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il peut bénéficier d'une mesure d'admission exceptionnelle au séjour au titre du pouvoir discrétionnaire du préfet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article 24 de la loi du

12 avril 2000 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire et le droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une pièce et un mémoire en défense enregistrés les 7 et 10 mars 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. - Par une requête et des pièces enregistrées les 7 et 8 mars 2024, sous le n° 2401342,

M. B A, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet du Tarn l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;

- il est privé de base légale ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît le principe du contradictoire ;

- il n'existe aucune nécessité à l'assigner à résidence ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;

- le préfet ne justifie pas de l'existence de perspectives raisonnables d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2024, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Zabka, conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zabka, qui informe la partie présente, en application de l'article

R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal est susceptible de se fonder sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation d'une décision portant refus de titre de séjour, en raison de l'inexistence d'une telle décision,

- les observations de Me Laspalles, qui conclut aux mêmes fins et précise ajoute un moyen nouveau tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne peut pas se fonder sur le 3° ou le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en langue turque, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction pour les requêtes susvisées a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, est entré sur le territoire français le 24 mai 2023.

Le 26 février 2024, il a déposé une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " auprès de la préfecture du Tarn. Par un arrêté du 4 mars 2024, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 5 mars 2024, le préfet du Tarn l'a assigné à résidence dans le Tarn pour une durée de quarante-cinq jours. Par les présentes requêtes, M. A demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

2. Il y a lieu de joindre les requêtes n° 2401316 et n° 2401342 qui concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre un refus de titre de séjour :

4. En l'espèce, même si l'arrêté en litige du 4 mars 2024 se prononce, dans ses motifs, sur le droit au séjour du requérant, le dispositif de cet arrêté ne comporte aucune décision portant refus de séjour. Par suite, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. A. Les conclusions de la requête n° 2401316 dirigées contre une décision portant refus de de séjour doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions restant en litige :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".

6. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet du Tarn s'est fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des termes du dispositif de l'arrêté qu'une décision portant refus de séjour aurait été prise à l'encontre du requérant. Dans ces conditions, en l'absence de décision portant refus de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale. Le moyen soulevé à cet égard doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet du Tarn du 4 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français et, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'arrêté édicté par la même autorité le 5 mars 2024 portant assignation à résidence, doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement que le préfet du Tarn réexamine la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette mesure d'injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Laspalles à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Laspalles au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Tarn du 4 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulé.

Article 3 : L'arrêté du préfet du Tarn du 5 mars 2024 portant assignation à résidence est annulé.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Tarn de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Laspalles renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Laspalles la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Laspalles et au préfet du Tarn.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le magistrat désigné,

N. ZABKA La greffière,

V. BRIDET

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2401316, 240134

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