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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2402994

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2402994

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2402994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, Mme C E épouse A, représentée par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de conjointe d'un ressortissant français ou au titre de l'admission exceptionnelle au séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ratione temporis ;

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- le préfet indique, à tort, que le visa de long séjour requis devait " lui être délivré par les autorités consulaires compétentes dans les meilleurs délais " ;

- l'arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- cette décision est illégale dès lors qu'elle peut bénéficier d'une carte de séjour temporaire ;

- la décision fixant le pays de destination est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- les décisions de refus de séjour et fixant le pays de renvoi méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse A, de nationalité brésilienne née le 7 mai 1994, est entrée régulièrement en France le 26 janvier 2023, sous couvert d'un passeport brésilien en cours de validité. Le 8 mai 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Par l'arrêté contesté du 24 novembre 2023, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, publié le 15 mars suivant au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2023-099 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions défavorables au séjour, les décisions d'éloignement du territoire français, ainsi que celles qui les assortissent. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu au sens de la jurisprudence de la Cour de justice fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. L'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour ne saurait ignorer, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, qu'il pourra, en cas de refus, faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il est, par ailleurs, conduit à l'occasion du dépôt de sa demande, qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle en préfecture, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il est également loisible à l'étranger, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire ou élément nouveau. Le droit de l'intéressée d'être entendue avant que n'intervienne le refus de titre de séjour est ainsi assuré par la procédure prévue et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'espèce, Mme E épouse A n'aurait pas eu, au cours de l'instruction de sa demande, la possibilité de faire état de tous les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle et susceptibles d'influer sur le sens de la décision se prononçant sur cette demande. En particulier, elle n'établit pas avoir sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ou avoir été empêchée de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des mentions de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Et aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

7. Il n'est pas contesté que la requérante, qui a sollicité l'octroi d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français, ne disposait pas du visa de long séjour requis par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors que Mme E épouse A ne s'est pas mariée en France, elle ne peut se prévaloir, à supposer qu'elle entende le faire, de la méconnaissance de l'article L. 423-2 du même code. Dans ces conditions, la requérante ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer, de plein droit, un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français. La circonstance que le préfet a indiqué que le visa de long séjour requis devait " lui être délivré par les autorités consulaires compétentes dans les meilleurs délais " est à cet égard sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse A, entrée récemment en France, le 26 janvier 2023, s'est mariée au Brésil le 19 juillet 2019, avec M. A, de nationalité française. A supposer qu'elle justifie, par la production notamment d'un contrat de bail signé le 13 juillet 2023, d'une communauté de vie avec son époux, cette communauté de vie est très récente. En outre, elle ne justifie pas d'une insertion particulière en France ni être isolée dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs pour lesquels l'arrêté a été pris et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

11. Les circonstances dont se prévaut Mme E épouse A, rappelées au point 9 du jugement, ne sont pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou une considération humanitaire. Ainsi et compte tenu de l'arrivée très récente de Mme E épouse A en France, en refusant son admission exceptionnelle au séjour, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante.

12. En septième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour n'étant retenu, le moyen tiré de ce que l'illégalité de cette décision entraîne l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En huitième lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que Mme E épouse A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle pouvait prétendre de plein droit ou au titre de l'admission exceptionnelle à la délivrance d'une carte de séjour temporaire.

14. En neuvième lieu, pour l'ensemble des motifs précédemment exposés, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de Mme E épouse A.

15. En dixième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant retenu, le moyen tiré de ce que l'illégalité de cette décision entraîne l'illégalité de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Mme E épouse A n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité de risques de traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi aurait été prise en méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant à l'encontre de la décision de refus de séjour, qui n'a pas pour effet d'obliger Mme E épouse A à rejoindre son pays d'origine.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme E épouse A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 24 novembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de MmeEa épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme CEa épouse A, à Me Canadas et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. CAROTENUTO

La première assesseure,

N. SODDULa greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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