vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2401518 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mars 2024, M. C E et Mme D E, représentés par Me Durand, demandent à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge sans délai dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou s'ils n'étaient pas admis à l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que leur famille est en situation d'extrême vulnérabilité, en présence de deux enfants de 6 et 7 ans, et compte tenu de l'état de santé de Mme E ; malgré les appels répétés aux services du 115, aucune solution d'hébergement ne leur est proposée de sorte qu'ils sont toujours à la rue et sans ressources ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'au droit à l'hébergement d'urgence garanti par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Molina-Andréo, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E et Mme D E, ressortissants algériens nés respectivement les 28 janvier 1985 et 26 janvier 1977, sont entrés en France il y a quelques mois selon leurs déclarations, accompagnés de leurs deux enfants, B et A, âgés de 6 et 7 ans. Par la présente requête, ils demandent à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge sans délai dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence à statuer sur la demande de M. et Mme E, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
4. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
5. Pour justifier de l'urgence, les requérants font valoir que depuis leur arrivée en France, il y a quelques mois, ils sont contraints de vivre dans la rue alors que l'état de santé de Mme E, qui présente une pathologie respiratoire chronique, est incompatible avec une telle situation, que la famille est dans une situation de grande vulnérabilité en raison également de la présence de leurs enfants, âgés de 6 et 7 ans, qu'ils ont contacté, en vain, les services du 115 et que leur conseil a adressé au préfet de la Haute-Garonne, le 27 février 2024, une demande de prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence, restée sans réponse. Toutefois, ils n'établissent pas l'existence de circonstances justifiant de l'urgence qu'il y aurait d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de les prendre en charge sans délai, ainsi que leurs enfants, dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, et notamment que l'état de santé de Mme E, du fait de son asthme, serait particulièrement dégradé.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter l'intégralité de la requête de
M. et Mme E, y compris les conclusions relatives aux frais de l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : M. et Mme E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme E est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C E et Mme D E et à Me Durand.
Une copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Haute-Garonne.
Fait à Toulouse, le 15 mars 2024.
La juge des référés,
B. MOLINA-ANDREO
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
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