lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2401873 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BENHAMIDA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mars et 18 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Benhamida, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 avril 2023 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, ensemble la décision du 1er août 2023 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- la décision du 1er août 2023 portant rejet de son recours gracieux n'est pas motivée ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreur de fait, le préfet ayant mentionné à tort que ses enfants avaient toujours vécu en Espagne ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle justifie résider en France depuis le mois de juin 2017 et justifie d'une insertion exemplaire ;
- elles méconnaissent l'intérêt supérieur de ses enfants garanti par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante nigériane, déclare être entrée sur le territoire français le 20 juillet 2006. Elle a sollicité, le 24 mars 2022, son admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 27 avril 2023, le préfet de la Haute-Garonne, qui a étudié sa demande au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Mme B a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision que le préfet de la Haute-Garonne a rejeté le 1er août 2023. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision du 1er août 2023 et de son défaut de motivation doivent être écartés comme étant inopérants.
3. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023 publié le 15 mars 2023 au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-096, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, et notamment pour signer les décisions de refus d'admission au séjour, les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de refus de séjour doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de Mme B. Par ailleurs, il ressort de la demande de titre de séjour de Mme B que celle-ci a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre la vie privée et familiale. Le préfet a bien procédé à l'examen de la demande de titre de séjour au regard du fondement invoqué par la requérante dans sa demande. Mme B n'est ainsi pas fondée à soutenir qu'en s'abstenant d'examiner si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de membre de famille d'un ressortissant européen, qu'elle n'avait pas invoqué dans sa demande, le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation. En outre, il ne ressort pas des motifs de la décision que le préfet a considéré que les enfants de la requérante avaient toujours vécu en Espagne. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle, de l'erreur de droit et de l'erreur de fait doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Mme B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France depuis 2017, de la présence de ses deux enfants, nés en 2013 en Espagne et en 2017 en France, et de son intégration. Toutefois, à supposer que l'intéressée justifie de sa présence habituelle sur le territoire français depuis 2017, les pièces produites à cet égard et notamment deux attestations de l'association Promotion Initiatives Autonomes des femmes (APIAF), des certificats de scolarité de ses deux enfants et des justificatifs d'ouvrages empruntés à la bibliothèque de Toulouse étant peu probantes pour la période entre juillet 2020 et juin 2021, la seule durée de séjour en France ne saurait suffire à caractériser une circonstance exceptionnelle. En outre, elle ne dispose pas d'attaches familiales en France en dehors de ses enfants mineurs qui ont vocation à la suivre. Sa fille est, par ailleurs, titulaire d'un titre de séjour longue durée espagnol valable jusqu'au 29 novembre 2024. Mme B ne saurait, par ailleurs, utilement se prévaloir des violences conjugales qu'elle aurait subies alors qu'elle était enceinte de son deuxième enfant de la part de son ex-compagnon qui réside en Espagne et dont elle est séparée depuis juin 2017. Par ailleurs, la seule production d'une promesse d'embauche du 31 mai 2023 de l'association Intermédiaire Inter'em ne saurait caractériser, à elle seule, un motif exceptionnel d'admission au séjour sur le fondement des dispositions précitées. S'il ressort des pièces du dossier qu'elle participe à la vie associative du Secours Catholique et qu'elle est investie dans l'apprentissage de la langue française depuis 2019, ces éléments ne suffisent pas à considérer qu'elle justifie d'une intégration particulière et qu'elle a fixé le centre de ses intérêts sur le territoire national. Dans ces conditions, en estimant que la demande d'admission exceptionnelle au séjour de Mme B ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels, la naissance en France de son dernier enfant ne constituant pas un tel motif, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que la décision n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de la requérante.
9. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Dès lors que la décision en litige n'a pas pour effet de séparer les enfants de leur mère ni de faire obstacle à la poursuite de leur scolarité dans un autre pays, la circonstance que les enfants de Mme B sont scolarisés en France ne suffit pas à établir que la décision en litige a été prise en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation de la décision du 27 avril 2023, ensemble la décision rejetant son recours gracieux, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Benhamida et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Carotenuto, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Mérard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. CAROTENUTO
La première assesseure,
N. SODDULa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026