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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402210

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402210

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 11 avril 2024, sous le n° 2402210, Mme A F, représentée par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

4°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation.

Le préfet du Tarn-et-Garonne a produit des pièces enregistrées le 23 mai 2024.

II. Par une requête enregistrée le 11 avril 2024, sous le n° 2402211 M. B C, représenté par Me Brel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

4°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation.

Le préfet de Tarn-et-Garonne a produit des pièces enregistrées le 23 mai 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Fiblec,

- les observations de Me Soulas, substituant Me Brel, représentant M. C et Mme F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. C et Mme F, assistés de Mme E, interprète en anglais, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de Tarn-et-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction des dossiers susvisés a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme F ressortissants nigérians, nés respectivement le

21 décembre 1984 à Agbor (Nigéria) et le 18 décembre 1997 à Bénin City (Nigéria)

déclarent être entrés sur le territoire français le 18 octobre 2022 et ont sollicité leur admission au bénéfice de l'asile 18 novembre 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande d'asile le 3 février 2023. Par des décisions du 21 août 2023, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ces rejets. Par des arrêtés du 18 mars 2024, le préfet de Tarn-et-Garonne a obligé les intéressés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et les a interdits de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les requêtes susvisées n°2402210 et n°2402211 concernent les deux membres d'un couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des pièces des dossiers que M. C et Mme F, dont les demandes d'asiles ont été rejetées par la Cour nationale du droit d'asile le 21 août 2023, ne justifient plus d'un droit au maintien sur le territoire français en application des dispositions combinées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 542-1 du même code. Cependant, les requérants produisent à l'instance, l'attestation de demande d'asile de leur fille établie le 15 septembre 2023 et valable jusqu'au 14 juillet 2024, sur laquelle Mme F apparaît comme sa représentante légale, la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 janvier 2024 rejetant la demande d'asile de leur fille, ainsi que la requête aux fins d'annulation de cette décision en date du 6 mars 2024. Par suite, alors que les arrêtés en litige ne font pas mention de leur fille et qu'il ne ressort pas des pièces des dossiers que la demande d'asile de cette dernière aurait été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, et compte tenu de ce que cet élément est susceptible d'avoir des conséquences sur la situation administrative des intéressés, le préfet de Tarn-et-Garonne, qui ne produit aucune pièce à cet égard, a nécessairement entaché ses décisions d'un défaut d'examen de la situation de M. C et Mme F. Dès lors, les moyens soulevés sur ce point doivent être accueillis.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués, que M. C et Mme F sont fondés à demander l'annulation des décisions du préfet de Tarn-et-Garonne du 18 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français, et par voie de conséquence, des décisions du même jour leur accordant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et les interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. D'une part, les annulations prononcées par le présent jugement implique que le préfet de Tarn-et-Garonne procède au réexamen de la situation administrative de M. C et Mme F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et qu'il les munisse, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription. () ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'annulation des interdictions de retour prises à l'encontre des requérants implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de ces décisions. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement de ces signalements à compter de la date de notification de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

9. Sous réserve de l'admission définitive de M. C et Mme F à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Brel à percevoir la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Brel la somme globale de 1 800 euros au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme globale de 1 800 euros leur sera directement versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. C et Mme F sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de Tarn-et-Garonne du 18 mars 2024 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Tarn-et-Garonne de procéder au réexamen des situations administratives de M. C et Mme F dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en les munissant, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de Tarn-et-Garonne de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission de M. C et Mme F dans le système d'information Schengen à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C et de Mme F à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Brel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Brel la somme globale de 1 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants, la somme gloable de 1 800 euros leur sera directement versée.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A F, à Me Brel et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le magistrat désigné,

B. LE FIBLEC Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 2402210, 2402211

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