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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402081

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402081

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402081
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHAMBARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 avril 2024 et des pièces et un mémoire, enregistrés le

9 avril 2024 et le 10 avril 2024, M. A B, représenté par Me Chambaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2024 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, car elle ne pouvait être fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français du 14 octobre 2019, qui a été abrogé par la délivrance, le 19 août 2022, d'un récépissé de demande de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de l'Hérault a produit des pièces enregistrées le 9 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Chambaret, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Chambaret doit être regardé comme invoquant un nouveau moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un an, compte tenu notamment de ce que l'intéressé a présenté un recours toujours pendant devant la cour administrative d'appel de Toulouse contre la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et de ce qu'il présente des circonstances humanitaires.

Me Chambaret produit une nouvelle pièce à l'audience, soit une copie d'un jugement du tribunal de grande instance de Montpellier du 17 janvier 2013 sur l'exercice de l'autorité parentale et la fixation de la résidence du fils de la compagne du requérant,

- les observations de M. B, assisté de M. C D, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 2 janvier 1979 à Chahda Ouest (Tunisie), déclare être entré en France en 2004. Il a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié le

4 mai 2022. Par un arrêté du 27 décembre 2022, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montpellier du 13 juillet 2023, le préfet de l'Hérault refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de

trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un arrêté du 6 avril 2024, la même autorité l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les conditions d'entrée en France de M. B ainsi que sa situation personnelle et familiale, notamment sa relation avec sa compagne depuis novembre 2023. Par conséquent, la décision est suffisamment motivée. Le moyen invoqué à cet égard doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de gendarmerie le 6 avril 2024 et qu'il a été mis à même de présenter, à cette occasion, de manière utile et effective, ses observations sur les conditions de son séjour, sur sa situation personnelle et familiale, sur sa situation administrative, sur ses moyens de subsistance et sur la perspective d'un éloignement éventuel à destination de son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français et les décisions l'assortissant seraient intervenues en méconnaissance du droit d'être entendu protégé par les principes généraux du droit de l'Union européenne. Le moyen invoqué à cet égard doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (.. ;) ".

6. Il ne ressort d'aucune mention de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas vérifié le droit au séjour de l'intéressé au regard des critères de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

7. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit compte tenu de ce qu'elle ne peut être fondée sur une précédente mesure d'éloignement du 14 octobre 2019 implicitement abrogée par la délivrance d'un récépissé de titre de séjour le 19 août 2022. Cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision en litige, qui est fondée sur le refus de titre de séjour opposé à l'intéressé par une décision du préfet de l'Hérault du 27 décembre 2022, dont la légalité a été du reste confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montpellier du 13 juillet 2023. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. En l'espèce, si M. B soutient être présent en France depuis 2004, il ne justifie pas d'une présence continue sur le territoire national depuis cette date, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'a sollicité une première demande de titre de séjour en qualité de salarié que le 4 mai 2022 et que cette demande a été refusée par une décision du préfet de l'Hérault du

27 décembre 2022 assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de

trente jours et d'une décision fixant le pays de renvoi du même jour. A cet égard, il résulte de ce qui a été dit au point 1 du présent jugement que la légalité de ces décisions a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montpellier du 13 juillet 2023. Si l'intéressé se prévaut de sa relation avec sa compagne de nationalité française et de leur futur mariage dont la célébration est prévue le 18 avril 2024 à la mairie de Montpellier, cette relation, qui n'a débuté qu'en novembre 2023, n'est pas suffisamment ancienne et stable. Si M. B soutient que son père âgé de quatre-vingt-quatre ans et bénéficiaire d'une carte de résident valable jusqu'au

24 février 2024 dont il a demandé le renouvellement, est en perte d'autonomie et nécessite sa présence, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait bénéficier à la date de la décision en litige d'une aide d'une tierce personne, et notamment de celle de son autre fils dont le requérant se prévaut également de la présence en France. En outre, si M. B justifie d'une activité salariée dans le secteur du bâtiment entre août 2019 et septembre 2022, ainsi qu'en décembre 2023, cet élément ne suffit pas à établir qu'il bénéficierait d'une intégration professionnelle particulière en France. Enfin, si M. B fait valoir qu'il bénéficie d'un traitement médical, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une absence de prise en charge aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait pas, le cas échéant, bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine, alors qu'il n'a du reste pas sollicité de titre de séjour en raison de son état de santé. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision litigieuse a été prise. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux adoptés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une méconnaissance du droit d'être entendu de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, il ne résulte ni de la motivation de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant, notamment au regard des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen soulevé sur ce point doit être écarté.

12. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu. Dès lors, le moyen doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et, aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. B ne justifie ni d'une présence ancienne et continue, ni de liens stables et anciens sur le territoire français, et qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement. Dans ces conditions, au regard de ces éléments, et en l'absence de circonstances humanitaires, le préfet de l'Hérault n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en prononçant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, le moyen invoqué sur ce point doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être également écarté.

16. Il résulte de ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 6 avril 2024.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme réclamée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault et à Me Chambaret.

Lu en audience publique le 10 avril 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

A. ROUZET La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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