mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2402395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DIALEKTIK AVOCATS AARPI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2024, le préfet de la Haute-Garonne demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme A D et M. F C du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) de Toulouse géré par la société d'économie mixte Adoma, situé 37 chemin des Pradettes à Toulouse ;
2°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CADA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme D et M. C, à défaut pour eux de les avoir emportés.
Il expose que :
-le juge administratif est compétent pour prononcer une telle mesure en vertu des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les intéressés occupent irrégulièrement un lieu d'hébergement entrant dans le champ de ces dispositions ;
-il a qualité pour introduire la présente requête en vertu des dispositions de l'article L. 552-15 du code précité dès lors qu'une décision de sortie a été adressée aux intéressés par l'OFII et qu'il lui appartient de décider au nom de l'Etat des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation indue d'un lieu d'hébergement ;
-la condition tenant à l'urgence et celle tenant à l'utilité de la mesure sollicitée sont satisfaites en ce que le maintien des intéressés dans le logement fait obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants et au bon fonctionnement du service public de l'hébergement des demandeurs d'asile, ne permettant pas à ce dernier d'assurer l'objectif d'égal accès à ses usagers, ce dans un contexte de très forte augmentation du nombre de demandeurs d'asile devant être localement accueillis ;
-aucune contestation sérieuse ne saurait être opposée à la mesure sollicitée.
La requête a été notifiée par voie administrative à Mme D et à M. C qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mai 2024, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :
-le rapport de M. B,
-et les observations de Me Bachet, représentant Mme D et M. C, qui fait notamment état de ce que, par jugement n°s 2307736, 2307738 du 7 mars2024, le tribunal administratif de Toulouse a annulé les décisions fixant le pays de renvoi qui assortissaient les décisions du 27 novembre 2023 du préfet de la Haute-Garonne prises à leur encontre portant obligation de quitter le territoire français, circonstance nouvelle qui justifie le réexamen de leur demande d'asile ainsi que leur maintien au sein du CADA.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ayant présenté une demande d'asile, Mme D et M. C, de nationalité géorgienne, se sont vu octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil durant l'examen de cette demande, lesquelles comprennent un hébergement au sein E où ils ont été pris en charge à compter du 2 févier 2023, après avoir signé un contrat de séjour ainsi qu'un règlement de fonctionnement avec le CADA, indiquant que leur prise en charge au titre de l'hébergement n'est que temporaire et prendra fin, en cas de rejet définitif de leur demande d'asile, dans un délai d'un mois. Leur demande d'asile a été définitivement rejetée suite à la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile en date du 18 décembre 2023. En application des dispositions précitées des articles L. 542-1 et L. 551-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils ne bénéficient plus du droit de se maintenir sur le territoire national et leur hébergement en qualité de demandeurs a pris fin le 31 décembre 2023. Par lettre du 12 janvier 2024, remise en main propre le 25 janvier 2024, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, agissant sur le fondement de l'article L. 552-14 précité, a informé les intéressés que, leur demande d'asile ayant été définitivement rejetée par la décision de la Cour nationale du droit d'asile notifiée le 18 décembre 2023, ils étaient autorisés à se maintenir dans le logement du CADA jusqu'au 31 janvier 2024 mais qu'il leur appartenait de prendre toutes dispositions utiles pour quitter les lieux avant cette date. Le 9 février 2024, un courrier de rappel de décision de sortie de l'OFII leur a été remis en main propre. Par lettre du même jour, le directeur hébergement adjoint E université a informé le préfet de la Haute-Garonne que Mme D et M. C se maintenaient indûment dans le logement et lui a demandé de mettre en œuvre la procédure d'expulsion en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un courrier LRAR daté du 19 février 2024, le préfet a mis en demeure Mme D et M. C de quitter le CADA dans un délai de 15 jours. Cette mise en demeure étant restée infructueuse, le préfet demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme D et M. C E situé 37 chemin des Pradettes à Toulouse.
2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code. ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Aux termes de l'article R. 552-15 de ce même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; / 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. "
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. () ". Aux termes de l'article L. 551-11 de ce code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Aux termes de l'article L. 552-14 dudit code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Lors de l'audience publique, à laquelle le préfet de la Haute-Garonne n'était ni présent, ni représenté, Mme D et M. C ont fait valoir, par l'intermédiaire de leur conseil, que, par jugement n°s 2307736, 2307738 du 7 mars2024, le tribunal administratif de Toulouse a annulé les décisions fixant le pays de renvoi qui assortissaient les décisions du 27 novembre 2023 du préfet de la Haute-Garonne prises à leur encontre portant obligation de quitter le territoire français et que cette circonstance nouvelle justifie le réexamen de leur demande d'asile ainsi que leur maintien au sein du CADA. Pour annuler ces décisions, le magistrat désigné du tribunal s'est fondé sur des éléments qu'ils ont produits postérieurement à la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile en retenant le motif suivant : " Les requérants soutiennent que les décisions contestées portent atteinte à leur droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants contraires aux stipulations et dispositions citées au point précédent. Ils font valoir qu'en raison des fonctions d'archimandrite qu'occupait M. C au sein l'Eglise orthodoxe de Géorgie et qui impliquait son appartenance à un ordre monastique, il lui était interdit de se marier et de fonder une famille, mais qu'il a rencontré Mme D, avec laquelle il s'est marié religieusement en 2019 et dont il a eu deux enfants. Ils soutiennent que M. C a été suspendu le 7 octobre 2021 de ses fonctions par sa hiérarchie, qui l'a contraint, pour expier, à se rendre dans un monastère et qui lui a annoncé que Mme D et leur fille seraient envoyées dans un asile. Ils font valoir que M. C a été agressé, la semaine suivante, en octobre 2021, par un autre archimandrite, que d'autres prêtres rigoristes souhaitaient la mort du requérant, que leur couple a subi du harcèlement quand leur situation a été révélée publiquement et qu'ils n'ont pu bénéficier ni de la protection de leurs familles respectives, ni de celle des autorités. En l'espèce, les intéressés produisent, à l'appui de leurs allégations, les documents permettant d'établir le statut d'archimandrite du requérant au sein de l'Eglise géorgienne, son curriculum vitae, la décision du 7 octobre 2021 par laquelle sa hiérarchie l'a suspendu de ses fonctions, un bulletin d'hospitalisation du 16 octobre 2021 faisant état de blessures subies par l'intéressé à la suite de violences physiques ainsi que plusieurs attestations de témoins, et notamment d'archimandrites, datés du mois de novembre 2023, qui relatent l'agression que M. C aurait subie le 14 octobre 2021 et qui évoquent, de manière suffisamment précise et circonstanciée, le risque de mort invoqué par les requérants, pour eux-mêmes et leurs enfants, en cas de retour en Géorgie. Il résulte de ce qui précède que ces documents, dont les dates portées sur les originaux correspondent aux faits allégués et dont il apparait qu'une partie des traductions a été réalisée par une experte traductrice près la Cour d'appel de Montpellier postérieurement aux décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile, doivent être regardés comme permettant aux intéressés d'établir qu'ils encourent des risques certains, actuels et personnels en cas de retour en Géorgie. Par conséquent, en désignant la Géorgie comme pays de renvoi, les arrêtés attaqués ont méconnu les stipulations et dispositions précitées. "
6. Ainsi que le soutiennent les requérants, cette circonstance nouvelle apparaît de nature à justifier le réexamen de leur demande d'asile, et doit être regardée comme une contestation sérieuse faisant obstacle à ce que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. En conséquence, il y a lieu de rejeter la requête du préfet de la Haute-Garonne.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du préfet de la Haute-Garonne est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Haute-Garonne, à Mme A D et à M. F C.
Fait à Toulouse, le 7 mai 2024.
Le juge des référés,
B. B
La greffière,
P. TUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière en chef,
ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026