vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2402187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | HERRMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 10 avril 2024 et le 28 avril 2024, la société Gazechim, représentée par Me Bauman, demande au juge des référés :
1°) à titre principal, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler la procédure d'attribution de l'accord-cadre objet de la consultation n° 2024-SEA001 lancée par la communauté d'agglomération du Grand Cahors et d'enjoindre à celle-ci de procéder au réexamen des offres ;
2°) à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où serait retenue pour la communauté d'agglomération du Grand Cahors la qualification d'entité adjudicatrice pour la passation du contrat litigieux et non pas de pouvoir adjudicateur, de suspendre la procédure de passation et d'enjoindre à celle-ci, si elle entend conclure le contrat, de reprendre cette procédure depuis son lancement dans le respect des dispositions légales et réglementaires en vigueur ;
3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Cahors la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
-l'offre retenue était irrégulière et aurait de ce fait dû être écartée ;
-en s'abstenant d'écarter l'offre irrégulière déposée par la société Soderec conformément aux articles L. 2152-1 et L. 2152-2 du code de la commande publique, la communauté d'agglomération du Grand Cahors a méconnu l'obligation de mise en concurrence et le principe d'égalité de traitement.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, la communauté d'agglomération du Grand Cahors, représentée par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société Gazechim la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
-à titre principal, les conclusions présentées par la société requérante sur le fondement des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative sont irrecevables dès lors que, en réalité, la consultation en cause doit être regardée comme ayant été engagée en sa qualité d'entité adjudicatrice, dès lors qu'elle exerce une activité d'opérateur de réseaux, et non pas de celle de pouvoir adjudicateur ;
-à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 25 avril 2024, la société Soderec a présenté des observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 528/2012 du Parlement européen et du Conseil du 22 mai 2012 ;
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué M. B, en application des articles L. 551-1 et L. 551-5 du code de justice administrative, pour statuer sur les référés précontractuels.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 avril 2024, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :
-le rapport de M. B,
-les observations de Me Lucas, représentant la société Gazechim, qui a tout d'abord contesté le critère matériel qui permettrait de regarder la communauté d'agglomération du Grand Cahors comme ayant la qualité d'entité adjudicatrice, et qui a repris ses écritures, en insistant particulièrement sur le fait que, au jour de l'attribution du marché en cause, la société Soderec n'était pas titulaire d'une autorisation pour l'usage du produit biocide à base de chlore TP 02 faute pour elle d'avoir déposé sa demande d'autorisation de mise sur le marché antérieurement au 1er janvier 2019, ajoutant que l'article 89.3 du règlement (UE) n° 528/2012 ne permet pas d'utiliser le vecteur du TP 11 pour contourner cette forclusion, affirmant enfin qu'en tout état de cause, le produit biocide Avanéo de la société Soderec ne figure pas dans la base " ECHA ",
-les observations de Me Herrmann, représentant la communauté d'agglomération du Grand Cahors, qui a repris ses écritures, rappelant que l'offre retenue respecte les exigences du cahier des clauses particulières en matière de normes EN concernant les produits chimiques et ajoutant que la question de l'autorisation de mise sur le marché du produit biocide TP 02 pourrait être regardée comme étant inopérante, indiquant enfin que le lien entre les produits biocides TP 02 et TP 11, qui ont fait l'objet d'une demande d'autorisation de mise sur le marché conjointe, permet de s'affranchir de la date du 1er janvier 2019 dans la mesure où le TP 11 n'est pas encore évalué et bénéficie d'un régime transitoire, la date la plus tardive l'emportant,
-et les observations de M. A, représentant la société Soderec.
La clôture de l'instruction a été différée au 2 mai 2024.
Par un mémoire enregistré le 2 mai 2024, la communauté d'agglomération du Grand Cahors maintient ses écritures.
Elle fait en outre valoir que la société requérante entend en réalité, par l'argumentaire qu'elle développe, amener le juge à porter une appréciation sur les mérites respectives des offres.
Considérant ce qui suit :
Sur la recevabilité de la requête :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 1212-1 du code de la commande publique : " Les entités adjudicatrices sont : 1° Les pouvoirs adjudicateurs qui exercent une des activités d'opérateur de réseaux définies aux articles L. 1212-3 et L. 1212-4 ; () ". Aux termes de l'article L. 1212-3 du même code : " Sont des activités d'opérateur de réseaux : () / 1° La mise à disposition, l'exploitation ou l'alimentation de réseaux fixes destinés à fournir un service au public dans le domaine de la production, du transport ou de la distribution : ( / c) d'eau potable. () ".
2. Il ressort des pièces versées dans l'instance que la communauté d'agglomération du Grand Cahors dispose de la compétence obligatoire en matière d'eau et assainissement depuis le 1er janvier 2020, compétence incluant notamment l'élaboration du schéma de distribution, la protection des points de prélèvement, la production par captage ou pompage, le traitement, le transport, le stockage et la distribution d'eau destinée à la consommation humaine.
3. Par ailleurs, il ressort des énonciations de l'avis de publicité du marché en litige, qui a pour objet l'achat et la livraison de chlore gazeux pour le traitement de l'eau, que ce chlore gazeux servira, outre au traitement des piscines publiques, " à la désinfection de l'eau potable en vue de son transport " et il n'est pas contesté par la société requérante que ce second usage constitue la principale prestation attendue du marché. La communauté d'agglomération du Grand Cahors doit dès lors être regardée comme ayant agi, pour mettre en œuvre la procédure de passation de ce marché, dans le cadre de l'exercice de son activité d'opérateur de réseaux et, par suite, en qualité d'entité adjudicatrice au sens de l'article L. 1212-1 précité du code de la commande publique. Le juge du référé précontractuel ne peut, dans ces conditions, être saisi que sur le fondement des articles L. 551-5 et suivants du code de justice administrative. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation de cette procédure, présentées par la société Gazechim sur le fondement des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative, lesquels ne trouvent à s'appliquer qu'aux pouvoirs adjudicateurs, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
4. D'autre part, les demandes formées devant le juge du référé précontractuel sur le fondement des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles analogues à celles formées sur le fondement des articles L. 551-5 et suivants et n'ont trait qu'à l'office du juge du référé précontractuel selon que le contrat en cause est passé par un pouvoir adjudicateur ou une entité adjudicatrice. Les conclusions subsidiaires présentées en cours d'instance par la société Gazechim sur le fondement de ces dernières dispositions sont dirigées en l'espèce contre la même procédure de passation que celle que visent ses conclusions initiales, et la société requérante n'articule au soutien de ces conclusions additionnelles aucun nouveau moyen, lesdites conclusions subsidiaires ne pouvant dans ces conditions être regardées comme soulevant un litige distinct. Il y a dès lors lieu, en tout état de cause dans l'intérêt d'une bonne justice, d'écarter l'exception d'irrecevabilité de ces conclusions subsidiaires opposée par la communauté d'agglomération du Grand Cahors.
Sur les conclusions subsidiaires présentées sur le fondement des articles L. 551-5 et suivants du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 551-5 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les entités adjudicatrices de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Aux termes de l'article L. 551-6 du même code : " Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations en lui fixant un délai à cette fin. Il peut lui enjoindre de suspendre l'exécution de toute décision se rapportant à la passation du contrat ou à la constitution de la société d'économie mixte à opération unique. Il peut, en outre, prononcer une astreinte provisoire courant à l'expiration des délais impartis. () ". Aux termes de l'article L. 551-7 de ce code : " Le juge peut toutefois, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, écarter les mesures énoncées au premier alinéa de l'article L. 551-6 lorsque leurs conséquences négatives pourraient l'emporter sur leurs avantages. ". Et selon les termes de l'article L. 551-10 dudit code : " Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat () et qui sont susceptibles d'être lésées par le manquement invoqué () ".
6. Il appartient au juge du référé précontractuel de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte, en avantageant une entreprise concurrente.
7. En l'espèce, la société Gazechim soutient essentiellement que l'offre déposée par la société Soderec dans le cadre de la consultation engagée par la communauté d'agglomération du Grand Cahors ayant pour objet l'achat et la livraison de chlore gazeux pour le traitement de l'eau, d'une part pour la désinfection de l'eau potable en vue de son transport, d'autre part, pour le traitement des piscines publiques, était irrégulière au motif que, pour son produit Evaneo, produit biocide à base de chlore, cette société n'était pas titulaire d'une autorisation pour l'usage TP 02, en méconnaissance de l'article 17 du le règlement (UE) n° 528/2012, faute pour elle d'avoir déposé sa demande d'autorisation de mise sur le marché antérieurement au 1er janvier 2019, dernière " date d'approbation " des substances actives le composant tel qu'exigé par l'article 89 dudit règlement dérogeant à son article 17. Il résulte toutefois de l'instruction que le produit Evaneo respecte les exigences fixées dans le cahier des clauses particulières de la consultation en cause, notamment la norme NF EN 937 " Produits chimiques utilisés pour le traitement de l'eau destinée à la consommation humaine " et il n'est pas contesté par la société requérante qu'il ne serait pas conforme aux exigences du code de la santé publique. Dans ces conditions, l'offre de la société Soderec ne pouvait être regardée comme étant irrégulière et la communauté d'agglomération du Grand Cahors n'aurait pu légalement la rejeter pour ce motif.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la société Gazechim sur le fondement de l'article L. 551-6 du code de la commande publique.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge la communauté d'agglomération du Grand Cahors, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Gazechim demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Gazechim une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération du Grand Cahors et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Gazechim est rejetée.
Article 2 : La société Gazechim versera à la communauté d'agglomération du Grand Cahors une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Gazechim, à la communauté d'agglomération du Grand Cahors et à la société Soderec.
Fait à Toulouse, le 3 mai 2024.
Le juge des référés,
B. B
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne à la préfète du Lot en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026