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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2401581

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2401581

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2401581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantVACARIE & DUVERNEUIL AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 mars 2024 et le 30 mars 2024, Mme C A, représentée par Me Clément, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 8 février 2024 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aveyron a suspendu son agrément d'assistante maternelle pour une durée maximale de quatre mois ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Aveyron de procéder au rétablissement immédiat de son agrément, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Aveyron la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

s'agissant de la condition tenant à l'urgence :

-exclusivement employée par des particuliers, personnes physiques, elle ne bénéficiera d'aucune indemnité compensatrice durant la période de suspension de son agrément, fixée à 4 mois par la décision contestée ;

-la décision de suspension d'agrément en litige entraine pour elle un arrêt immédiat de l'exercice de sa profession, les parents d'enfants accueillis ont été immédiatement informés et l'ensemble des enfants qui étaient placés sous sa garde et sa responsabilité lui ont été immédiatement retirés ;

-l'impossibilité d'exercer sa profession a pour conséquence la perte totale des revenus qu'elle en tire et occasionne une perte grave et immédiate des ressources de son foyer, le seul salaire de son mari étant insuffisant pour faire face aux charges fixes du ménage ;

-la décision en cause nuit gravement et sévèrement à sa réputation professionnelle ;

-elle occasionne également pour elle un préjudice moral ;

-aucun des contrats de travail avec les parents d'enfants qu'elle accueille n'ayant été rompu, elle ne peut bénéficier d'allocations de chômage ;

-l'intérêt public ne peut être pris en compte et défendu par le conseil départemental en l'absence en l'espèce d'éléments probants et concrets démontrant que la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants ne sont plus garantis ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-la décision litigieuse est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles ;

-cette décision est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;

-en s'abstenant d'informer sans délai la commission consultative paritaire départementale de l'édiction de ladite décision de suspension d'agrément, le président du conseil départemental a violé les dispositions de l'article R. 421-24 du code de l'action sociale et des familles ;

-la compétence du signataire de l'acte attaqué n'est pas établie ;

-la décision en litige est insuffisamment motivée au regard des exigences posées par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que celles de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le département de l'Aveyron, représenté par Me Duverneuil, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

-la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors que les charges fixes du couple peuvent être couvertes par le seul salaire du mari de la requérante, étant précisé que la période de suspension ne peut excéder 4 mois ;

-lorsque le contrat de travail est rompu, le parent employeur doit remettre à l'assistante maternelle une attestation destinée à France travail qui permet d'engager les démarches d'ouverture de droits ;

-la décision en cause a été prise à titre conservatoire de manière provisoire pour une durée limitée de quatre mois et n'a été portée qu'à la connaissance des représentants légaux des enfants accueillis à son domicile ;

-il existe un intérêt public tenant à la protection des enfants mineurs accueillis par Mme A ;

-et qu'aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2401388 enregistrée le 8 mars 2024 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 avril 2024, en présence de M. Subra de Bieusses, greffier d'audience :

-le rapport de M. B,

-les observations de Me Clément, représentant Mme A, qui a repris ses écritures,

-et les observations de Me Duverneuil, représentant le département de l'Aveyron, qui a repris ses écritures en ajoutant que l'intéressée a été informée le jour-même du contrôle inopiné des griefs et du risque de suspension de son agrément, indiquant par ailleurs qu'aucune publicité n'a été faite s'agissant de cette mesure.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A exerce depuis 2003 la profession d'assistante maternelle, à son domicile. L'agrément qu'elle s'est vu délivrer à cet effet a été renouvelé tacitement en août 2022 pour une durée de cinq ans. A la suite d'un contrôle inopiné en date du 7 février 2024, le président du conseil départemental de l'Aveyron a prononcé la suspension provisoire de cet agrément pour une durée maximale de quatre mois, à effet immédiat. Par la présente requête, l'intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.

4. Si Mme A soutient qu'il y a urgence à suspendre la décision en cause en faisant valoir qu'elle la prive de la possibilité d'exercer sa profession, la place dans une situation de précarité financière et qu'elle nuit gravement à sa réputation professionnelle et occasionne pour elle un préjudice moral, il ressort des pièces versées dans l'instance et des débats à l'audience, d'une part, que le salaire de son mari permet de couvrir les charges fixes du foyer, étant précisé qu'à la date de la présente ordonnance, cette décision cessera de produire des effets propres au plus tard dans les deux mois suivants, Mme A n'apportant au demeurant aucune indication sur l'état des éventuelles autres ressources financières du foyer, d'autre part, que ladite décision de suspension n'a fait l'objet d'aucune publicité particulière, de sorte que le préjudice de réputation n'est pas caractérisé, pas plus que le préjudice moral allégué. Par ailleurs, eu égard aux griefs relevés lors du contrôle inopiné du 7 février 2024 tels qu'ils ressortent du rapport établi le 15 février suivant, l'intérêt public tenant à la protection des enfants mineurs accueillis par Mme A et justifiant que la décision litigieuse continue à produire ses effets peut en l'espèce être retenu. Dans ces circonstances, et en l'état de l'instruction, la condition d'urgence permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme A tendant à la suspension de l'exécution de cette décision et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Aveyron, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le département de l'Aveyron, au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : les conclusions du département de l'Aveyron présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au département de l'Aveyron.

Fait à Toulouse, le 5 avril 2024.

Le juge des référés,

B. B

Le greffier,

F. SUBRA DE BIEUSSES

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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