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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2401590

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2401590

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2401590
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrée les 18 et 20 mars 2024, M. A B, représenté par Me Galinon, demande à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 février 2024 en tant que, par cet arrêté, le préfet de la Haute-Garonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de le libérer du centre de rétention administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou s'il n'était pas admis à l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est recevable à agir sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que postérieurement à l'arrêté du 15 février 2024 qu'il n'a pas contesté, le préfet de l'Isère lui a délivré le 19 février 2024, un récépissé de demande de titre de séjour, ce qui constitue un changement dans les circonstances de droit et de fait ; un vol est prévu le 23 mars 2024 en direction de la Côte d'Ivoire ;

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que par arrêté du préfet de l'Isère du 10 mars 2024 il a été placé en rétention administrative, que ce placement a été prolongé par ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse par ordonnance du 12 mars 2024 confirmée par ordonnance de la cour d'appel de Toulouse du 14 mars 2024, et qu'il est ainsi exposé à la mise à exécution imminente de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit à une vie privée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Molina-Andréo, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 15 février 2024, le préfet de l'Isère a rejeté la demande de titre de séjour de M. A B, ressortissant ivoirien né le 3 octobre 2002, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé son pays de destination. Par un arrêté du 10 mars 2024, le préfet de l'Isère a placé M. B en rétention administrative en vue de son éloignement vers la Côte d'Ivoire. Ce placement a été prolongé pour une durée de vingt-huit jours par une ordonnance du 12 mars 2024 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Toulouse, confirmée par une ordonnance du 14 mars 2024 de la cour d'appel de Toulouse. Par la présente requête, M. B, qui n'a pas contesté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Isère du 15 février 2024 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'enjoindre au préfet de le libérer du centre de rétention administrative.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Eu égard à son office, qui consiste à assurer la sauvegarde des libertés fondamentales, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre, en cas d'urgence, toutes les mesures qui sont de nature à remédier à bref délai aux effets résultant d'une atteinte grave et manifestement illégale portée, par une autorité administrative, à une liberté fondamentale.

4. Toutefois, la procédure spéciale mise en place par l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France pour contester une obligation de quitter le territoire français non assortie d'un délai de départ volontaire présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elle est par suite exclusive. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

5. En l'espèce, M. B a, par un arrêté du 15 février 2024 du préfet de l'Isère, fait l'objet, en application du 5° de l'article L. 612-3 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français sans délai. Cet arrêté a été notifié à l'intéressé le même jour à 17 heures 15, avec la mention des voies et délais de recours. Le requérant n'a pas saisi le juge de l'éloignement de la légalité de cette mesure dans le cadre de la procédure particulière et des délais impartis par l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour justifier de l'existence de circonstances de droit ou de fait nouvelles depuis l'arrêté du 15 février 2024 qui serait de nature à justifier la recevabilité d'une procédure en référé-liberté, il soutient qu'il a déposé une nouvelle demande de titre de séjour qui a donné lieu, le 19 février 2024, à la délivrance par le préfet de l'Isère d'un récépissé de demande de carte de séjour, valable jusqu'au 18 mai 2024 et qu'un vol est prévu le 23 mars 2024 en direction de la Côte d'Ivoire. Toutefois, ces circonstances ne constituent pas un changement dans les circonstances de fait ou de droit qui serait intervenu postérieurement à la mesure d'éloignement du 15 février 2024, et qui établirait que les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution de celle-ci emportent des effets qui excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution. Par suite, M. B n'est pas recevable à discuter de cette décision devant la juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, qu'il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête de M. B en toutes ses conclusions, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Galinon.

Une copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Isère.

Fait à Toulouse, le 20 mars 2024.

La juge des référés,

B. MOLINA-ANDRÉO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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