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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2401432

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2401432

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2401432
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSERDAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mars et 29 mai 2024, la commune de Montauban, représentée par Me Tissot, demande, dans le dernier état de ses écritures, à la juge des référés :

1°) de condamner solidairement les sociétés SMAC et W-Architectures à lui payer la somme de 286 230,54 euros TTC correspondant au coût des travaux de reprise des désordres constatée dans le groupe scolaire Jean Moulin ;

2°) de les condamner solidairement à lui payer la somme de 41 952 euros TTC correspondant au coût des intervenants pour la maîtrise d'œuvre, la coordination SPS et le contrôle technique des travaux de reprise des désordres ;

3°) de les condamner solidairement à lui payer la somme de 10 702,20 euros TTC correspondant aux frais techniques qu'elle a engagés ;

4°) de les condamner solidairement à lui payer la somme de 7 878 euros TTC correspondant aux frais d'assistance juridique qu'elle a engagés ;

5°) de les condamner solidairement à lui payer la somme de 3 969,24 euros TTC au titre des dépens de l'expertise ;

6°) majorer ces montants des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête ;

7°) de rejeter la demande reconventionnelle de la société W-Architectures ;

8°) de les condamner solidairement les sociétés SMAC et W-Architectures à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a conclu le 16 décembre 2008 un marché de maîtrise d'œuvre avec un groupement conjoint, dont la société W-Architectures était mandataire solidaire, pour la reconstruction du groupe scolaire Jean Moulin ;

- puis elle a lancé en 2009 un marché public de travaux pour la construction du groupe scolaire Jean Moulin ;

- le lot n° 5 " Bardage Bois " a été confié le 18 mars 2010 à la société SMAC ;

- la réception des travaux a été prononcée le 1er juillet 2011 ;

- en septembre 2020, il a été constaté par les usagers du groupe scolaire Jean Moulin le déplacement d'un panneau de façade donnant sur la cour de récréation maternelle (façade sud) ; il a été relevé depuis la toiture terrasse que la fixation haute du module ne jouait plus son rôle et que les liteaux (ossature secondaire) du module de façade bois se désagrégeaient en partie haute des façades, ce qui vient déstabiliser la partie haute des bardages ;

- le 6 janvier 2021, un huissier de justice a pu constater que, sur les trois façades du groupe scolaire recouvertes d'un bardage bois, fixé sur des liteaux en bois, le bois du bardage était éclaté et que les liteaux sur lesquels sont fixées les poutres sont délités, qu'en différents endroits de ces façades, l'ensemble du bardage et des liteaux était plus ou moins détérioré, et que, dans la cour le bardage était désolidarisé de la construction, les liteaux étant dégradés et les vis ne retenaient plus les poutres en partie haute de la façade ;

- des travaux confortatifs ont été réalisés ;

- elle a saisi le 28 juin 2021 le tribunal administratif de Toulouse d'une requête en référé-expertise, portant sur la nature et l'étendue des désordres affectant le bâtiment scolaire ;

- l'expert a déposé son rapport définitif le 26 juillet 2023 ;

- il a relevé plusieurs types de désordres :

- un éclatement du bois des liteaux au niveau de la vis de fixation de l'ossature en raison d'un vissage forcé sans avoir pris le soin d'un perçage d'avant trou, un délitement dû à une attaque fongique de cette ossature secondaire au droit des fixations, qui amène par voie de conséquence à un décrochage du panneau,

- les chevrons de finitions présentent en majorité un flambement sur leur longueur, la partie haute est taillée en biseau pour éviter une stagnation et faciliter l'évacuation des eaux de pluie en tête, et largement éclatée par manque de protection, le CCTP, ni aucun autre document de chantier ne mentionnant pas de protection des têtes de chevrons soit par capotage ou prolongement des coiffes,

- selon l'expert ces désordres relèvent d'une part de la phase de conception (conception architecturale, études d'exécutions, DET et AOR), et d'autre part de la phase de réalisation (plans d'atelier et de chantier, méthode, fabrication et mise en œuvre) ;

- ces désordres rendent l'ouvrage impropre à sa destination ;

- ils ont été constatés dans le délai de garantie décennale et entrent dans le champ d'application de cette garantie ;

- elle a saisi le juge des référés avant le terme de cette garantie ;

- les désordres sont imputables aux sociétés SMAC et W-Architectures ;

- l'expert estime les responsabilités comme suit : sur la part de l'absence de protection des têtes de chevrons : 30% à la charge du groupement de maitrise d'œuvre, et 70% à la charge de l'entreprise, sur la part des fixations des panneaux de bardages 30% à la charge du groupement de maitrise d'œuvre et 70% à la charge de l'entreprise SMAC ;

- selon l'expert, les travaux de reprises consistent à reprendre les pentes des coiffes d'acrotères non conformes, de reprendre l'ensemble des panneaux non exposés, comprenant le changement du pare pluie de l'ossature primaire et secondaire, de protéger la tête des chevrons verticaux par capotage ou coiffe ainsi qu'un attachement particulier à la fixation entre pièces de bois ;

- il propose, sans trancher entre eux, deux devis, un devis qu'elle a elle-même fourni et réactualisé au 24 mai 2023, pour un montant de 286 230,54 euros TTC, et un devis fourni par la SMAC, confirmé au 25 mai 2023, pour un montant de 282 440,69 euros ;

- elle ajoute la somme de 41 952 euros TTC correspondant au coût des intervenants pour la maîtrise d'œuvre, la coordination SPS et le contrôle technique des travaux de reprise des désordres, la somme de 10 702,20 euros TTC correspondant aux frais techniques qu'elle a engagés, la somme de 7 878 euros TTC correspondant aux frais d'assistance juridique qu'elle a engagés et la somme de 3 969,24 euros TTC au titre des dépens de l'expertise ;

- sa créance n'est pas sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, la société W-Architectures, représentée par la SELARL Massol Avocats, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) subsidiairement à ce que sa part de responsabilité soit limitée à 20% du coût des reprises ;

3°) à ce que la provision soit limitée à 282 440,69 euros TTC ;

4°) reconventionnellement, à ce que la commune de Montauban soit condamnée à lui payer la somme de 4 113,78 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 12 mars 2015 ;

5°) à ce que la société SMAC soit condamnée à la relever et garantir à hauteur de 80 % des condamnations prononcées solidairement à son encontre ;

6°) de mettre à la charge de tout succombant la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L.7 61-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance de la commune de Montauban n'est pas non sérieusement contestable ;

- les désordres affectent un élément dissociable, ayant seulement une fonction esthétique ; ils ne rendent, donc, pas l'ouvrage impropre à sa destination ;

- la requête est donc irrecevable ;

- l'expert a rendu son rapport deux ans après le terme de la garantie décennale ;

- elle n'était pas responsable de la rédaction du CCTP ;

- l'exécution des travaux n'était pas à sa charge ;

- en vertu de l'article 51 du code des marchés publics, chaque membre du groupement conjoint est engagé pour la part du marché qui lui est attribué dans l'acte d'engagement ;

- la solidarité du mandataire avec le groupement conjoint a cessé à la réception des travaux le 1er juillet 2011 ;

- le groupement étant conjoint, le mandataire ne peut être responsable des fautes commises par les autres membres du groupement ;

- le coût des travaux de reprise doit être limité à la somme de 282 440,69 euros TTC, tel que mentionné en page 16 du rapport d'expertise judiciaire ;

- l'expert n'a pas prévu de chiffrage particulier pour l'éventuelle intervention d'une maîtrise d'œuvre, d'un coordinateur SPS ou d'un contrôleur technique, d'autant que les travaux relèvent d'une seule entreprise ; il n'est pas justifié de majorer le devis de 15% au titre de telles dépenses ;

- les demandes au titre de l'assistance juridique et de l'article L. 761-1 font double emploi ;

- la société SMAC doit être condamnée à la garantir à hauteur de 80% des sommes qui pourraient être mises à sa charge ;

- la commune de Montauban lui doit toujours une somme de 4 113,78 euros au titre du solde du marché, qu'elle lui a réclamée les 7 janvier et 14 octobre 2016 ; la commune doit être condamnée à lui payer cette somme augmentée des intérêts de retard à compter du 12 mars 2015 et jusqu'à parfait règlement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mai et 6 juin 2024, la société SMAC, représentée par Me Serdan, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) subsidiairement, à ce que sa responsabilité soit limitée à 50% ;

3°) à ce que la société W-Architectures soit condamnée à la garantir intégralement ;

4°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Montauban à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres ne se sont pas manifestés dans le délai de garantie décennale ;

- ils n'affectent pas la solidité du bâtiment ; d'ailleurs aucun élément n'est tombé pendant le temps de l'expertise ;

- le coût de reprise des travaux n'est pas clairement défini, il est contestable ;

- la commune n'établit pas que la TVA restera à sa charge ;

- les demandes accessoires, qui n'ont pas été soumises à l'expert, ne sont pas justifiées et ne sont pas non sérieusement contestables ;

- les désordres ne concernent que les éléments soumis aux intempéries, par l'absence de protection des têtes de chevrons ;

- or cette absence de protection est imputable au concepteur de l'ouvrage, c'est à dire la société W-Architectures ;

- les seules non-conformités de vissage ne sont pas à l'origine des désordres.

Par ordonnance en date du 6 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n°78-1306 du 26 décembre 1978 approuvant le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles et la modification du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés industriels ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Fin 2008, la commune de Montauban a confié à un groupement une mission de maîtrise d'œuvre pour la reconstruction du groupe scolaire Jean Moulin. Ce groupement était constitué de la société W-Architectures, M. A, le BETCE Ingenierie, la société Mahenc Salvagnac Ingenierie et de la société IDE Environnement. Puis, en 2009, elle a passé un marché public de travaux pour la construction du groupe scolaire. Le lot n°5, " Bardage Bois " a été confié le 18 mars 2010 à la société SMAC. La réception des travaux est intervenue le 1er juillet 2011. Ayant constaté le déplacement d'un panneau de façade donnant sur la cour de récréation de l'école maternelle, puis, depuis la toiture terrasse de l'immeuble, que la fixation haute du module ne jouait plus son rôle, et que les liteaux (ossature secondaire) du module bois se désagrégeaient en partie, ce qui déstabilisait la partie haute du bardage, la commune a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, le 28 juin 2021 afin qu'un expert soit désigné pour se prononcer sur la nature et l'origine des désordres et les moyens d'y remédier. L'expert a rendu son rapport définitif le 26 juillet 2023. Par la présente requête, la commune de Montauban demande la condamnation solidaire de la société W-Architectures et de la société SMAC à l'indemniser, à titre provisionnel, du coût de reprise des désordres.

Sur la provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

3. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

4. Il résulte de l'instruction que le groupe scolaire est construit en R +1 (partiel), structure primaire et parois en béton apparent, avec habillage partiel des façades par complexe ossature bois, isolant et pare-pluie sur maçonnerie. La finition est constituée de panneaux de bois lignés ajourés, composés de chevrons en pin classe 3 de section 120 mm x 60 mm. Le groupe scolaire est couvert de toitures terrasses. L'ossature secondaire est constituée de liteaux de section 27 x 38 mm, recevant les chevrons de bardage. Elle est fixée sur l'ossature primaire, constituée de chevrons de section 60 X 40 mm. L'expert a constaté un éclatement du bois au niveau de la vis de fixation, qui résulterait d'un vissage forcé, non précédé d'un perçage d'avant trou. Cela aurait entraîné un délitement de l'ossature secondaire, au droit des fixations, due à une attaque fongique, et un décrochage du panneau. Il a également constaté que les chevrons de finition présentaient en majorité un flambement sur leur longueur. Enfin, son rapport mentionne une inversion de pente de la coiffe d'acrotère qui verse sur les chevrons de bardage, altérant ainsi les caractéristiques spécifiques du bois.

5. L'expert relève que, portant sur des éléments esthétiques, les désordres n'affectent pas la solidité du bâtiment, mais ils créent un dommage aux personnes, par le décrochage des panneaux, ce qui rend l'immeuble impropre à sa destination.

6. Des désordres sont donc de nature décennale. Ils ont été constatés dans le délai de dix ans suivant la réception des travaux, même si l'expert a rendu son rapport bien au-delà de ce délai. La commune de Montauban a saisi le juge des référés avant le terme de la garantie décennale. Par suite sa requête est recevable.

7. L'expert a estimé que les désordres relèvent de la phase de conception (conception architecturale, études d'exécution, DET et AOR) et de la phase de réalisation (plans d'atelier et de chantier, méthode, fabrication et mise en œuvre). Il a estimé que les désordres sont imputables, en ce qui concerne l'absence de protection des têtes de chevron pour 30% au groupement de maîtrise d'œuvre et pour 70% à l'entreprise SMAC, et en ce qui concerne la part des fixations des panneaux de bardage pour 10% au groupement de maîtrise d'œuvre et 90% à l'entreprise SMAC. Il précise qu'il n'a pas trouvé au CCTP, ni dans aucun autre des documents qui lui ont été remis, de mention de protection des têtes de chevron, soit par capotage ou prolongement des coiffes.

8. Aux termes de l'article 3-1 " cotraitants " du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles, résultant du décret du 26 décembre 1978, applicable au marché : " Au sens du présent document, les titulaires sont considérés comme groupés et sont appelés "cotraitants" s'ils ont souscrit un acte d'engagement unique. / Les cotraitants sont soit solidaires, soit conjoints. / Les cotraitants sont solidaires lorsque chacun d'eux est engagé pour la totalité du marché et doit pallier une éventuelle défaillance de ses partenaires ; l'un d'entre eux, désigné dans l'acte d'engagement comme mandataire, représente l'ensemble des cotraitants vis-à-vis de la personne responsable du marché. / Les cotraitants sont conjoints lorsque chacun d'eux n'est engagé que pour la partie du marché qu'il exécute ; toutefois, l'un d'entre eux, désigné dans l'acte d'engagement comme mandataire, est solidaire de chacun des autres dans les obligations contractuelles de celui-ci à l'égard de la personne responsable du marché, jusqu'à la date où ces obligations prennent fin ; cette date est soit l'expiration de la garantie technique prévue à l'article 34, soit, à défaut de garantie technique, la date de prise d'effet de la réception des prestations. Le mandataire représente, jusqu'à la date ci-dessus, l'ensemble des cotraitants conjoints vis-à-vis de la personne responsable du marché pour exécution de ce dernier ".

9. Il résulte de l'instruction que la SARL W-Architectures était mandataire solidaire du groupement conjoint, qui comprenait M. A, économiste de la construction, le BETCE Ingenierie, bureau d'études techniques fluides, la SA Mahenc Salvagnac, bureau d'études structures techniques VRD, la SA IDE Ingenierie, consultant HQE.

10. La commune de Montauban a mis en cause la SARL W-Architectures, en sa qualité de mandataire solidaire. La SARL W-Architecture conteste cette mise en cause, en ce qui concerne un défaut de rédaction du CCTP, car, d'une part, l'acte d'engagement mentionne expressément qu'elle agit en qualité de mandataire solidaire du groupement conjoint, d'autre part la solidarité du mandataire avec le groupement conjoint a cessé à la réception des travaux le 1er juillet 2011 et enfin la rédaction des CCTP incombait à M. A, économiste de la construction.

11. S'il est exact que la commune de Montauban ne peut rechercher la responsabilité de la SARL W-Architecture, à raison des éventuelles insuffisances des CCTP, dès lors que la solidarité entre les membres du groupement a trouvé son terme avec la réception des travaux, il n'en reste pas moins que l'expert relève, de manière globale, un défaut de conception et en tout état de cause, la SARL W-Architecture ne conteste pas que les désordres résultant de la méthode de fixation des panneaux de bardage lui sont pour partie imputables. Il y a donc lieu de condamner solidairement la SARL W-Architecture et la société SMAC à payer à la commune de Montauban les sommes correspondant aux réparations.

12. Selon l'expert, dont les conclusions ne sont pas contestées, les travaux de réparation consistent à reprendre l'ensemble des panneaux, comprenant le changement du pare-pluie de l'ossature primaire et secondaire, et à protéger la tête des chevrons verticaux par capotage ou coiffe ainsi qu'un attachement particulier à la fixation entre pièces de bois. La nécessité de réaliser ces travaux n'est pas sérieusement contestée.

13. En revanche, les défendeurs font valoir que l'expert a cité deux devis, sans choisir l'un des deux. Néanmoins ces deux devis ne présentent pas de gros écart, l'un étant de 286 230 euros TTC et l'autre de 282 440 euros TTC. La SARL W-Architectures, certes à titre subsidiaire, a accepté ce second devis, qui n'étant pas sérieusement contesté, doit être retenu, TVA incluse, dès lors que la commune ne relève pas d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations.

14. La production de devis d'un architecte, pour la maîtrise d'œuvre, d'un contrôleur technique et d'une société pour la coordination SPS, ne suffit pas à justifier ces missions, alors que les travaux de reprise seront à la charge d'une seule entreprise et que l'expert n'a pas été consulté sur la nécessité de ces missions. Par suite, la demande de la commune que le coût des travaux soit majoré du coût de ces missions n'est pas non sérieusement contestable.

15. La commune justifie par la production des factures les travaux de mise en sécurité exécutés pour éviter la chute d'éléments du bardage. Le montant de 10 702,20 euros n'est pas sérieusement contestable.

16. Elle justifie également les frais d'assistance juridique pour sa représentation aux opérations d'expertise, pour un montant de 7 878 euros.

17. Rien ne fait obstacle à ce que les frais de l'expertise, taxés et liquidés à 3 969,24 euros soient couverts par une somme provisionnelle.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL W-Architectures et la société SMAC doivent être solidairement condamnées à payer à la commune de Montauban une somme provisionnelle de 304 989,44 euros, majorée de l'intérêt au taux légal à compter du 12 mars 2024, date d'enregistrement de la requête.

Sur les appels en garanties et la répartition des responsabilités entre constructeurs :

19. Compte tenu des éléments du rapport d'expertise et dès lors que la SARL W-Architectures n'a pas à assumer d'éventuelles fautes commises par les autres membres du groupement conjoint de maîtrise d'œuvre, la part de responsabilité de cette société et de la société SMAC, qui se présente comme spécialisée dans les travaux d'enveloppe des bâtiments, et a manifestement méconnu des règles de l'art, peut, de manière non sérieusement contestable, être fixée respectivement à 20% pour la première et 80% pour la seconde.

20. Par suite, la SARL W-Architectures doit être condamnée à garantir la société SMAC à hauteur de 20% des condamnations solidaires prononcées à son encontre et la société SMAC doit être condamnée à garantir la SARL W-Architecture à hauteur de 80% des condamnation solidaires prononcées à son encontre.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la SARL W-Architectures à l'encontre de la commune de Montauban :

21. La SARL W-Architecture soutient détenir à l'encontre de la commune de Montauban une créance de 4 113,78 euros, réclamée pour la dernière fois le 14 octobre 2016, et correspondant au solde du marché passé avec la commune de Montauban, pour la construction du groupe scolaire Jean Moulin. En tout état de cause, cette créance ne peut être regardée comme non sérieusement contestable, compte tenu de la prescription quadriennale opposée par la commune.

Sur les frais du litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Montauban, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, à verser à la SARL W-Architectures et à la société SMAC. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de condamner in solidum la SARL W-Architectures et la société SMAC à verser à la commune de Montauban une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La SARL W-Architectures et la société SMAC sont solidairement condamnées à payer à la commune de Montauban une somme provisionnelle de 304 989,44 euros, majorée de l'intérêt au taux légal à compter du 12 mars 2024.

Article 2 : La société SMAC est condamnée à garantir la SARL W-Architectures à hauteur de 80% des condamnations solidaires prononcées à leur encontre par la présente ordonnance. La SARL W-Architecture est condamnée à garantir la société SMAC à hauteur de 20% des condamnations solidaires prononcées à leur encontre.

Article 3 : La société SMAC et la SARL W-Architecture verseront globalement à la commune de Montauban une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Montauban, à la SARL W-Architectures et à la société SMAC.

Fait à Toulouse, le 14 juin 2024.

La juge des référés,

A. WOLF

La République mande et ordonne au préfet du Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation la greffière.

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