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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2401366

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2401366

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2401366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 7 mars 2024 sous le n° 2401366, M. E A, représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 avril 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande de protection contre l'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il appartient au préfet de justifier de la saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de ce que l'avis émis par ce collège satisfait ait été rendu à la suite d'une délibération collégiale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 7 mars 2024 sous le n° 2401367, Mme F A, représentée par Me Durand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 avril 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande de protection contre l'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il appartient au préfet de justifier de la saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de ce que l'avis émis par ce collège satisfait ait été rendu à la suite d'une délibération collégiale ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants albanais nés respectivement les 17 janvier 1972 et 23 novembre 1971, sont entrés en France en mars 2019, accompagnés de leurs enfants majeurs. Ils ont sollicité l'asile le 25 mars 2019. Leur demande a été définitivement rejetée le 2 décembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêtés du 19 octobre 2021, dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans par jugement du 24 décembre 2021, puis par la cour administrative d'appel de Toulouse par ordonnance du 7 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 14 décembre 2022, les requérants ont sollicité une protection contre l'éloignement en raison de leur état de santé, sur le fondement du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 28 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté leur demande par deux décisions distinctes du 3 avril 2023 dont M. et Mme A demandent l'annulation.

2. Les requêtes n°s 2401366 et 2401367 concernant la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

3. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars 2023 au recueil administratif spécial n° 31-2023-099, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et rappellent notamment les conditions d'entrée et de séjour des intéressés en France. La demande de protection contre l'éloignement présentée par M. et Mme A reposait uniquement sur leur état de santé et le préfet de la Haute-Garonne a mentionné l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 28 octobre 2022, dont il s'est approprié les termes. Il a indiqué, s'agissant de M. A, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine, et s'agissant de Mme A, qu'elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et voyager sans risques vers cet État. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant ses décisions de refus de demande de protection contre l'éloignement, les requérants ayant été ainsi mis en mesure de comprendre et de discuter les motifs desdites décisions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, les avis rendus par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 28 octobre 2022 sur la situation de M. et Mme A portent la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant le collège de médecins. Cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. Les intéressés n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause le caractère collégial de ces avis, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions contestées seraient entachées, à cet égard, d'un vice de procédure.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. (). ".

7. D'une part, pour refuser la délivrance de la protection contre l'éloignement sollicitée par M. A, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis précité du 28 octobre 2022 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester l'avis du collège de médecins, le requérant se prévaut de certificats médicaux établis les 27 mai 2021 et 18 juillet 2022 qui indiquent, de manière très générale et non circonstanciée, qu'il est " actuellement suivi et traité pour une pathologie grave, nécessitant un suivi médical continu, dont l'interruption pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ". De plus, si le requérant se prévaut de ce que l'accès effectif aux soins requis serait empêché par son appartenance à la communauté rom, les documents produits d'ordre général sur les discriminations à l'encontre des populations roms en Albanie, dans leur accès aux services de santé ne sauraient, à eux seuls, suffire à établir qu'il ne pourrait bénéficier, en raison de son origine, des traitements médicaux dont il a besoin et, en tout état de cause, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision du préfet rejetant la demande de protection, laquelle est fondée, comme il vient d'être dit, sur le motif tiré de ce que le défaut de prise en charge médicale ne devrait entrainer pour M. A aucune conséquence d'une exceptionnelle gravité. Par suite, en refusant une protection contre l'éloignement, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, pour refuser la délivrance de la protection contre l'éloignement sollicitée par Mme A, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis précité du 28 octobre 2022 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Albanie, vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux produits, que Mme A, qui a levé le secret médical dans le cadre de la présente instance, souffre " d'apnées du sommeil nécessitant un appareillage nocturne " et d'" hypertension artérielle compliquée d'atteinte oculaire ". Pour contester l'avis du collège de médecins, la requérante se prévaut de certificats médicaux établis les 11 et 18 juillet 2022 et 19 mai 2023. Toutefois, ces certificats médicaux ne se prononcent pas sur l'impossibilité pour l'intéressée de bénéficier d'une prise en charge en Albanie et ne se prononcent pas non plus sur la disponibilité des traitements. De plus, si la requérante se prévaut de ce que l'accès effectif aux soins requis serait empêché par son appartenance à la communauté rom, les documents produits d'ordre général sur les discriminations à l'encontre des populations roms en Albanie, dans leur accès aux services de santé ne sauraient, à eux seuls, suffire à établir qu'elle ne pourrait bénéficier, en raison de son origine, des traitements médicaux dont elle a besoin. Ainsi, par les seules pièces qu'elle produit, Mme A n'apporte aucun élément probant de nature à remettre en cause la disponibilité et l'accessibilité des soins que son état de santé requiert dans son pays d'origine, l'Albanie. Par suite, en refusant une protection contre l'éloignement, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme A doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés aux litiges.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Mme F A, à Me Durand et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

La première assesseure,

N. SODDULa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°s 2401366, 2401367

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